Plusgrave: son absence de vision de la France et de l'horizon oĂč la conduire. Chirac, une ambition sans boussole. Un brave gars devenu
Ilfaut profiter des moments oĂč les foules sâabsentent des grands musĂ©es et des expositions paradigmatiques pour interroger lâArt. On a le temps. Rien ne presse. LâArt aussi a le temps. Il nâest pas sous pression mĂ©diatique et populaire. Il peut sâasseoir. Prendre un verre de biĂšre si le cĆur lui en dit. Il peut aussi se poser sur un trĂ©pied au-dessus de vapeurs dĂ©lĂ©tĂšres et
aucinéma sur mes écrans. Claude et Georges Pompidou: L'Amour au coeur du pouvoir. Fr. 2012. Documentaire de Pierre Hurel. Durée: 85 min. en savoir plus sur ce film. Régie du classement
VidéoClaude et Georges Pompidou : l'amour au coeur du pouvoir Synopsis Début octobre 1968, une rumeur enflamme le tout-Paris : Claude Pompidou, la femme de l'ancien Premier ministre, aurait fait assassiner un playboy yougoslave, Stephan Markovic, parce qu'il la faisait chanter avec des photos de parties fines.
1En 2013, lors dâune table ronde au Centre Georges-Pompidou de Paris organisĂ©e dans le cadre des commĂ©morations du centenaire de la naissance de Claude Simon, Maylis de Kerangal confessa ses rĂ©ticences de jeune fille face Ă lâĆuvre dâun Ă©crivain quâelle percevait comme celle dâun « classique », car elle Ă©tait enseignĂ©e comme telle Ă lâuniversitĂ©.
QuatriĂšmede couverture. Dans l'intimitĂ© du pouvoir. La prĂ©sidence de Georges Pompidou. En juin 1969, Georges Pompidou succĂ©dait au gĂ©nĂ©ral de Gaulle Ă la tĂȘte de l'Ătat, pour un mandat brutalement interrompu par la mort.
Unerelation trÚs forte unit la famille Pompidou au Pays bigouden, et notamment Claude, ancienne premiÚre Dame de France. Son fils, Alain, réside toujours à Sainte-Marine.
9gLS6X. Un amour Ă l'Ă©preuve de la guerre RĂ©sumĂ© DĂ©tails CompatibilitĂ© Autres formats La dĂ©claration de la DeuxiĂšme Guerre mondiale en septembre 1939 bouleverse l'amour et la genĂšse familiale du couple Georges Deroy-Jacqueline Olivier mariĂ© depuis 1936 et parents de Françoise, nĂ©e en avril 1938. Jacqueline est enceinte d'Ălisabeth qui naĂźtra en mai 1940. Georges sera prisonnier de juin 1940 Ă avril 1945. La guerre entraĂźne une rupture radicale. Chacun doit apprendre Ă vivre par soi-mĂȘme dans un environnement nouveau, Ă©tranger, conflictuel, meurtrier. Comment s'en sont-ils tirĂ©s ? Jacqueline et Georges ont laissĂ© des traces Ă©crites. Leurs descendantes ont dĂ©couvert ces Ă©crits aprĂšs leur mort. Elles ont composĂ© ce livre qui fait revivre cet amour et la genĂšse de cette famille Ă l'Ă©preuve de la guerre. Lire plusexpand_more Titre Un amour Ă l'Ă©preuve de la guerre EAN 9782140247385 Ăditeur Editions L'Harmattan Date de parution 16/03/2022 Format ePub Poids du fichier Inconnue Protection Filigrane numĂ©rique L'ebook Un amour Ă l'Ă©preuve de la guerre est au format ePub protĂ©gĂ© par Filigrane numĂ©rique check_circle Cet ebook est compatible pour une lecture sur application iOs et Android Vivlio. check_circle Cet ebook est compatible pour une lecture sur My Vivlio. check_circle Cet ebook est compatible pour une lecture sur le lecteur Vivlio. check_circle Cet ebook est compatible pour une lecture sur liseuse. Je crĂ©e ma liste dâenvies Vous devez ĂȘtre connectĂ©e pour pouvoir crĂ©er et sauvegarder votre liste dâenvies cancel DĂ©jĂ cliente ?Se connecter Pas encore inscrite ?Mon compte Un compte vous permettra en un clin dâoeil de commander sur notre boutique consulter et suivre vos commandes gĂ©rer vos informations personnelles accĂ©der Ă tous les e-books que vous avez achetĂ©s avoir des suggestions de lectures personnalisĂ©es Livre non trouvĂ© Oups ! Ce livre n'est malheureusement pas disponible... Il est possible quâil ne soit pas disponible Ă la vente dans votre pays, mais exclusivement rĂ©servĂ© Ă la vente depuis un compte domiciliĂ© en France. Lâabonnement livre numĂ©rique Vivlio shopping_basketLâabonnement credit_cardInformations bancaires local_libraryEt jâen profite ! check_circle Chaque mois, bĂ©nĂ©ficiez dâun crĂ©dit valable sur tout le catalogue check_circle Offre sans engagement, rĂ©siliez Ă tout moment ! Lâabonnement livre numĂ©rique Vivlio shopping_basketLâabonnement credit_cardInformations bancaires local_libraryEt jâen profite ! Vous allez ĂȘtre redirigĂ© vers notre prestataire de paiement Payzen pour renseigner vos coordonnĂ©es bancaire Si la redirection ne se fait pas automatiquement, cliquez sur ce lien. Bienvenue parmi nos abonnĂ©s ! shopping_basketLâabonnement credit_cardInformations bancaires local_libraryEt jâen profite !
Paris - De Bernard Buffet Ă Niki de Saint Phalle, en passant par Miro, Braque, CĂ©sar des oeuvres dâart des plus grands maĂźtres du XXe siĂšcle qui dĂ©coraient lâappartement parisien de Claude et Georges Pompidou seront proposĂ©s pour la premiĂšre fois aux enchĂšres le 2 novembre, a annoncĂ© mercredi la maison Cornette de Saint-Cyr. Mis sur le marchĂ© par la famille, les 180 lots de la vente dont une partie du vestiaire haute couture de lâex-PremiĂšre dame, le tout rĂ©sumant ce couple de collectionneurs Ă©pris dâart contemporain, de design et de mode, ami de nombreux artistes, feront lâobjet dâune exposition publique Ă partir du 29 novembre dans les salons de la maison de vente. Parmi les oeuvres qui proviennent de lâappartement du quai de BĂ©thune, une huile de Bernard Buffet, offerte par lâartiste Ă Claude Pompidou et jamais proposĂ©e Ă la vente, est estimĂ© entre 10 000 et 15 000 euros. Des lithographies de Niki de Saint Phalle et Georges Braque pourraient atteindre 3 000 euros. Des modĂšles haute couture Le catalogue propose aussi des modĂšles haute couture portĂ©s par Claude Pompidou dĂ©cĂ©dĂ©e en 2007, et signĂ©s Cardin, Dior, CourrĂšges, HermĂšs ou Chanel qui habilla lâex-PremiĂšre dame pour lâinvestiture du prĂ©sident Pompidou. âRompant trĂšs vite avec le protocole et la tradition, Claude Pompidou ⊠a introduit au palais de lâĂlysĂ©e un style plus moderne, moins rigide, qui contraste avec lâattitude effacĂ©e dâYvonne de Gaulleâ, rappelle la maison de vente. âDe lâart abstrait et des meubles design font ainsi leur entrĂ©e au palais. Mme Pompidou sâoccupe personnellement de la dĂ©coration des lieuxâ. SignĂ©s du designer Pierre Paulin, la salle Ă manger et le fumoir des appartements privĂ©s de lâElysĂ©e, ont rejoint les collections permanentes du Centre Pompidou. AFP
1Alors que le moment 68 » semble sâimposer comme un jalon incontournable dans lâhistoire du rire et de la dĂ©rision, lâanalyse des formes et des supports de cet Ă©clat de rire » gĂ©nĂ©ralisĂ© reste Ă faire. Bertrand Lemonnier, en travaillant ici lâhypothĂšse dâun glissement de lâhumour vers la dĂ©rision, propose une premiĂšre approche de cette problĂ©matique, des Ă©vĂ©nements de mai jusquâĂ nos jours. Nul doute que cette proposition viendra nourrir le dĂ©bat en cours sur lâarticulation dâune histoire politique ou culturelle des annĂ©es 68. 2Dans une ambitieuse Histoire du rire et de la dĂ©rision, Georges Minois ne consacre quâune petite partie de son livre Ă lâĂ©poque contemporaine [1]. Quel point de vue faut-il en effet adopter esthĂ©tique, littĂ©raire, sociologique, anthropologique ? Lâapproche critique doit-elle ĂȘtre multidisciplinaire et nĂ©cessairement Ă©clatĂ©e â câest celle dĂ©fendue par la revue Humoresques [2] â ou y a-t-il la place pour une dĂ©marche historienne ? Et pour quel genre dâhistoire ? On lâaura compris, lâespace humoristique est encore en dĂ©frichement sinon en dĂ©chiffrage, territoire propice aux hypothĂšses les plus stimulantes mais aussi aux inĂ©vitables approximations mĂ©thodologiques [3]. Dans lâouvrage de Georges Minois, le moment 1968 » apparaĂźt Ă©tonnamment absent dâune rĂ©flexion qui fait la part belle, pour la fin du 20e siĂšcle, aux travaux de Gilles Lipovetski sur la sociĂ©tĂ© humoristique [4] ». Georges Minois semble ainsi dĂ©plorer la gĂ©nĂ©ralisation dâun esprit postmoderne, oĂč les mĂ©dias imposent un comique de rigueur, un rire soft et cool, oĂč lâironie est vide de sens, oĂč la dĂ©rision tourne Ă vide, quelles que soient les intentions subversives. On est alors vĂ©ritablement dans le dĂ©risoire, mais au sens de lâinsignifiance. 3Pourtant, en dĂ©pit de ce constat un peu dĂ©sabusĂ© sur une sociĂ©tĂ© mĂ©diatique », qui nous empĂȘcherait de rire librement et sainement, la dĂ©finition dâAndrĂ© Breton et des surrĂ©alistes, selon laquelle lâhumour est une rĂ©volte supĂ©rieure de lâesprit » nous paraĂźt toujours avoir une rĂ©elle dimension historique, notamment lorsque le contexte sây prĂȘte. Et, justement, le contexte de Mai 68 et de lâaprĂšs-68 en France, Ă travers une formidable libĂ©ration de la parole, puis des mĆurs, oblige Ă une rĂ©flexion sur la dimension humoristique de cette libĂ©ration, et plus prĂ©cisĂ©ment dans le registre complexe de la dĂ©rision [5]. 4Mais ce registre a-t-il une Ă©paisseur chronologique ? Comment borner une histoire de la dĂ©rision [6] » autour des Ă©vĂ©nements de 1968 ? Deux photographies, prises Ă douze annĂ©es de distance â la premiĂšre en mai 1968 et la seconde en dĂ©cembre 1980 â fournissent une premiĂšre rĂ©ponse en forme de correspondance dans le temps et dans lâespace. Ces clichĂ©s rĂ©vĂšlent en effet deux formes dâappropriation sauvage de lâespace public, aux dĂ©pens des affiches politiques classiques. Le premier â cĂ©lĂšbre et si souvent reproduit â est signĂ© Henri Cartier-Bresson [7]. Il suggĂšre le contraste entre la France conservatrice de 1968 et la jeune France soixan-te-huitarde le slogan libertaire Jouissez sans entraves » recouvre alors des affiches notamment du PCF, ce qui laisse un digne vieux monsieur perplexe⊠ou rĂȘveur ! Les murs ont alors la parole et la prennent sans retenue, comme un nouveau langage de dĂ©rision. Le second est lâaffiche dâun meeting de Coluche Ă la bourse du travail de Lyon [8], alors quâil dĂ©fend sa candidature Ă lâĂ©lection prĂ©sidentielle de 1981. Un candidat de la dĂ©rision du politique, humoriste de profession, dont le programme » se rattache sur certains points au slogan de mai affichĂ© sur les murs. 5Ă partir de ces deux photographies et du lien que lâon peut Ă©tablir entre elles, il est possible de poser quelques questions dâordre gĂ©nĂ©ral, comme autant dâhypothĂšses de travail. Y a-t-il une forme dâhumour et de dĂ©rision propre Ă Mai 68, en tout cas vĂ©ritablement innovante en la matiĂšre ? Les formes dâhumour et de dĂ©rision qui se dĂ©veloppent en France dans les annĂ©es 1970 et 1980 peuvent-elles se rattacher, de prĂšs ou de loin, Ă un esprit de 68 » une ombre portĂ©e » ? ou ne sont-elles finalement que des avatars de la sociĂ©tĂ© de masse, en pleine digestion dâune hypothĂ©tique culture ou pensĂ©e 68 » [9] ? Peut-on distinguer dans lâabondance et la diversitĂ© culturelles des annĂ©es qui suivent 1968 un certain nombre de personnages, de mĂ©dias, de productions qui sont porteurs dâun humour spĂ©cifiquement post-soixante-huitard » ou que Mai 68 a contribuĂ© Ă diffuser ? Coluche est-il notamment le produit dĂ©rivĂ© » de cet humour ? Et aprĂšs lui certains programmes satiriques diffusĂ©s dans les mĂ©dias ?Le moment 68, entre dĂ©rision et esprit de sĂ©rieux6Dâabord, une premiĂšre mise au point en forme de rĂ©ponse globale Mai 68 est un mouvement trĂšs sĂ©rieux » dans son ensemble. Faire la rĂ©volution nâest pas un divertissement lĂ©ger, oĂč lâon sâamuse. Olivier Rolin, un ancien de la Gauche prolĂ©tarienne, dans son roman Tigre en papier [10], a rappelĂ© Ă sa façon que la plupart des groupes gauchistes â maoĂŻstes, dans le cas prĂ©sent â se prennent terriblement au sĂ©rieux, oubliant sans doute lâun des slogans de lâOdĂ©on occupĂ© Prenons la rĂ©volution au sĂ©rieux, mais ne nous prenons pas au sĂ©rieux ». Les rares crises de rire, dans le rĂ©cit de Rolin, sont autant de transgressions Ă la ligne gĂ©nĂ©rale du groupuscule et sont des actes quasi bourgeois » ! Pourtant, lâauteur admet que tout pourrait bien, Ă certains moments, se terminer dans un grand Ă©clat de rire, Ă condition de trouver ridicules les sentences du Grand Timonier. Ce sĂ©rieux proclamĂ©, assez psychorigide, nâempĂȘche pas la contestation de sâalimenter Ă certaines sources dâhumour et de dĂ©rision. Mai 68 reste un immense happening aux aspects libertaires et festifs [11] ; dâun certain point de vue, il constitue une rĂ©volution par la dĂ©rision. 7Difficile en effet de dĂ©nier tout humour Ă Mai 68, notamment Ă travers un certain nombre de mots, de slogans [12], de maximes, de tracts, dâaffiches, de fresques, de caricatures, de graffitis dirigĂ©s contre les pouvoirs et la sociĂ©tĂ© bourgeoise et parfois aussi contre certains acteurs du mouvement, tel le PCF. Câest non seulement la grammaire de la contestation 68 [13] », mais aussi son esthĂ©tique. LâĂ©phĂ©mĂšre publication Action [14] â faite sur le modĂšle graphique de Black Dwarf en Angleterre [15]â a de toute Ă©vidence un cĂŽtĂ© festif ; certains articles de La Cause du peuple rappellent lâhumour dĂ©capant des publications anarchisantes de la Belle Ăpoque comme LâAssiette au beurre ou Le PĂšre peinard. Les ateliers des Beaux-Arts rue Bonaparte ont produit dans lâeffervescence des Ćuvres qui renvoient autant au gauchisme ou Ă lâanarchisme quâaux aphorismes et aux collages dadaĂŻstes et surrĂ©alistes. On trouve aussi Ă Censier, Ă Nanterre ou Ă la Sorbonne de jolies formules certaines apocryphes ou simplement rapportĂ©es, dont le cĂ©lĂšbre marxiste, tendance Groucho ». De mĂȘme, lâactivisme situationniste ne manque pas dâhumour, mĂȘme sâil est parfois involontaire. Si lâinfluence politique des situationnistes dits enragĂ©s » demeure Ă©pisodique â au sein par exemple des comitĂ©s dâoccupation de la Sorbonne, quâils ne contrĂŽlent que quelques jours â, lâimpact des avant-gardes situationnistes est bien rĂ©el dans les milieux artistiques des annĂ©es 1968. Raoul Vaneigem et Guy Debord encouragent ainsi dans les annĂ©es 1960 les opĂ©rations de dĂ©tournement de la culture de masse [16], par exemple des comics bandes dessinĂ©es, essentiellement dâorigine anglo-saxonne et du cinĂ©ma. En 1968, des comics par dĂ©tournement » fleurissent ainsi au beau milieu des tracts politiques les bandes dessinĂ©es sont alors une nouvelle conception de la praxis rĂ©volutionnaire, une forme prolĂ©tarienne de lâexpression graphique [qui] rĂ©alise le dĂ©passement de lâart bourgeois » [17]. Dans les annĂ©es 1970, lâartiste situationniste Jean-Jacques Lebel organise des happenings Ă base de provocations multiples, considĂ©rant notamment la pornographie comme un genre humoristique. Le dĂ©tournement iconoclaste de la culture de masse est lâun de ses thĂšmes de prĂ©dilection artistique, mais il sâagit autant dâun effet 68 » que du prolongement dâun concept de dĂ©rision nĂ© Ă la fin des annĂ©es 1950, Ă travers le Pop Art ou le Nouveau gauchisme Ă la contre-culture8Justement, aprĂšs Mai 68, que reste t-il de ce que lâon peut qualifier provisoirement dâhumour contestataire ? Nây a t-il pas un repli vers un certain conformisme ou alors vers des formes de contre-culture souvent mĂ©prisĂ©es des rĂ©volutionnaires orthodoxes, on pense au psychĂ©dĂ©lisme hippie, Ă lâĂ©cologie baba-cool, Ă lâanarchisme fĂȘtard, au postsituationnisme ? En fait, rien nâest simple. En effet, câest lâhumour â nous y reviendrons Ă propos de certains mĂ©dias â qui permet de faire le lien entre le gauchisme et la contre-culture, notamment psychĂ©dĂ©lique, telle quâelle sâest Ă©panouie dans le monde anglo-saxon depuis le milieu des annĂ©es 1960. 9Cela dit, il est Ă©vident que le passage du sĂ©rieux au rire nâa pas Ă©tĂ© chose facile â et mĂȘme impossible, sĂ»rement â au sein de groupes radicaux, qui vivent plus ou moins bien leur dĂ©pression post-68 ». Dâautant que rire, cela signifie aussi savoir rire de soi. Bonne nuit les petits ! » titre ironiquement Action en se sabordant lors de lâĂ©lection de Georges Pompidou en 1969 [18]. LâautodĂ©rision nâest donc pas trĂšs frĂ©quente, du moins Ă lâĂ©poque. Un exemple assez rĂ©vĂ©lateur est celui du FHAR Front homosexuel dâaction rĂ©volutionnaire, qui tient ses rĂ©unions rĂ©guliĂšres de 1971 Ă 1973 dans lâamphithéùtre des Loges aux Beaux-Arts [19]. Dans ce qui devient trĂšs vite un happening permanent, le militantisme dâun Guy Hocquenghem est assez vite dĂ©passĂ© par les folles radicales appelĂ©es Gazolines », qui nâont que faire de la phrasĂ©ologie gauchisante. La libĂ©ration de la parole gay prend les formes inattendues de la dĂ©rision ProlĂ©taires de tous les pays, caressez-vous », Nationalisons les usines Ă paillettes », CRS, desserrez les fesses ! Gauchistes vous aussi », tandis que les Beaux-Arts deviennent un lieu de drague privilĂ©giĂ© pour les homosexuels parisiens. De mĂȘme, lors de lâenterrement du militant maoĂŻste Pierre Overney en 1972, les Gazolines voilĂ©es de noir scandent Liz Taylor, Overney, mĂȘme combat », au grand dam des activistes de la Gauche prolĂ©tarienne. 10Ce type de happening prolonge en acte la libĂ©ration de la parole initiĂ©e en Mai 68, mais il trouve assez peu dâĂ©cho au-delĂ dâune certaine communautĂ© initiĂ©e, tandis quâil apparaĂźt dans sa dĂ©rision comme bourgeois » par les militants les plus radicaux. LâexpĂ©rience de fĂȘte rĂ©volutionnaire » menĂ©e par les spontanĂ©istes ou anarcho-maoĂŻstes, plus connus sous le sigle VLR Vive la RĂ©volution ou Mao-Spontex, demeure ainsi sans vĂ©ritable lendemain. Dans lâĂ©phĂ©mĂšre publication Tout ce que nous voulons [20], Roland Castro dĂ©fend avec StĂ©phane Courtois et Guy Hocquenghem une rĂ©volution festive et libertaire, jusquâĂ ce que le psychanalyste Lacan le dĂ©tourne en 1972 de cette ligne intellectuelle jugĂ©e sans issue [21]. Quant Ă la revue LâIdiot international, elle est moins lâexpression dâun courant de dĂ©rision que le projet un peu mĂ©galomane de son fondateur, Jean-Edern Hallier, celui de fonder autour de sa personne un grand journal gauchiste. 11De toutes les façons, il reste difficile aux mouvements contestataires â quâils soient situationnistes, gauchistes, fĂ©ministes, Ă©cologistes â de sâexprimer ouvertement dans les grands mĂ©dias, surtout audiovisuels. Ă la radio et la tĂ©lĂ©vision, en dĂ©pit de quelques espaces de libertĂ© Ă la radio le Pop Club » de JosĂ© Artur et surtout Campus » de Michel Lancelot sur Europe n° 1, un conformisme assez pesant caractĂ©rise lâaprĂšs-Mai 68, et cela jusquâen 1974-1975, Ă quelques exceptions prĂšs. Quant aux radios dites libres » en fait illĂ©gales, appelĂ©es aussi radio-pirates, elles sont quantitĂ© nĂ©gligeable sur le sol français jusquâĂ la libĂ©ralisation des annĂ©es 1980, ainsi Radio Campus Ă Lille en 1969 ou Radio verte Ă Paris en vecteurs dâun nouvel humour contestataire12Alors, comment peut sâexprimer un humour contestataire post-68, toujours suspectĂ© de porter en lui des germes de rĂ©volte ou du moins dâanarchie, mĂȘme si tous les mĂ©dias ne relĂšvent pas du monopole public ? Y a-t-il de la censure ou de lâautocensure ? En rĂ©alitĂ©, lâĂ©poque est plutĂŽt propice Ă la libertĂ© dâexpression, en dĂ©pit dâun certain nombre dâinterdictions ponctuelles et du sentiment quelque peu paranoĂŻaque des gauchistes. Cette libertĂ© se manifeste notamment dans trois domaines dâexpression dâabord le cinĂ©ma, ensuite le cafĂ©-théùtre et le music-hall, enfin la presse, Ă laquelle on peut associer la bande dessinĂ©e. 13Existe-t-il dâabord un vĂ©ritable cinĂ©ma post-68 » [22] ? Un certain nombre de films tournĂ©s aprĂšs 68 relĂšvent du cinĂ©ma expĂ©rimental ou restent dans la tradition de la Nouvelle Vague comme Tout va bien de Jean-Luc Godard 1972, La Maman et la putain de Jean Eustache 1973, La Salamandre dâAlain Tanner 1971, du documentaire militant tel Camarades de Marin Karmitz 1969, de la chronique sociale comme On nâarrĂȘte pas le printemps de RenĂ© Gilson en 1971, sur les lycĂ©es de lâaprĂšs-68 ou lâintimiste Erica minor de Bertrand Van Effenterre 1974, de la fable utopique Valparaiso, Valparaiso de Pascal Aubier, 1969 et de la farce anarchiste La Grande Lessive de Jean-Pierre Mocky, 1969. Le film trĂšs remarquĂ© de Barbet Schroeder More 1969, avec la musique entĂȘtante de Pink Floyd, est plus un film de dĂ©nonciation des illusions hippies et psychĂ©dĂ©liques que de dĂ©rision humoristique des annĂ©es Woodstock. Plus proche de certains thĂšmes soixante-huitards apparaĂźt Les Valseuses de Bertrand Blier 1974, qui raconte la cavale de deux marginaux anticonformistes sur fond de libĂ©ration des mĆurs. Le film fait scandale. Son interdiction aux moins de 18 ans en dit long sur les blocages dâune sociĂ©tĂ© qui prend comme un coup de poing cette aventure amorale, mais dâun rĂ©alisme cru. 14Quelques ovnis cinĂ©matographiques relĂšvent dâun humour plus particulier, comme La Dialectique peut-elle casser des briques de GĂ©rard Cohen et RenĂ© ViĂ©net 1973 et LâAn 01 de Jacques Doillon 1972, avec la participation de Jean Rouch et Alain Resnais. La Dialectique est un dĂ©tournement situationniste [23] des films de kung-fu taiwanais, Ă la recette trĂšs simple. Il sâagit de sous-titrer et dialoguer des films en modifiant radicalement leur sens initial, ce qui leur donne un contenu subversif â rĂ©volutionnaire ? â trĂšs inattendu et plutĂŽt comique. Le dĂ©tournement a, par cette mĂ©thode, une triple fonction destruction-dĂ©valorisation radicale de lâart, propagande rĂ©volutionnaire, et rĂ©alisation du jeu et de lâesthĂ©tique ludique dans le dĂ©conditionnement de lâhumour [24]. » Quant Ă LâAn 01 [25], il est co-Ă©crit par le dessinateur de bande dessinĂ©e GĂ©bĂ©, qui a dâabord publiĂ© les planches de LâAn 01 dans le journal gauchiste Politique Hebdo. LâAn 01 apparaĂźt comme une fable post-soixante-huitarde traitĂ©e comme un faux reportage â en noir et blanc â qui montre les premiers mois dâune rĂ©volution culturelle et sociale, oĂč lâon remettrait en cause dans la bonne humeur le travail, le couple, lâĂ©cole, lâarmĂ©e, la propriĂ©tĂ© privĂ©e. Le scĂ©nario du film est dâailleurs plus ou moins dĂ©construit sur des slogans de 68, teintĂ©s dâĂ©cologie et de situationnisme ludique [26] Et si un jour on arrĂȘtait tout ? Plus de travail, plus dâhoraires, plus de voitures, plus de tĂ©lĂ©vision. On prendrait le temps de flĂąner, de discuter, de chanter, de faire lâamour, de cueillir une fleur [âŠ]. Le temps de vivre tout simplement. Ce serait lâan 01 dâune Ăšre nouvelle. » Le casting du film est hĂ©tĂ©roclite on y rencontre pĂȘle-mĂȘle des dessinateurs de BD Cabu, Gotlib, lâĂ©quipe de Hara-Kiri, des chanteurs politiquement engagĂ©s tels Jacques Higelin â Ă lâĂ©poque du film retirĂ© dans une communautĂ© hippie â ou François BĂ©ranger, ainsi que des comĂ©diens dĂ©butants promis Ă un bel avenir Coluche, Romain Bouteille, GĂ©rard Depardieu, Miou-Miou, Christian ClavierâŠ. 15La prĂ©sence de Romain Bouteille apporte Ă ce film un peu de la loufoquerie du cafĂ©-théùtre, un genre qui connaĂźt un grand succĂšs public aprĂšs Mai 68. Câest en effet en juin 1969 que Bouteille ouvre Le cafĂ© de la gare, dâabord Ă Montparnasse puis rue du Temple. Ce spectacle innove par rapport au cafĂ©-concert ou au traditionnel music-hall, en ce sens quâil fonctionne en vĂ©ritable communautĂ© artistique. AppelĂ©e ainsi pour des raisons fiscales mais aussi parce que les acteurs servent au public une boisson â lequel public paie ou ne paie pas sa place aprĂšs tirage au sort â, cette communautĂ© relĂšve dâun mĂ©lange entre lâesprit potache et lâanarchisme soixante-huitard. La devise du CafĂ© de la gare joue sur lâautodĂ©rision Câest moche, câest sale, câest dans le vent. » Sa troupe forme une bande de copains » formĂ©e au hasard des Ă©vĂ©nements de mai sans y avoir toujours participĂ© activement [27] ; elle joue des spectacles mi-Ă©crits mi-improvisĂ©s, suites de sketches loufoques comme Des boulons dans mon yaourt collectif, 1970, Le Jaune devant le marron derriĂšre collectif, 1973, Les Semelles de la nuit Romain Bouteille, 1974, Le Graphique de Boscop Sotha, 1975-1976. 16Le Graphique de Boscop est une piĂšce puis un film-culte, sorti en 1976, assez reprĂ©sentative dâun cafĂ©-théùtre, certes burlesque, mais aussi politiquement incorrect, sâaffranchissant volontiers des normes artistiques. Lâargument de Boscop est dâune loufoquerie Ă la Pierre Dac, mais il rappelle aussi dans un genre diffĂ©rent les dĂ©sopilants Shadoks [28] de la tĂ©lĂ©vision câest lâhistoire de la famille Dindon, une famille de prolĂ©taires un peu ahuris dont le pĂšre est Ă©boueur et inventeur dâune machine qui a de commun avec Potemkine quâelle est la voix du peuple », en fait une machine-Ă -faire-des-chansons-Ă -succĂšs, et dont le fils est un dĂ©bile social qui se rĂ©vĂšle un gĂ©nie des mathĂ©matiques. Le succĂšs de ces spectacles est tel que le cafĂ©-théùtre devient presque une institution dans la deuxiĂšme moitiĂ© des annĂ©es 1970 en 1974 se produit la troupe du Splendid, qui crĂ©e en 1977 avec une bande de joyeux drilles plutĂŽt issus des beaux quartiers, Amours, coquillages et crustacĂ©s, adaptĂ© en 1978 au cinĂ©ma sous le titre Les BronzĂ©s. 17Autre succĂšs du cafĂ©-théùtre, celui des humoristes Patrick Font et Philippe Val [29], qui se produisent au dĂ©but des annĂ©es 1970 au Théùtre de Dix Heures et inventent une sorte de cabaret gauchiste », mĂȘlant rĂ©flexions politiques, critiques de la sociĂ©tĂ© du spectacle et humour graveleux. Le duo, qui sĂ©duit un public de lycĂ©ens et dâĂ©tudiants bien au-delĂ du militantisme gauchiste, fonde une troupe installĂ©e au Vrai Chic parisien Sainte-Jeanne du Larzac en 1974. Les deux compĂšres, en dĂ©pit de leurs provocations, nâen sont pas moins remarquĂ©s par certains mĂ©dias lâimitateur Thierry Le Luron, plutĂŽt classĂ© Ă droite, invite Patrick Font dans son Ă©mission tĂ©lĂ©visĂ©e dominicale de grande audience de janvier Ă juin 1973 et JosĂ© Artur sur France Inter programme quelques sketches ou chansons. 18Dâune façon gĂ©nĂ©rale, la chanson française engagĂ©e » de lâaprĂšs-68 [30] nâest pas tout Ă fait Ă lâunisson du cafĂ©-théùtre. Elle nâest pas spĂ©cialement humoristique, mais plutĂŽt poĂ©tique et parfois lyrique Paris mai de Claude Nougaro, Au printemps de quoi rĂȘvais-tu ? de Jean Ferrat, Comme une fille de LĂ©o FerrĂ©, Le Temps de vivre de Georges Moustaki. Elle participe aussi du renouveau dâun folk song contestataire, inspirĂ© des modĂšles anglo-saxons et qui sĂ©duit plusieurs gĂ©nĂ©rations. Ancien ouvrier de Renault, François BĂ©ranger connaĂźt un certain succĂšs avec ses Tranches de vie 1969, qui rĂ©sument sur une musique country lâitinĂ©raire dâun prolĂ©taire nĂ© en 1937, de la guerre dâAlgĂ©rie Ă Mai 68. NĂ© en 1949 dans un milieu plus intellectuel, Maxime le Forestier est renvoyĂ© du lycĂ©e Condorcet avant les Ă©vĂ©nements de mai et se lance dĂšs 17 ans dans le cabaret rive gauche ». Au dĂ©but des annĂ©es 1970, il apparaĂźt comme le porte-parole de la gĂ©nĂ©ration lycĂ©enne post-68, romantique et baba cool », dĂ©jĂ Ă©cologiste, toujours rĂ©voltĂ©e mais aussi un peu dĂ©sabusĂ©e. Le troubadour barbu critique lâarmĂ©e dans Parachutiste, dans un genre antimilitariste assez classique qui lui vaut une interdiction Ă la radio ; dans la chanson Comme un arbre, il fait sienne la gĂ©nĂ©ration nĂ©e dans les grands ensembles et le bĂ©ton. Enfin câest Renaud, nĂ© en 1952 mais dĂ©jĂ actif sur les barricades de mai [31], qui apparaĂźt au milieu des annĂ©es 1970 comme un Gavroche folk, quelque part entre BĂ©ranger, Bruant et Bob Dylan. Dans Camarade bourgeois, il tourne en dĂ©rision les fils Ă papa », dans Jojo le dĂ©mago, le prĂ©sident des gogos⊠quâa trahi les prolos », dans Amoureux de Paname les Ă©cologistes du samâdi soir ». Hexagone 1975 dĂ©nonce Ă la fois le populisme ambiant et la sociĂ©tĂ© de consommation, non sans revisiter lâhistoire de France la RĂ©volution de 1789, Vichy, Charonne, Mai 68âŠ. Le Roi des cons, sur son trĂŽne, il est Français ça jâen suis sĂ»r », chante Renaud dans une veine libertaire qui va en partie assurer son succĂšs. 19Renaud devient le porte-parole dâun puissant courant anti-autoritaire, qui traverse les annĂ©es 1970. On retrouve largement ce courant dans la presse de la contre-culture, associĂ© Ă des thĂšmes plus spĂ©cifiques lâĂ©cologie, le pacifisme, la sexualitĂ©, la drogue. Lâhumour et la dĂ©rision constituent de ce point de vue des armes redoutables. Ainsi, la presse gauchiste la plus radicale nâa jamais dĂ©daignĂ© la caricature, Ă travers les dessins de Willem dans LâEnragĂ©, de GĂ©bĂ© dans Politique Hebdo, sans compter tous ceux publiĂ©s dans Action, Tout ou LâIdiot. Mais y a-t-il eu en France une presse qui aurait plus cultivĂ© la satire et la dĂ©rision que lâengagement politique dâextrĂȘme gauche ? Il faudrait en fait distinguer plusieurs types de publications de la contre-culture. Beaucoup sont Ă©phĂ©mĂšres et se rĂ©sument Ă des tracts, des numĂ©ros ronĂ©otypĂ©s, notamment lycĂ©ens ; quelques-unes tentent de poursuivre lâexpĂ©rience dâun journalisme de combat, jusquâĂ la crĂ©ation du quotidien LibĂ©ration en 1973 [32] ; un certain nombre dĂ©fend des causes quasi communautaristes fĂ©ministes, homosexuelles, rĂ©gionalistes, Ă©cologistes ainsi La Gueule ouverte [33] ou rĂ©gĂ©nĂšrent une tradition satirique plus ancienne comme Hara-Kiri et Charlie Hebdo ; enfin dans un genre nettement plus anglo-saxon, le magazine Actuel imite lâunderground free press nĂ©e au milieu des annĂ©es 1960, avec comme modĂšles OZ ou International Times en Angleterre, Rolling Stone aux Ătats-Unis [34]. 20Hara-Kiri, le journal bĂȘte et mĂ©chant » est nĂ© bien avant 1968 [35] câest en septembre 1960 que François Cavanna et Georges Bernier le professeur Choron » lancent ce mensuel satirique. On y trouve dĂ©jĂ des dessins de Cabu, Reiser, Wolinski, Topor et Hara-Kiri devient cĂ©lĂšbre en raison de ses dĂ©mĂȘlĂ©s avec la justice. Il y dĂ©veloppe un humour Ă la fois anarchiste, subversif et amoral, Ă base de scatologie et de situations salaces, de blagues de mauvais goĂ»t, de dĂ©tournements provocateurs de la culture de masse la publicitĂ©, le roman-photo. Hara-Kiri est sans doute le journal qui Ă©rige le mauvais goĂ»t et la provocation antibourgeoise Ă un degrĂ© extrĂȘme sinon extrĂ©miste pour lâĂ©poque. Pour ses lecteurs dâavant-68, qui sâexpriment aujourdâhui sur les forums Internet, il apparaĂźt que Mai 68 nâaurait pu avoir lieu sans Hara-Kiri ou du moins que le journal bĂȘte et mĂ©chant entre pour une grande part dans le souffle libertaire â et libertin ? â qui anime Mai 68 et les annĂ©es qui suivent. Alors sâagit-il une fois de plus dâune reconstruction un peu nostalgique, comparable Ă celle qui a touchĂ© le rock ainsi Serge July dĂ©clarant vingt ans aprĂšs Mai 68 quâil nây aurait pas eu de Mai 68 sans le rock [36]. Câest possible, mais le groupe de presse Hara-Kiri les Ăditions du Square, profite incontestablement de lâeffet 68. Le 3 fĂ©vrier 1969 Cavanna lance Hara-Kiri Hebdo qui devient LâHebdo Hara-Kiri en mai 1969, avec une Ă©troite collaboration de dessinateurs satiriques, le Hollandais Willem un ancien provo, Wolinski, Cabu, Reiser, GĂ©bĂ©. Cavanna croit nĂ©cessaire de publier une charte de Hara-Kiri Hebdo et rappelle les principes qui fondent la ligne Ă©ditoriale de ce journal il faut ĂȘtre fidĂšle Ă la laĂŻcitĂ©, Ă la dĂ©fense de lâĂ©cologie, aux idĂ©aux des LumiĂšres, aux droits de lâhomme, Ă la lutte contre le racisme et lâantisĂ©mitisme et Ă la dĂ©nonciation de la cruautĂ© contre les animaux. Ce nâest pas tout Ă fait un programme rĂ©volutionnaire ou mĂȘme libertaire, mais plutĂŽt un programme rĂ©publicain tout nâest donc pas permis dans le registre de la dĂ©rision ! Pourtant, la premiĂšre interdiction tombe en novembre 1969 pour pornographie et en novembre 1970, Ă la mort du gĂ©nĂ©ral de Gaulle, LâHebdo titre Bal tragique Ă Colombey 1 mort [37] ». Le journal est Ă nouveau interdit par les services du ministre de lâIntĂ©rieur, Raymond Marcellin â lequel fait aussi annuler des festivals pop, puis interdire des organisations gauchistes, ce qui en fait la bĂȘte noire de la presse alternative [38]. Nullement dĂ©couragĂ©, Cavanna lance Charlie Hebdo, plus politisĂ© avec Delfeil de Ton comme chroniqueur et qui dure dans sa formule dâorigine de 1970 Ă janvier 1982, tandis que Hara-Kiri reparaĂźt ensuite dans une formule mensuelle, proche de celle dâavant 1969. 21Lâune des consĂ©quences du succĂšs de ces publications â et tout particuliĂšrement de Charlie Hebdo â est lâĂ©volution du genre de la bande dessinĂ©e, jusque-lĂ bien cadrĂ© par la loi de 1949 et sagement reprĂ©sentĂ© en France par Pilote, dirigĂ© par RenĂ© Goscinny, lâun des pĂšres dâAstĂ©rix. Câest dans ce journal destinĂ© aux enfants et adolescents que la plupart des auteurs de BD ont fait leurs classes, comme Cabu ou Reiser, et lâhistorien de lâhumour ne peut ignorer lâinfluence dâun esprit Pilote » sur la jeune gĂ©nĂ©ration des annĂ©es 1960. Pilote ne sâĂ©mancipe vĂ©ritablement quâĂ partir de 1968, sans pour autant se mettre hors la loi â le pĂšre fondateur veille au grain, jusquâĂ sa mort en 1977. Ainsi Marcel Gotlib crĂ©e-t-il entre 1968 et 1972 la Rubrique Ă Brac, savoureux mĂ©lange de parodie, de dĂ©rision et dâabsurde, bien dans lâesprit du temps, qui succĂšde aux sages Dingodossiers, scĂ©narisĂ©s par Goscinny. Mai 68 est passĂ© par lĂ et Pilote change incontestablement de ton les jeunes lecteurs de lâĂ©poque sâen aperçoivent ! Toutefois, ses collaborateurs se sentent encore bridĂ©s Gotlib fonde en 1972 LâĂcho des savanes avec Mandryka et Claire BrĂ©techer trimestriel puis mensuel puis en 1975 le trimestriel Fluide glacial, sorte de version pour adultes de Pilote avec la mention rĂ©servĂ© aux adultes » et vĂ©ritable pĂ©piniĂšre de talents Binet, par exemple. 22Actuel est dâune nature un peu diffĂ©rente. Ce journal est fondĂ© en 1970 par Jean-François Bizot [39], Michel-Antoine Burnier et Bernard Kouchner sur une plateforme dite underground, en rĂ©fĂ©rence Ă la contre-culture dâorigine anglo-saxonne. Le journal connaĂźt son apogĂ©e entre 1971 et 1973, en reprenant un slogan censĂ© fĂ©dĂ©rer les hippies et les gauchistes Sexe, rock ânâ roll, drogue, fĂȘte et rĂ©volution ». Aux Ătats-Unis, cette hybridation a produit les yippies de Jerry Rubin, un mouvement trĂšs radical mais ouvert Ă toutes les influences de la rock culture [40]. Il sâagit aussi, dâune certaine façon, de passer de LĂ©nine Ă Lennon [41] ». Une des couvertures dâActuel donne le menu sociologique de la rĂ©volution pour le plaisir » et rĂ©unit dans un mĂȘme Ă©lan le hippie-baba-cool, lâĂ©tudiant-gauchiste et le prolĂ©taire-ouvrier [42]. Les thĂšmes privilĂ©giĂ©s du journal sont le rock, le fĂ©minisme tendance MLF, la drogue, lâhomosexualitĂ©, la libĂ©ration sexuelle, le voyage Ă Katmandou, souvent traitĂ©s avec une dose dâhumour et accompagnĂ©s de dessins, notamment ceux de lâAmĂ©ricain Robert Crumb. Jean-François Bizot considĂšre quâActuel se situe dans la continuitĂ© non politique du dĂ©lire de Mai 68 [43] ». La premiĂšre formule du magazine ne rĂ©siste en fait quâun an au giscardisme et Ă la sociĂ©tĂ© libĂ©rale avancĂ©e. Selon Bizot, le dĂ©ferlement de lâĂ©rotisme au milieu des annĂ©es 1970 et la banalisation des thĂšmes de la contre-culture ont rendu le journal sans objet, dâautant que la crise Ă©conomique a fait disparaĂźtre ce qui restait dâinsouciance et de lĂ©gĂšretĂ© dans les utopies cas Coluche23Ă ce stade de notre Ă©tude, alors que la crise Ă©conomique commence Ă sâinscrire dans le paysage politique et social, le retour Ă Coluche sâimpose. On retrouve dâabord le chansonnier au cĆur de quelques expĂ©riences libertaires post-68, Le cafĂ© de la gare, LâAn 01 et lâĂ©quipe de Hara-Kiri/Charlie Hebdo. Pourtant, Michel Colucci, ce fils dâun immigrĂ© italien, nĂ© en 1944, sans autre diplĂŽme quâun certificat dâĂ©tudes, est paradoxalement passĂ© Ă cĂŽtĂ© de Mai 68, en spectateur amusĂ©. Il raconte avec un Ă©vident sens de la dĂ©rision son expĂ©rience â il se produisait alors dans les cabarets de la Montagne Sainte-GeneviĂšve â des rĂ©unions dâartistes Jâai pris un pied terrible aux rĂ©unions de comĂ©diens Ă la Sorbonne. Jâai vu des mecs qui sont devenus rĂ©volutionnaires en trente secondes. Yâavait des spectacles gratuits, pour le peuple, et la caractĂ©ristique de ces spectacles, câĂ©tait le nombre de ringards, des mecs qui avant la rĂ©volution ne chantaient nulle part, on pouvait plus les sortir de scĂšne. Ils y tenaient des heures et des heures. Y chantaient tous, les mecs [44]. » DâaprĂšs ses biographes [45], une anecdote est significative. InterpellĂ© sans ses papiers dâidentitĂ©, le 12 juin 1968 Ă 19 h 30 boulevard Beaumarchais, oĂč a lieu une manifestation, il dĂ©clare le procĂšs-verbal a Ă©tĂ© exhumĂ© ! Jâallais chez Paul Beuscher pour chercher des cordes pour ma guitare. Je ne manifeste pas. » 24Quoi quâil en soit, aprĂšs son succĂšs au cafĂ©-théùtre, Coluche devient au milieu des annĂ©es 1970 une grande vedette de la culture de masse [46], Ă la fois clown et chansonnier, auteur de sketches qui le propulsent en tĂȘte dâaffiche Ă lâOlympia, animateur de radio trĂšs populaire et provocateur sur Europe n° 1 et RMC, comĂ©dien de cinĂ©ma, tout en poursuivant sa collaboration avec la contre-culture anarchisante il pose pour de nombreuses couvertures salaces de Hara-Kiri, collabore Ă Charlie Hebdo. Il semble surtout que Coluche a Ă©tĂ© capable de marier de multiples traditions populaires, celles du cirque, du music-hall, du cabaret, avec un sens aigu du social, avec ses sketches sur le racisme, sur les Français moyens, sur le sport, les mĂ©dias. Son goĂ»t pour la provocation et la vulgaritĂ©, loin de nâamuser quâune Ă©lite complice, plaĂźt au plus grand nombre, ce qui lui ouvre la porte de tous les mĂ©dias, sans exception, y compris la tĂ©lĂ©vision publique. Il sâagit aussi pour Coluche de faire reculer les frontiĂšres de lâhumour et de la dĂ©rision, dans une attitude de transgression des barriĂšres respectables de lâhumour. Tout est possible on peut rire de tout et sans tabous, y compris bien entendu de la dĂ©mocratie reprĂ©sentative. 25En projetant de se prĂ©senter aux Ă©lections prĂ©sidentielles de 1981, lâhumoriste, dans un acte aussi pataphysique que situationniste, se situe certainement dans la vieille perspective du bouffon du roi, mais il apparaĂźt aussi comme le reprĂ©sentant â peut-ĂȘtre le dernier du genre â dâun certain esprit de Mai ». Ce nâest pas un hasard si lâidĂ©e de la prĂ©sidentielle vient de son ami Romain Goupil, comĂ©dien et cinĂ©aste, qui lui Ă©crit une partie de ses textes pour la radio. Or, Goupil est un ex-militant dâextrĂȘme gauche, lâun des fondateurs des ComitĂ©s Vietnam lycĂ©ens dans les annĂ©es 1967-1968, Ă la tĂȘte des ComitĂ©s dâaction lycĂ©enne en 1968, membre de la JCR dâAlain Krivine et le rĂ©alisateur de Mourir Ă 30 ans 1982, film oĂč il revient sur le suicide de son compagnon de lutte Michel Recanati. 26Le programme Ă©lectoral bleu blanc merde » de Coluche [47] est un manifeste-canular Ă mi-chemin entre lâanarchisme bon enfant, le gag potache et lâinventaire Ă la PrĂ©vert version Charlie. Il nâest pas sans rappeler Ă travers ses slogans â il est le seul candidat qui nâa pas besoin de mentir » â Alphonse Allais et son Captain Cap 1902, satire caustique et fantaisiste du monde politique. Certes, cette candidature dĂ©plaĂźt dans lâensemble au gauchisme pur et dur, mais elle a tout de mĂȘme le ferme soutien des journaux de la contre-culture, tels Hara-Kiri et Charlie Hebdo, qui publient le manifeste Ă©lectoral du candidat. Elle peut aussi compter sur LibĂ©ration, le quotidien sâĂ©tant en 1978 Ă©loignĂ© du gauchisme pour devenir un quotidien politique et culturel gĂ©nĂ©raliste dans le vent ». Le Nouvel Observateur, encore mal remis de lâĂ©viction de Michel Rocard Ă la candidature prĂ©sidentielle lui consacre sa une, mais fait vite machine arriĂšre. Ă cette presse de gauche se joint une partie de la jeunesse lycĂ©enne et Ă©tudiante, dâun certain nombre dâartistes du showbiz et de la chanson. Dans le ComitĂ© de soutien Ă la candidature de Coluche [48], on est assez peu Ă©tonnĂ© dây trouver Serge July, Jean-Luc Godard, Romain Bouteille ou Daniel Cohn-Bendit mais un peu plus surpris de voir quâun certain nombre dâintellectuels tels Pierre Bourdieu, Gilles Deleuze ou FĂ©lix Guattari soutiennent cette candidature atypique. Le soutien dâun Bourdieu [49] sâexplique par le fait que le sociologue dĂ©clare ne pas aimer les partis politiques », mais aussi parce quâil croit trĂšs sĂ©rieusement aux vertus citoyennes de la sociĂ©tĂ© civile », dont Coluche est alors pour lui le meilleur reprĂ©sentant. Ă tel point dâailleurs quâavec 12 % et mĂȘme 16 % dans certains sondages dâintentions de vote, Coluche se prend au jeu et donc au sĂ©rieux ; il fait peur aux politiques et suscite contre lui une campagne de presse soigneusement orchestrĂ©e. Lorsquâil se retire de la course en avril 1981, Pierre Bourdieu lui-mĂȘme stigmatise les professionnels de la politique qui ont refusĂ© Ă ce casseur de jeu le droit dâentrĂ©e, que les profanes lui accordaient massivement ». Face au danger potentiel que reprĂ©sente cette candidature atypique, le pouvoir â Ă gauche comme Ă droite, car Coluche a inquiĂ©tĂ© tous les appareils â reprend la main, un peu comme il a pu le faire en Mai 68, câest-Ă -dire sans mĂ©nagement, en mettant en avant la dĂ©fense des valeurs dĂ©mocratiques et celle des institutions â et surtout la sacro-sainte fonction prĂ©sidentielle. Câest aussi lâanalyse dâArnaud Mercier, pour lequel le cas Coluche illustre parfaitement ce qui peut advenir lorsquâun bouffon outrepasse les limites Ă lâintĂ©rieur desquelles il a traditionnellement le droit de tout dire et de tout faire [50] ». En fait, Coluche est Ă son tour la victime du processus de dĂ©rision quâil avait cru pouvoir contrĂŽler se sentant rabaissĂ©s et humiliĂ©s, les gens sĂ©rieux » fourbissent les mĂȘmes armes ironie, mĂ©pris, coups bas pour disqualifier lâ lâĂ©clat de rire au grand cauchemar » ?27LâĂ©chec du candidat Coluche marque t-il alors la fin dâune certaine forme de dĂ©rision post-68, celle dâune contre-culture protĂ©iforme, dont lâhumour masquerait la vacuitĂ© intellectuelle et artistique [51] ? Il est devenu assez courant depuis le dĂ©but des annĂ©es 1980 de tourner en dĂ©rision la pensĂ©e 68 » et de la rendre responsable de la confusion des valeurs, du nivellement par le bas et de la dictature du tout culturel » [52]. Dâune certaine façon, les annĂ©es 1980 apparaissent comme une concrĂ©tisation de certains idĂ©aux de Mai, alors que les soixante-huitards sont passĂ©s allĂšgrement du col Mao au Rotary [53] » et se retrouvent dans les allĂ©es du pouvoir lâĂ©cologie politique fait une percĂ©e notable, les valeurs hĂ©donistes nâont jamais Ă©tĂ© aussi partagĂ©es et revendiquĂ©es, les Ă©tudiants nĂ©s en 1968 occupent de nouveau les rues en 1986, contre le projet de loi Devaquet, tandis que la libĂ©ralisation des ondes provoque une vĂ©ritable flambĂ©e libertaire. Ainsi la radio libre » Carbone 14 Ă Paris fait-elle de la dĂ©rision un succĂšs dâaudience [54] elle adopte entre 1981 et 1983 un ton dĂ©calĂ©, mĂ©lange dâesprit Hara-Kiri, dâhumour Ă la Coluche et de cafĂ©-théùtre dĂ©jantĂ©. Les animateurs comme les auditeurs de cette station Ă©phĂ©mĂšre ne sont plus des soixante-huitards », mais des jeunes nĂ©s Ă la fin des annĂ©es 1950, qui ont baignĂ© dans lâatmosphĂšre particuliĂšre des annĂ©es 1970 ils ont Ă©tĂ© baba-cool » puis punk ». Ă la fin des annĂ©es 1980, câest cette mĂȘme gĂ©nĂ©ration post-68 qui fait le succĂšs des Ă©missions parodiques sur Canal +, dâabord Les nuls » 1987-1988, puis Les guignols de lâinfo » Ă partir de 1988. La satire de la tĂ©lĂ©vision comme de la politique â et plus largement de la sociĂ©tĂ© du spectacle » nâest certes pas nouvelle, mais elle est porteuse dâune forme de dĂ©rision postmoderne », qui ne se fixe plus de limites. Il devient interdit dâinterdire » dans certains mĂ©dias audiovisuels, qui ont compris tout le bĂ©nĂ©fice quâils pouvaient tirer de ces formes de provocation. Câest le triomphe dâun rire qui contribuerait selon le sociologue Paul Yonnet Ă lâinstallation dâun nouvel ordre moral mĂ©diatique [55] », qui domine tout particuliĂšrement les shows tĂ©lĂ©visĂ©s. Selon Paul Yonnet ce comique consiste Ă ĂȘtre cynique, amoral, grossier, ordurier, anticlĂ©rical, de sâavouer cruel, alcoolique, obsĂ©dĂ© sexuel, de dĂ©tester la religion, de dĂ©fendre le droit de tricher [âŠ] de se moquer des Juifs comme des paysans normands⊠» Ce que dĂ©nonce â ou constate simplement â le sociologue, câest le moment oĂč les tĂ©lĂ©spectateurs complices des shows mĂ©diatiques ne savent plus prendre la distance indispensable que requiert la caricature ou lâhumour et considĂšrent le dĂ©dain et le mĂ©pris comme les formes normales des relations humaines et sociales. Les hommes politiques eux-mĂȘmes sâen rendent complices, participant aux Ă©missions les plus racoleuses, lançant des bons mots » ou des calembours de plus en plus douteux. Quant aux anciens papes de la contre-culture, ils cultivent la nostalgie distante des valeurs libertaires, quâil convient surtout de ne plus prendre au sĂ©rieux [56]. Câest le conformisme de lâirrĂ©vĂ©rence, la banalisation du rire, aussi provocateur soit-il, et dâune certaine façon aussi lâentrĂ©e en dĂ©rision » dâune sociĂ©tĂ© en plein vide critique ». Rendre Mai 68 seul responsable de ces dĂ©rives apparaĂźt tout aussi excessif que de lui imputer la perte de lâautoritĂ© des familles, de lâĂcole ou de lâĂtat. La sociĂ©tĂ© des annĂ©es 1980-1990 est devenue de fait plus Ă©clatĂ©e, plus individualiste, attachĂ©e au bien-ĂȘtre et au paraĂźtre, faisant de la dĂ©rision une valeur quasi consensuelle et donc sans aucune force vĂ©ritablement subversive. Les engagements collectifs aussi ont changĂ© de nature les grandes causes humanitaires, fortement mĂ©diatisĂ©es, ont remplacĂ© les idĂ©ologies. Sur fond de crise Ă©conomique et de montĂ©e de la pauvretĂ©, Coluche crĂ©e Les restos du cĆur » en 1985, comme rĂ©ponse au mal ĂȘtre social. LâĂ©vĂ©nement nâest plus du domaine de la contre-culture il est mĂ©diatisĂ© par TF1 aux heures de grande Ă©coute, rĂ©unissant en direct une plĂ©iade de chanteurs de variĂ©tĂ©, de sportifs, de comĂ©diens, dâanimateurs de radio et de tĂ©lĂ©vision, dâhommes politiques [57]. Câest, pour reprendre lâexpression de François Cusset, le grand cauchemar [58] » dâune fin de siĂšcle qui semble avoir enterrĂ© les rĂȘves de 1968, sans en assumer pleinement lâhĂ©ritage [59]. Notes [1] Georges Minois, Histoire du rire et de la dĂ©rision, Paris, Fayard, 2000, p. 510-579. Il sâagit de lâune des seules synthĂšses historiques sur le sujet. [2] Revue semestrielle publiĂ©e par lâAssociation pour le dĂ©veloppement des recherches sur le comique, le rire et lâhumour CORHUM et le Centre de recherche interdisciplinaire sur lâhumour CRIH â Paris-VIII. [3] Lâhistorien du culturel trĂšs contemporain travaille sur un terrain saturĂ© de sources tĂ©moignages, analyses socio-historiques, philosophiques, journalistiques, productions mĂ©diatiques de toute nature. Il est aussi prisonnier des mĂ©moires gĂ©nĂ©rationnelles », y compris parfois de la sienne. Les outils mĂ©thodologiques se consolident depuis une vingtaine dâannĂ©es mais les piĂšges demeurent nombreux. [4] Gilles Lipovetsky, LâĂre du vide, essais sur lâindividualisme contemporain, Paris, Gallimard, 1983 ; Gilles Lipovetsky a prolongĂ© sa rĂ©flexion dans Le Bonheur paradoxal, Paris, Gallimard, 2006. [5] La dĂ©rision est une attitude plus nettement mĂ©prisante que lâhumour. Il existe en effet dans la dĂ©rision une dimension critique qui nâest plus tout Ă fait celle du dĂ©tachement humoristique, dans la mesure oĂč lâon cherche Ă rendre un fait ou un personnage insignifiant. Elle tend Ă devenir, selon Arnaud Mercier un redoutable instrument de jugement social, de dĂ©foulement et dâagression [âŠ] mais aussi parfois dâinnovation, car en contestant on sâaffirme et on sâoppose Ă des codes existants pour en proposer dâautres » Arnaud Mercier, Pouvoirs de la dĂ©rision, dĂ©rision des pouvoirs », HermĂšs, dossier DĂ©rision-Contestation », 29, 2001. Lorsquâelle se fait catharsis, elle peut se rĂ©vĂ©ler une salutaire purgation, au sens aristotĂ©licien du terme. Selon Christian SavĂšs, elle est une des catĂ©gories fondamentales de lâexpĂ©rience humaine » et une dimension essentielle de la conscience historique » Christian SavĂšs, Ăloge de la dĂ©rision, une dimension de la conscience humaine, Paris, LâHarmattan, 2007. Pour certains mĂ©decins et psychologues, elle est aussi une expression psychotique, au sens oĂč son emploi permet dâannuler la portĂ©e de ce qui est exprimĂ© ou montrĂ© et de neutraliser lâautre » par le mĂ©pris ou lâhumiliation. [6] Notons que pour dâautres pĂ©riodes historiques par exemple le Moyen Ăge, la dĂ©rision devient un sujet majeur de recherche, lire notamment Ălisabeth Crouzet-Pavan et Jacques Verger dir., La DĂ©rision au Moyen Ăge de la pratique sociale au rituel politique, Paris, Publication de la Sorbonne, 2007. Les auteurs montrent que la dĂ©rision est une arme redoutable dâhumiliation et de disqualification, trĂšs codifiĂ©e Ă lâĂ©poque mĂ©diĂ©vale. [7] Henri Cartier-Bresson, Rue de Vaugirard, Paris, mai 1968. [8] Votez Coluche », bourse du travail de Lyon, du 18 au 23 dĂ©cembre 1980, 21 heures. [9] Pour reprendre lâexpression de lâouvrage polĂ©mique de Luc Ferry et dâAlain Renaut, La PensĂ©e 68, essai sur lâanti-humanisme contemporain, Paris, Gallimard, Folio », 1988. [10] Un roman trĂšs autobiographique publiĂ© au Seuil en 2002. [11] On pense aux grandes fĂȘtes antiques ou mĂ©diĂ©vales comme les Saturnales romaines, les fĂȘtes des fous, de lâĂąne, aux carnavals. Lire aussi Ălisabeth Crouzet-Pavan et Jacques Verger dir., op. cit. Toutefois, il faut se garder de rĂ©duire Mai 68 Ă une grande fĂȘte estudiantine, au risque dâun contresens total sur la nature politique et sociale du mouvement. [12] Ronald Landheer, Lâhumour contestataire les slogans de 1968 », Humoresques, 19, janvier 2004. [13] Bernard Brillant, Les Clercs de 68, Paris, PUF, 2003. [4] Action est une publication nĂ©e le 5 mai 68 et qui survit un peu plus dâun an de maniĂšre Ă©pisodique. Y participent notamment certains fondateurs dâActuel mais aussi de LibĂ©ration. [15] Journal de la Nouvelle Gauche anglaise fondĂ© en mai 1968 par Tariq Ali. Ouvert Ă la contre-culture pop il considĂšre Mick Jagger comme lâĂ©gal de Marx et dâEngels Black Dwarf du 27 octobre 1968. De nombreux intellectuels de gauche y Ă©crivent librement, comme le dramaturge David Mercer, lâhistorien Eric Hobsbawm. [16] Guy Debord, Mode dâemploi du dĂ©tournement », Les LĂšvres nues, 8, mai 1956. Une autre forme de dĂ©tournement est celle des mots, initiĂ©e par lâOulipo dans les annĂ©es 1960 et dont on ne peut sous-estimer la posture de dĂ©rision », mĂȘme si le lien avec Mai 68 nâest pas Ă©vident Ă Ă©tablir. [17] [18] Allusion Ă la cĂ©lĂšbre Ă©mission pour enfants des annĂ©es 1960. [19] Gulliver, 1, novembre 1972. En dĂ©cembre 1971 paraĂźt LâAntinorm, revue du FHAR. [20] Jean-Paul Sartre est le directeur de publication de ce bimensuel. [21] Roland Castro nâa toutefois pas abandonnĂ© la posture de dĂ©rision contre le politiquement correct » si lâon en croit les propositions prĂ©sidentielles de son Mouvement de lâutopie concrĂšte en 2007 http// www. utopiesconcretes. org/ . [22] Le festival RĂ©sistances » de Tarascon-sur-AriĂšge avait pour thĂšme de son millĂ©sime 1998 68 nâest pas fini », avec une programmation cinĂ©matographique Ă©clectique. [23] La Dialectique peut-elle casser des briques ? nâest quâun exemple parmi les nombreux dĂ©tournements situationnistes de films orientaux, dont le sinologue RenĂ© ViĂ©net est le spĂ©cialiste, ainsi LâAubergine est farcie, Une soutane nâa pas de braguette, Mao par lui-mĂȘme, Chinois, encore un effort pour ĂȘtre rĂ©volutionnaire, Du sang chez les taoĂŻstes, Dialogue entre un maton CFDT et un gardien de prison affiliĂ© au syndicat CGT du personnel pĂ©nitentiaire. La Dialectique est en visionnage libre sur http// www. ubu. com/ film/ vienet. html. [24] Thomas Genty, op. cit. [25] Réédition des planches de LâAn 01 aux Ă©ditions LâAssociation 2000. Le film est alors un succĂšs public cent vingt-cinq mille spectateurs sur prĂšs de vingt semaines dâexploitation dans deux salles du Quartier Latin. [26] LâAn 01 nâest pas une Ćuvre situationniste, mais elle reprend Ă son compte sans les prendre vraiment au sĂ©rieux toute une sĂ©rie de propositions situationnistes sur la libĂ©ration sociale. [27] On y voit notamment Romain Bouteille, Coluche, Henri Guybet, Sotha, Renaud SĂ©chan, Martin Lamotte, mais aussi le trio des Valseuses, Patrick Dewaere, Miou-Miou et GĂ©rard Depardieu. [28] Les Shadoks », ORTF, 1968-1969. [29] Philippe Val est actuellement le rĂ©dacteur en chef de Charlie Hebdo. [30] J. BĂ©reaud, La chanson française depuis Mai 68 », The French Review, 62 2, dĂ©cembre 1988. [31] On lui doit notamment la chanson CrĂšve Salope, composĂ©e dans la Sorbonne occupĂ©e, manifeste rageur contre lâautoritĂ© des parents et surtout des professeurs et des flics ». [32] F. Samuelson, Il Ă©tait une fois LibĂ©, Paris, Flammarion, Ă©d. rev. et corr., 2007. [33] La Gueule ouverte offre peut-ĂȘtre un intĂ©rĂȘt humoristique limitĂ©, mais il traduit bien les dĂ©buts de lâĂ©cologie politique. Son fondateur, Pierre Fournier, transfuge de Charlie Hebdo, imprime Ă ce journal qui paraĂźt jusquâen 1980 un ton dĂ©calĂ© et proche de la contre-culture. [34] Voir lâexposition The Sixties, annĂ©es utopies, 1962-1973, France/Grande-Bretagne », BDIC, 1996. [35] Alexandre Devaux, Hara-Kiri mensuel, le berceau de lâhumour bĂȘte et mĂ©chant », Humoresques, 23, janvier 2006. [36] Ancien maoĂŻste et cofondateur de LibĂ©ration, Serge July a cherchĂ© dans les annĂ©es 1980 Ă culturaliser » Mai 68 et Ă pratiquer, selon les termes de François Cusset, la rĂ©duction rĂ©trospective de lâĂ©vĂ©nement social Ă ses seuls avatars culturels » François Cusset, La DĂ©cennie le Grand Cauchemar des annĂ©es 1980, Paris, Albin Michel, 2006. De fait, lorsque July parle de Mai 68 comme dâune rĂ©volution rock » LibĂ©ration, hors sĂ©rie, mai 1988, Lâalbum de nos 20 ans » , câest oublier que les gauchistes français nâĂ©coutaient pas beaucoup cette musique ou sâen cachaient. [37] Allusion au fait divers du dancing de Saint-Laurent-du-Pont, dĂ©but novembre, oĂč 156 jeunes gens trouvent la mort dans un incendie LâHebdo Hara-Kiri, 94, 16 novembre 1970. [38] Raymond Marcellin, ministre de lâIntĂ©rieur de 1968 Ă 1974, procĂšde notamment en juin 1973 Ă la dissolution de la Ligue communiste rĂ©volutionnaire. Il est souvent caricaturĂ© par la presse dâextrĂȘme gauche sous les traits dâun CRS, la matraque Ă la main. [39] Jean-François Bizot, Free Press la contre-culture vue par la presse underground, Paris, Panama, 2006. Actuel renaĂźt dans les annĂ©es 1980 sur des bases postmodernes, nettement moins contre-culturelles. [40] Jerry Rubin, Do It, Paris, Seuil, Points », 1971. [41] Lâex-Beatles John Lennon est au dĂ©but des annĂ©es 1970 le symbole de la contre-culture anglo-saxonne, militant avec son Ă©pouse, lâartiste japonaise Yoko Ono, pour la paix dans le monde, tout en revendiquant ses origines de classe working class heroe. [42] Actuel, juin 1971. Le mĂȘme numĂ©ro consacre aussi un article au nouveau gauchisme » et Ă VLR. [43] Apostrophes, Farceurs et pasticheurs », A2, 1er avril 1977. LâĂ©mission est intĂ©ressante Ă plus dâun titre, les invitĂ©s Bory, Averty, Bizot revendiquant Ă des degrĂ©s divers le droit Ă lâhumour et Ă la rigolade » comme droit citoyen. [44] [45] Philippe Boggio, Coluche, lâhistoire dâun mec, Paris, Flammarion, 2006. [46] Bertrand Lemonnier, Coluche, roi de lâĂ©poque », LâHistoire, 276, mai 2003. [47] Hara-Kiri, 231. [48] Charlie-Hebdo, 5 novembre 1980. [49] Ce soutien a Ă©tĂ© largement commentĂ©. Pierre Bourdieu sâen est beaucoup expliquĂ©, notamment dans lâĂ©mission de France Culture Les chemins de la connaissance » et ses entretiens avec Roger Chartier 1988. [50] Arnaud Mercier, op. cit. [51] Alain Finkielkraut a stigmatisĂ© dans lâĂ©mission Esprits libres » les ravages de lâhumour coluchien et du on peut rire de tout », mais existe-t-il aujourdâhui en France lâĂ©quivalent dâun Coluche ? Esprits libres », France 2, le 2 mars 2007 [52] Luc Ferry et Alain Renaut, op. cit. ; Alain Finkielkraut, La DĂ©faite de la pensĂ©e, 1987. Les annĂ©es 1980 voient en effet lâextension du terme de culture Ă tous les domaines de la vie quotidienne et de la production de masse. Une paire de bottes vaut Shakespeare », lance Finkielkraut dans un raccourci dĂ©risoire. [53] Guy Hocquenghem, Lettre ouverte Ă ceux qui sont passĂ©s du col Mao au Rotary, Paris, Albin Michel, 1986. [54] France Culture, La Fabrique de lâHistoire », janvier 2007 Histoire des radios libres en France ». [55] Paul Yonnet, La planĂšte du Rire, sur la mĂ©diatisation du comique », Le DĂ©bat, mars-avril 1990. [56] Dans les annĂ©es 1980-1990, lorsque Jean-François Bizot relance Actuel, il contribue Ă la nostalgie trĂšs fin de siĂšcle des annĂ©es 1970, dĂ©sormais distanciĂ©es et rĂ©habilitĂ©es, y compris sur le plan politique les annĂ©es Pompidou » et les annĂ©es Giscard ». [57] TF1, 26 janvier 1986. [58] François Cusset, op. cit. Cet ouvrage offre un panorama Ă©clatĂ© mais saisissant de la dĂ©cennie 1980 et de la fin des idĂ©ologies. [59] Jean-Pierre Le Goff, Mai 68, lâhĂ©ritage impossible, Paris, La DĂ©couverte, 2006. [*] AgrĂ©gĂ© de lâuniversitĂ© et docteur en histoire, Bertrand Lemonnier est professeur de chaire supĂ©rieure au lycĂ©e Louis-le-Grand Paris. Il a notamment participĂ© Ă deux ouvrages sur Mai 68 Philippe ArtiĂšres et Michelle Zancarini-Fournel dir., 68, une histoire collective La DĂ©couverte, 2008, ainsi que Henri Rey et Jacques Capdevielle dir., Dictionnaire de Mai 68, Larousse, 2008.
13. Nicolas Sarkozy Ă Si tu reviens, j'annule tout Ă» 12. Ăâ°mile Combes, amoureux d'une religieuse deux fois plus jeune que lui 11. Edgar Faure 10. NapolĂ©on III 9. Les fausses partouzes de Georges Pompidou 8. Jacques Chirac Ă cinq minutes, douche comprise Ă» 7. Giscard d'Estaing et le camion de lait 6. Adolphe Thiers, le Carla Bruni de la TroisiĂšme RĂ©publique 5. Talleyrand, l'Ă©vĂÂȘque dĂ©froquĂ© 4. François Mitterrand et sa famille cachĂ©e 3. FĂ©lix Faure Ă Il voulait ĂÂȘtre CĂ©sar, il ne fut que PompĂ©e Ă» 2. Joseph Caillaux et sa femme l'assassin oui, vous avez bien lu Fonction PrĂ©sident du Conseil - 1911-1912En 1913, un an aprĂšs avoir quittĂ© la prĂ©sidence du Conseil, Caillaux est nommĂ© ministre des Finances. Le Figaro publie alors une sĂ©rie d'articles l'attaquant politiquement et aussi personnellement. Le 16 mars 1914, Henriette Caillaux pĂ©nĂštre dans les locaux du Figaro, tire sur Gaston Calmette, le directeur du journal, et le tue. Joseph Caillaux dĂ©missionne dĂšs le de scandale 300% 1. Georges ClĂ©menceau et ses 800 conquĂÂȘtes François Hollande et le Ă Gayet-gate Ă» BuzzFeed DailyKeep up with the latest daily buzz with the BuzzFeed Daily newsletter!
Le gouvernement domestique en France. DĂ©faillances, trahisons et rĂ©conciliations Moyen Ăge - Epoque moderne - Les Cahiers du CRULH, 2018Marion PHILIPThis PaperA short summary of this paper37 Full PDFs related to this paperDownloadPDF Pack
claude et georges pompidou l amour au coeur du pouvoir