Plusgrave: son absence de vision de la France et de l'horizon oĂč la conduire. Chirac, une ambition sans boussole. Un brave gars devenu Ilfaut profiter des moments oĂč les foules s’absentent des grands musĂ©es et des expositions paradigmatiques pour interroger l’Art. On a le temps. Rien ne presse. L’Art aussi a le temps. Il n’est pas sous pression mĂ©diatique et populaire. Il peut s’asseoir. Prendre un verre de biĂšre si le cƓur lui en dit. Il peut aussi se poser sur un trĂ©pied au-dessus de vapeurs dĂ©lĂ©tĂšres et aucinĂ©ma sur mes Ă©crans. Claude et Georges Pompidou: L'Amour au coeur du pouvoir. Fr. 2012. Documentaire de Pierre Hurel. DurĂ©e: 85 min. en savoir plus sur ce film. RĂ©gie du classement VidĂ©oClaude et Georges Pompidou : l'amour au coeur du pouvoir Synopsis DĂ©but octobre 1968, une rumeur enflamme le tout-Paris : Claude Pompidou, la femme de l'ancien Premier ministre, aurait fait assassiner un playboy yougoslave, Stephan Markovic, parce qu'il la faisait chanter avec des photos de parties fines. 1En 2013, lors d’une table ronde au Centre Georges-Pompidou de Paris organisĂ©e dans le cadre des commĂ©morations du centenaire de la naissance de Claude Simon, Maylis de Kerangal confessa ses rĂ©ticences de jeune fille face Ă  l’Ɠuvre d’un Ă©crivain qu’elle percevait comme celle d’un « classique », car elle Ă©tait enseignĂ©e comme telle Ă  l’universitĂ©. QuatriĂšmede couverture. Dans l'intimitĂ© du pouvoir. La prĂ©sidence de Georges Pompidou. En juin 1969, Georges Pompidou succĂ©dait au gĂ©nĂ©ral de Gaulle Ă  la tĂȘte de l'État, pour un mandat brutalement interrompu par la mort. Unerelation trĂšs forte unit la famille Pompidou au Pays bigouden, et notamment Claude, ancienne premiĂšre Dame de France. Son fils, Alain, rĂ©side toujours Ă  Sainte-Marine. 9gLS6X. Un amour Ă  l'Ă©preuve de la guerre RĂ©sumĂ© DĂ©tails CompatibilitĂ© Autres formats La dĂ©claration de la DeuxiĂšme Guerre mondiale en septembre 1939 bouleverse l'amour et la genĂšse familiale du couple Georges Deroy-Jacqueline Olivier mariĂ© depuis 1936 et parents de Françoise, nĂ©e en avril 1938. Jacqueline est enceinte d'Élisabeth qui naĂźtra en mai 1940. Georges sera prisonnier de juin 1940 Ă  avril 1945. La guerre entraĂźne une rupture radicale. Chacun doit apprendre Ă  vivre par soi-mĂȘme dans un environnement nouveau, Ă©tranger, conflictuel, meurtrier. Comment s'en sont-ils tirĂ©s ? Jacqueline et Georges ont laissĂ© des traces Ă©crites. Leurs descendantes ont dĂ©couvert ces Ă©crits aprĂšs leur mort. Elles ont composĂ© ce livre qui fait revivre cet amour et la genĂšse de cette famille Ă  l'Ă©preuve de la guerre. Lire plusexpand_more Titre Un amour Ă  l'Ă©preuve de la guerre EAN 9782140247385 Éditeur Editions L'Harmattan Date de parution 16/03/2022 Format ePub Poids du fichier Inconnue Protection Filigrane numĂ©rique L'ebook Un amour Ă  l'Ă©preuve de la guerre est au format ePub protĂ©gĂ© par Filigrane numĂ©rique check_circle Cet ebook est compatible pour une lecture sur application iOs et Android Vivlio. check_circle Cet ebook est compatible pour une lecture sur My Vivlio. check_circle Cet ebook est compatible pour une lecture sur le lecteur Vivlio. check_circle Cet ebook est compatible pour une lecture sur liseuse. 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Mis sur le marchĂ© par la famille, les 180 lots de la vente dont une partie du vestiaire haute couture de l’ex-PremiĂšre dame, le tout rĂ©sumant ce couple de collectionneurs Ă©pris d’art contemporain, de design et de mode, ami de nombreux artistes, feront l’objet d’une exposition publique Ă  partir du 29 novembre dans les salons de la maison de vente. Parmi les oeuvres qui proviennent de l’appartement du quai de BĂ©thune, une huile de Bernard Buffet, offerte par l’artiste Ă  Claude Pompidou et jamais proposĂ©e Ă  la vente, est estimĂ© entre 10 000 et 15 000 euros. Des lithographies de Niki de Saint Phalle et Georges Braque pourraient atteindre 3 000 euros. Des modĂšles haute couture Le catalogue propose aussi des modĂšles haute couture portĂ©s par Claude Pompidou dĂ©cĂ©dĂ©e en 2007, et signĂ©s Cardin, Dior, CourrĂšges, HermĂšs ou Chanel qui habilla l’ex-PremiĂšre dame pour l’investiture du prĂ©sident Pompidou. “Rompant trĂšs vite avec le protocole et la tradition, Claude Pompidou 
 a introduit au palais de l’ÉlysĂ©e un style plus moderne, moins rigide, qui contraste avec l’attitude effacĂ©e d’Yvonne de Gaulle”, rappelle la maison de vente. “De l’art abstrait et des meubles design font ainsi leur entrĂ©e au palais. Mme Pompidou s’occupe personnellement de la dĂ©coration des lieux”. SignĂ©s du designer Pierre Paulin, la salle Ă  manger et le fumoir des appartements privĂ©s de l’ElysĂ©e, ont rejoint les collections permanentes du Centre Pompidou. AFP 1Alors que le moment 68 » semble s’imposer comme un jalon incontournable dans l’histoire du rire et de la dĂ©rision, l’analyse des formes et des supports de cet Ă©clat de rire » gĂ©nĂ©ralisĂ© reste Ă  faire. Bertrand Lemonnier, en travaillant ici l’hypothĂšse d’un glissement de l’humour vers la dĂ©rision, propose une premiĂšre approche de cette problĂ©matique, des Ă©vĂ©nements de mai jusqu’à nos jours. Nul doute que cette proposition viendra nourrir le dĂ©bat en cours sur l’articulation d’une histoire politique ou culturelle des annĂ©es 68. 2Dans une ambitieuse Histoire du rire et de la dĂ©rision, Georges Minois ne consacre qu’une petite partie de son livre Ă  l’époque contemporaine [1]. Quel point de vue faut-il en effet adopter esthĂ©tique, littĂ©raire, sociologique, anthropologique ? L’approche critique doit-elle ĂȘtre multidisciplinaire et nĂ©cessairement Ă©clatĂ©e – c’est celle dĂ©fendue par la revue Humoresques [2] – ou y a-t-il la place pour une dĂ©marche historienne ? Et pour quel genre d’histoire ? On l’aura compris, l’espace humoristique est encore en dĂ©frichement sinon en dĂ©chiffrage, territoire propice aux hypothĂšses les plus stimulantes mais aussi aux inĂ©vitables approximations mĂ©thodologiques [3]. Dans l’ouvrage de Georges Minois, le moment 1968 » apparaĂźt Ă©tonnamment absent d’une rĂ©flexion qui fait la part belle, pour la fin du 20e siĂšcle, aux travaux de Gilles Lipovetski sur la sociĂ©tĂ© humoristique [4] ». Georges Minois semble ainsi dĂ©plorer la gĂ©nĂ©ralisation d’un esprit postmoderne, oĂč les mĂ©dias imposent un comique de rigueur, un rire soft et cool, oĂč l’ironie est vide de sens, oĂč la dĂ©rision tourne Ă  vide, quelles que soient les intentions subversives. On est alors vĂ©ritablement dans le dĂ©risoire, mais au sens de l’insignifiance. 3Pourtant, en dĂ©pit de ce constat un peu dĂ©sabusĂ© sur une sociĂ©tĂ© mĂ©diatique », qui nous empĂȘcherait de rire librement et sainement, la dĂ©finition d’AndrĂ© Breton et des surrĂ©alistes, selon laquelle l’humour est une rĂ©volte supĂ©rieure de l’esprit » nous paraĂźt toujours avoir une rĂ©elle dimension historique, notamment lorsque le contexte s’y prĂȘte. Et, justement, le contexte de Mai 68 et de l’aprĂšs-68 en France, Ă  travers une formidable libĂ©ration de la parole, puis des mƓurs, oblige Ă  une rĂ©flexion sur la dimension humoristique de cette libĂ©ration, et plus prĂ©cisĂ©ment dans le registre complexe de la dĂ©rision [5]. 4Mais ce registre a-t-il une Ă©paisseur chronologique ? Comment borner une histoire de la dĂ©rision [6] » autour des Ă©vĂ©nements de 1968 ? Deux photographies, prises Ă  douze annĂ©es de distance – la premiĂšre en mai 1968 et la seconde en dĂ©cembre 1980 – fournissent une premiĂšre rĂ©ponse en forme de correspondance dans le temps et dans l’espace. Ces clichĂ©s rĂ©vĂšlent en effet deux formes d’appropriation sauvage de l’espace public, aux dĂ©pens des affiches politiques classiques. Le premier – cĂ©lĂšbre et si souvent reproduit – est signĂ© Henri Cartier-Bresson [7]. Il suggĂšre le contraste entre la France conservatrice de 1968 et la jeune France soixan-te-huitarde le slogan libertaire Jouissez sans entraves » recouvre alors des affiches notamment du PCF, ce qui laisse un digne vieux monsieur perplexe
 ou rĂȘveur ! Les murs ont alors la parole et la prennent sans retenue, comme un nouveau langage de dĂ©rision. Le second est l’affiche d’un meeting de Coluche Ă  la bourse du travail de Lyon [8], alors qu’il dĂ©fend sa candidature Ă  l’élection prĂ©sidentielle de 1981. Un candidat de la dĂ©rision du politique, humoriste de profession, dont le programme » se rattache sur certains points au slogan de mai affichĂ© sur les murs. 5À partir de ces deux photographies et du lien que l’on peut Ă©tablir entre elles, il est possible de poser quelques questions d’ordre gĂ©nĂ©ral, comme autant d’hypothĂšses de travail. Y a-t-il une forme d’humour et de dĂ©rision propre Ă  Mai 68, en tout cas vĂ©ritablement innovante en la matiĂšre ? Les formes d’humour et de dĂ©rision qui se dĂ©veloppent en France dans les annĂ©es 1970 et 1980 peuvent-elles se rattacher, de prĂšs ou de loin, Ă  un esprit de 68 » une ombre portĂ©e » ? ou ne sont-elles finalement que des avatars de la sociĂ©tĂ© de masse, en pleine digestion d’une hypothĂ©tique culture ou pensĂ©e 68 » [9] ? Peut-on distinguer dans l’abondance et la diversitĂ© culturelles des annĂ©es qui suivent 1968 un certain nombre de personnages, de mĂ©dias, de productions qui sont porteurs d’un humour spĂ©cifiquement post-soixante-huitard » ou que Mai 68 a contribuĂ© Ă  diffuser ? Coluche est-il notamment le produit dĂ©rivĂ© » de cet humour ? Et aprĂšs lui certains programmes satiriques diffusĂ©s dans les mĂ©dias ?Le moment 68, entre dĂ©rision et esprit de sĂ©rieux6D’abord, une premiĂšre mise au point en forme de rĂ©ponse globale Mai 68 est un mouvement trĂšs sĂ©rieux » dans son ensemble. Faire la rĂ©volution n’est pas un divertissement lĂ©ger, oĂč l’on s’amuse. Olivier Rolin, un ancien de la Gauche prolĂ©tarienne, dans son roman Tigre en papier [10], a rappelĂ© Ă  sa façon que la plupart des groupes gauchistes – maoĂŻstes, dans le cas prĂ©sent – se prennent terriblement au sĂ©rieux, oubliant sans doute l’un des slogans de l’OdĂ©on occupĂ© Prenons la rĂ©volution au sĂ©rieux, mais ne nous prenons pas au sĂ©rieux ». Les rares crises de rire, dans le rĂ©cit de Rolin, sont autant de transgressions Ă  la ligne gĂ©nĂ©rale du groupuscule et sont des actes quasi bourgeois » ! Pourtant, l’auteur admet que tout pourrait bien, Ă  certains moments, se terminer dans un grand Ă©clat de rire, Ă  condition de trouver ridicules les sentences du Grand Timonier. Ce sĂ©rieux proclamĂ©, assez psychorigide, n’empĂȘche pas la contestation de s’alimenter Ă  certaines sources d’humour et de dĂ©rision. Mai 68 reste un immense happening aux aspects libertaires et festifs [11] ; d’un certain point de vue, il constitue une rĂ©volution par la dĂ©rision. 7Difficile en effet de dĂ©nier tout humour Ă  Mai 68, notamment Ă  travers un certain nombre de mots, de slogans [12], de maximes, de tracts, d’affiches, de fresques, de caricatures, de graffitis dirigĂ©s contre les pouvoirs et la sociĂ©tĂ© bourgeoise et parfois aussi contre certains acteurs du mouvement, tel le PCF. C’est non seulement la grammaire de la contestation 68 [13] », mais aussi son esthĂ©tique. L’éphĂ©mĂšre publication Action [14] – faite sur le modĂšle graphique de Black Dwarf en Angleterre [15]– a de toute Ă©vidence un cĂŽtĂ© festif ; certains articles de La Cause du peuple rappellent l’humour dĂ©capant des publications anarchisantes de la Belle Époque comme L’Assiette au beurre ou Le PĂšre peinard. Les ateliers des Beaux-Arts rue Bonaparte ont produit dans l’effervescence des Ɠuvres qui renvoient autant au gauchisme ou Ă  l’anarchisme qu’aux aphorismes et aux collages dadaĂŻstes et surrĂ©alistes. On trouve aussi Ă  Censier, Ă  Nanterre ou Ă  la Sorbonne de jolies formules certaines apocryphes ou simplement rapportĂ©es, dont le cĂ©lĂšbre marxiste, tendance Groucho ». De mĂȘme, l’activisme situationniste ne manque pas d’humour, mĂȘme s’il est parfois involontaire. Si l’influence politique des situationnistes dits enragĂ©s » demeure Ă©pisodique – au sein par exemple des comitĂ©s d’occupation de la Sorbonne, qu’ils ne contrĂŽlent que quelques jours –, l’impact des avant-gardes situationnistes est bien rĂ©el dans les milieux artistiques des annĂ©es 1968. Raoul Vaneigem et Guy Debord encouragent ainsi dans les annĂ©es 1960 les opĂ©rations de dĂ©tournement de la culture de masse [16], par exemple des comics bandes dessinĂ©es, essentiellement d’origine anglo-saxonne et du cinĂ©ma. En 1968, des comics par dĂ©tournement » fleurissent ainsi au beau milieu des tracts politiques les bandes dessinĂ©es sont alors une nouvelle conception de la praxis rĂ©volutionnaire, une forme prolĂ©tarienne de l’expression graphique [qui] rĂ©alise le dĂ©passement de l’art bourgeois » [17]. Dans les annĂ©es 1970, l’artiste situationniste Jean-Jacques Lebel organise des happenings Ă  base de provocations multiples, considĂ©rant notamment la pornographie comme un genre humoristique. Le dĂ©tournement iconoclaste de la culture de masse est l’un de ses thĂšmes de prĂ©dilection artistique, mais il s’agit autant d’un effet 68 » que du prolongement d’un concept de dĂ©rision nĂ© Ă  la fin des annĂ©es 1950, Ă  travers le Pop Art ou le Nouveau gauchisme Ă  la contre-culture8Justement, aprĂšs Mai 68, que reste t-il de ce que l’on peut qualifier provisoirement d’humour contestataire ? N’y a t-il pas un repli vers un certain conformisme ou alors vers des formes de contre-culture souvent mĂ©prisĂ©es des rĂ©volutionnaires orthodoxes, on pense au psychĂ©dĂ©lisme hippie, Ă  l’écologie baba-cool, Ă  l’anarchisme fĂȘtard, au postsituationnisme ? En fait, rien n’est simple. En effet, c’est l’humour – nous y reviendrons Ă  propos de certains mĂ©dias – qui permet de faire le lien entre le gauchisme et la contre-culture, notamment psychĂ©dĂ©lique, telle qu’elle s’est Ă©panouie dans le monde anglo-saxon depuis le milieu des annĂ©es 1960. 9Cela dit, il est Ă©vident que le passage du sĂ©rieux au rire n’a pas Ă©tĂ© chose facile – et mĂȘme impossible, sĂ»rement – au sein de groupes radicaux, qui vivent plus ou moins bien leur dĂ©pression post-68 ». D’autant que rire, cela signifie aussi savoir rire de soi. Bonne nuit les petits ! » titre ironiquement Action en se sabordant lors de l’élection de Georges Pompidou en 1969 [18]. L’autodĂ©rision n’est donc pas trĂšs frĂ©quente, du moins Ă  l’époque. Un exemple assez rĂ©vĂ©lateur est celui du FHAR Front homosexuel d’action rĂ©volutionnaire, qui tient ses rĂ©unions rĂ©guliĂšres de 1971 Ă  1973 dans l’amphithéùtre des Loges aux Beaux-Arts [19]. Dans ce qui devient trĂšs vite un happening permanent, le militantisme d’un Guy Hocquenghem est assez vite dĂ©passĂ© par les folles radicales appelĂ©es Gazolines », qui n’ont que faire de la phrasĂ©ologie gauchisante. La libĂ©ration de la parole gay prend les formes inattendues de la dĂ©rision ProlĂ©taires de tous les pays, caressez-vous », Nationalisons les usines Ă  paillettes », CRS, desserrez les fesses ! Gauchistes vous aussi », tandis que les Beaux-Arts deviennent un lieu de drague privilĂ©giĂ© pour les homosexuels parisiens. De mĂȘme, lors de l’enterrement du militant maoĂŻste Pierre Overney en 1972, les Gazolines voilĂ©es de noir scandent Liz Taylor, Overney, mĂȘme combat », au grand dam des activistes de la Gauche prolĂ©tarienne. 10Ce type de happening prolonge en acte la libĂ©ration de la parole initiĂ©e en Mai 68, mais il trouve assez peu d’écho au-delĂ  d’une certaine communautĂ© initiĂ©e, tandis qu’il apparaĂźt dans sa dĂ©rision comme bourgeois » par les militants les plus radicaux. L’expĂ©rience de fĂȘte rĂ©volutionnaire » menĂ©e par les spontanĂ©istes ou anarcho-maoĂŻstes, plus connus sous le sigle VLR Vive la RĂ©volution ou Mao-Spontex, demeure ainsi sans vĂ©ritable lendemain. Dans l’éphĂ©mĂšre publication Tout ce que nous voulons [20], Roland Castro dĂ©fend avec StĂ©phane Courtois et Guy Hocquenghem une rĂ©volution festive et libertaire, jusqu’à ce que le psychanalyste Lacan le dĂ©tourne en 1972 de cette ligne intellectuelle jugĂ©e sans issue [21]. Quant Ă  la revue L’Idiot international, elle est moins l’expression d’un courant de dĂ©rision que le projet un peu mĂ©galomane de son fondateur, Jean-Edern Hallier, celui de fonder autour de sa personne un grand journal gauchiste. 11De toutes les façons, il reste difficile aux mouvements contestataires – qu’ils soient situationnistes, gauchistes, fĂ©ministes, Ă©cologistes – de s’exprimer ouvertement dans les grands mĂ©dias, surtout audiovisuels. À la radio et la tĂ©lĂ©vision, en dĂ©pit de quelques espaces de libertĂ© Ă  la radio le Pop Club » de JosĂ© Artur et surtout Campus » de Michel Lancelot sur Europe n° 1, un conformisme assez pesant caractĂ©rise l’aprĂšs-Mai 68, et cela jusqu’en 1974-1975, Ă  quelques exceptions prĂšs. Quant aux radios dites libres » en fait illĂ©gales, appelĂ©es aussi radio-pirates, elles sont quantitĂ© nĂ©gligeable sur le sol français jusqu’à la libĂ©ralisation des annĂ©es 1980, ainsi Radio Campus Ă  Lille en 1969 ou Radio verte Ă  Paris en vecteurs d’un nouvel humour contestataire12Alors, comment peut s’exprimer un humour contestataire post-68, toujours suspectĂ© de porter en lui des germes de rĂ©volte ou du moins d’anarchie, mĂȘme si tous les mĂ©dias ne relĂšvent pas du monopole public ? Y a-t-il de la censure ou de l’autocensure ? En rĂ©alitĂ©, l’époque est plutĂŽt propice Ă  la libertĂ© d’expression, en dĂ©pit d’un certain nombre d’interdictions ponctuelles et du sentiment quelque peu paranoĂŻaque des gauchistes. Cette libertĂ© se manifeste notamment dans trois domaines d’expression d’abord le cinĂ©ma, ensuite le cafĂ©-théùtre et le music-hall, enfin la presse, Ă  laquelle on peut associer la bande dessinĂ©e. 13Existe-t-il d’abord un vĂ©ritable cinĂ©ma post-68 » [22] ? Un certain nombre de films tournĂ©s aprĂšs 68 relĂšvent du cinĂ©ma expĂ©rimental ou restent dans la tradition de la Nouvelle Vague comme Tout va bien de Jean-Luc Godard 1972, La Maman et la putain de Jean Eustache 1973, La Salamandre d’Alain Tanner 1971, du documentaire militant tel Camarades de Marin Karmitz 1969, de la chronique sociale comme On n’arrĂȘte pas le printemps de RenĂ© Gilson en 1971, sur les lycĂ©es de l’aprĂšs-68 ou l’intimiste Erica minor de Bertrand Van Effenterre 1974, de la fable utopique Valparaiso, Valparaiso de Pascal Aubier, 1969 et de la farce anarchiste La Grande Lessive de Jean-Pierre Mocky, 1969. Le film trĂšs remarquĂ© de Barbet Schroeder More 1969, avec la musique entĂȘtante de Pink Floyd, est plus un film de dĂ©nonciation des illusions hippies et psychĂ©dĂ©liques que de dĂ©rision humoristique des annĂ©es Woodstock. Plus proche de certains thĂšmes soixante-huitards apparaĂźt Les Valseuses de Bertrand Blier 1974, qui raconte la cavale de deux marginaux anticonformistes sur fond de libĂ©ration des mƓurs. Le film fait scandale. Son interdiction aux moins de 18 ans en dit long sur les blocages d’une sociĂ©tĂ© qui prend comme un coup de poing cette aventure amorale, mais d’un rĂ©alisme cru. 14Quelques ovnis cinĂ©matographiques relĂšvent d’un humour plus particulier, comme La Dialectique peut-elle casser des briques de GĂ©rard Cohen et RenĂ© ViĂ©net 1973 et L’An 01 de Jacques Doillon 1972, avec la participation de Jean Rouch et Alain Resnais. La Dialectique est un dĂ©tournement situationniste [23] des films de kung-fu taiwanais, Ă  la recette trĂšs simple. Il s’agit de sous-titrer et dialoguer des films en modifiant radicalement leur sens initial, ce qui leur donne un contenu subversif – rĂ©volutionnaire ? – trĂšs inattendu et plutĂŽt comique. Le dĂ©tournement a, par cette mĂ©thode, une triple fonction destruction-dĂ©valorisation radicale de l’art, propagande rĂ©volutionnaire, et rĂ©alisation du jeu et de l’esthĂ©tique ludique dans le dĂ©conditionnement de l’humour [24]. » Quant Ă  L’An 01 [25], il est co-Ă©crit par le dessinateur de bande dessinĂ©e GĂ©bĂ©, qui a d’abord publiĂ© les planches de L’An 01 dans le journal gauchiste Politique Hebdo. L’An 01 apparaĂźt comme une fable post-soixante-huitarde traitĂ©e comme un faux reportage – en noir et blanc – qui montre les premiers mois d’une rĂ©volution culturelle et sociale, oĂč l’on remettrait en cause dans la bonne humeur le travail, le couple, l’école, l’armĂ©e, la propriĂ©tĂ© privĂ©e. Le scĂ©nario du film est d’ailleurs plus ou moins dĂ©construit sur des slogans de 68, teintĂ©s d’écologie et de situationnisme ludique [26] Et si un jour on arrĂȘtait tout ? Plus de travail, plus d’horaires, plus de voitures, plus de tĂ©lĂ©vision. On prendrait le temps de flĂąner, de discuter, de chanter, de faire l’amour, de cueillir une fleur [
]. Le temps de vivre tout simplement. Ce serait l’an 01 d’une Ăšre nouvelle. » Le casting du film est hĂ©tĂ©roclite on y rencontre pĂȘle-mĂȘle des dessinateurs de BD Cabu, Gotlib, l’équipe de Hara-Kiri, des chanteurs politiquement engagĂ©s tels Jacques Higelin – Ă  l’époque du film retirĂ© dans une communautĂ© hippie – ou François BĂ©ranger, ainsi que des comĂ©diens dĂ©butants promis Ă  un bel avenir Coluche, Romain Bouteille, GĂ©rard Depardieu, Miou-Miou, Christian Clavier
. 15La prĂ©sence de Romain Bouteille apporte Ă  ce film un peu de la loufoquerie du cafĂ©-théùtre, un genre qui connaĂźt un grand succĂšs public aprĂšs Mai 68. C’est en effet en juin 1969 que Bouteille ouvre Le cafĂ© de la gare, d’abord Ă  Montparnasse puis rue du Temple. Ce spectacle innove par rapport au cafĂ©-concert ou au traditionnel music-hall, en ce sens qu’il fonctionne en vĂ©ritable communautĂ© artistique. AppelĂ©e ainsi pour des raisons fiscales mais aussi parce que les acteurs servent au public une boisson – lequel public paie ou ne paie pas sa place aprĂšs tirage au sort –, cette communautĂ© relĂšve d’un mĂ©lange entre l’esprit potache et l’anarchisme soixante-huitard. La devise du CafĂ© de la gare joue sur l’autodĂ©rision C’est moche, c’est sale, c’est dans le vent. » Sa troupe forme une bande de copains » formĂ©e au hasard des Ă©vĂ©nements de mai sans y avoir toujours participĂ© activement [27] ; elle joue des spectacles mi-Ă©crits mi-improvisĂ©s, suites de sketches loufoques comme Des boulons dans mon yaourt collectif, 1970, Le Jaune devant le marron derriĂšre collectif, 1973, Les Semelles de la nuit Romain Bouteille, 1974, Le Graphique de Boscop Sotha, 1975-1976. 16Le Graphique de Boscop est une piĂšce puis un film-culte, sorti en 1976, assez reprĂ©sentative d’un cafĂ©-théùtre, certes burlesque, mais aussi politiquement incorrect, s’affranchissant volontiers des normes artistiques. L’argument de Boscop est d’une loufoquerie Ă  la Pierre Dac, mais il rappelle aussi dans un genre diffĂ©rent les dĂ©sopilants Shadoks [28] de la tĂ©lĂ©vision c’est l’histoire de la famille Dindon, une famille de prolĂ©taires un peu ahuris dont le pĂšre est Ă©boueur et inventeur d’une machine qui a de commun avec Potemkine qu’elle est la voix du peuple », en fait une machine-Ă -faire-des-chansons-Ă -succĂšs, et dont le fils est un dĂ©bile social qui se rĂ©vĂšle un gĂ©nie des mathĂ©matiques. Le succĂšs de ces spectacles est tel que le cafĂ©-théùtre devient presque une institution dans la deuxiĂšme moitiĂ© des annĂ©es 1970 en 1974 se produit la troupe du Splendid, qui crĂ©e en 1977 avec une bande de joyeux drilles plutĂŽt issus des beaux quartiers, Amours, coquillages et crustacĂ©s, adaptĂ© en 1978 au cinĂ©ma sous le titre Les BronzĂ©s. 17Autre succĂšs du cafĂ©-théùtre, celui des humoristes Patrick Font et Philippe Val [29], qui se produisent au dĂ©but des annĂ©es 1970 au Théùtre de Dix Heures et inventent une sorte de cabaret gauchiste », mĂȘlant rĂ©flexions politiques, critiques de la sociĂ©tĂ© du spectacle et humour graveleux. Le duo, qui sĂ©duit un public de lycĂ©ens et d’étudiants bien au-delĂ  du militantisme gauchiste, fonde une troupe installĂ©e au Vrai Chic parisien Sainte-Jeanne du Larzac en 1974. Les deux compĂšres, en dĂ©pit de leurs provocations, n’en sont pas moins remarquĂ©s par certains mĂ©dias l’imitateur Thierry Le Luron, plutĂŽt classĂ© Ă  droite, invite Patrick Font dans son Ă©mission tĂ©lĂ©visĂ©e dominicale de grande audience de janvier Ă  juin 1973 et JosĂ© Artur sur France Inter programme quelques sketches ou chansons. 18D’une façon gĂ©nĂ©rale, la chanson française engagĂ©e » de l’aprĂšs-68 [30] n’est pas tout Ă  fait Ă  l’unisson du cafĂ©-théùtre. Elle n’est pas spĂ©cialement humoristique, mais plutĂŽt poĂ©tique et parfois lyrique Paris mai de Claude Nougaro, Au printemps de quoi rĂȘvais-tu ? de Jean Ferrat, Comme une fille de LĂ©o FerrĂ©, Le Temps de vivre de Georges Moustaki. Elle participe aussi du renouveau d’un folk song contestataire, inspirĂ© des modĂšles anglo-saxons et qui sĂ©duit plusieurs gĂ©nĂ©rations. Ancien ouvrier de Renault, François BĂ©ranger connaĂźt un certain succĂšs avec ses Tranches de vie 1969, qui rĂ©sument sur une musique country l’itinĂ©raire d’un prolĂ©taire nĂ© en 1937, de la guerre d’AlgĂ©rie Ă  Mai 68. NĂ© en 1949 dans un milieu plus intellectuel, Maxime le Forestier est renvoyĂ© du lycĂ©e Condorcet avant les Ă©vĂ©nements de mai et se lance dĂšs 17 ans dans le cabaret rive gauche ». Au dĂ©but des annĂ©es 1970, il apparaĂźt comme le porte-parole de la gĂ©nĂ©ration lycĂ©enne post-68, romantique et baba cool », dĂ©jĂ  Ă©cologiste, toujours rĂ©voltĂ©e mais aussi un peu dĂ©sabusĂ©e. Le troubadour barbu critique l’armĂ©e dans Parachutiste, dans un genre antimilitariste assez classique qui lui vaut une interdiction Ă  la radio ; dans la chanson Comme un arbre, il fait sienne la gĂ©nĂ©ration nĂ©e dans les grands ensembles et le bĂ©ton. Enfin c’est Renaud, nĂ© en 1952 mais dĂ©jĂ  actif sur les barricades de mai [31], qui apparaĂźt au milieu des annĂ©es 1970 comme un Gavroche folk, quelque part entre BĂ©ranger, Bruant et Bob Dylan. Dans Camarade bourgeois, il tourne en dĂ©rision les fils Ă  papa », dans Jojo le dĂ©mago, le prĂ©sident des gogos
 qu’a trahi les prolos », dans Amoureux de Paname les Ă©cologistes du sam’di soir ». Hexagone 1975 dĂ©nonce Ă  la fois le populisme ambiant et la sociĂ©tĂ© de consommation, non sans revisiter l’histoire de France la RĂ©volution de 1789, Vichy, Charonne, Mai 68
. Le Roi des cons, sur son trĂŽne, il est Français ça j’en suis sĂ»r », chante Renaud dans une veine libertaire qui va en partie assurer son succĂšs. 19Renaud devient le porte-parole d’un puissant courant anti-autoritaire, qui traverse les annĂ©es 1970. On retrouve largement ce courant dans la presse de la contre-culture, associĂ© Ă  des thĂšmes plus spĂ©cifiques l’écologie, le pacifisme, la sexualitĂ©, la drogue. L’humour et la dĂ©rision constituent de ce point de vue des armes redoutables. Ainsi, la presse gauchiste la plus radicale n’a jamais dĂ©daignĂ© la caricature, Ă  travers les dessins de Willem dans L’EnragĂ©, de GĂ©bĂ© dans Politique Hebdo, sans compter tous ceux publiĂ©s dans Action, Tout ou L’Idiot. Mais y a-t-il eu en France une presse qui aurait plus cultivĂ© la satire et la dĂ©rision que l’engagement politique d’extrĂȘme gauche ? Il faudrait en fait distinguer plusieurs types de publications de la contre-culture. Beaucoup sont Ă©phĂ©mĂšres et se rĂ©sument Ă  des tracts, des numĂ©ros ronĂ©otypĂ©s, notamment lycĂ©ens ; quelques-unes tentent de poursuivre l’expĂ©rience d’un journalisme de combat, jusqu’à la crĂ©ation du quotidien LibĂ©ration en 1973 [32] ; un certain nombre dĂ©fend des causes quasi communautaristes fĂ©ministes, homosexuelles, rĂ©gionalistes, Ă©cologistes ainsi La Gueule ouverte [33] ou rĂ©gĂ©nĂšrent une tradition satirique plus ancienne comme Hara-Kiri et Charlie Hebdo ; enfin dans un genre nettement plus anglo-saxon, le magazine Actuel imite l’underground free press nĂ©e au milieu des annĂ©es 1960, avec comme modĂšles OZ ou International Times en Angleterre, Rolling Stone aux États-Unis [34]. 20Hara-Kiri, le journal bĂȘte et mĂ©chant » est nĂ© bien avant 1968 [35] c’est en septembre 1960 que François Cavanna et Georges Bernier le professeur Choron » lancent ce mensuel satirique. On y trouve dĂ©jĂ  des dessins de Cabu, Reiser, Wolinski, Topor et Hara-Kiri devient cĂ©lĂšbre en raison de ses dĂ©mĂȘlĂ©s avec la justice. Il y dĂ©veloppe un humour Ă  la fois anarchiste, subversif et amoral, Ă  base de scatologie et de situations salaces, de blagues de mauvais goĂ»t, de dĂ©tournements provocateurs de la culture de masse la publicitĂ©, le roman-photo. Hara-Kiri est sans doute le journal qui Ă©rige le mauvais goĂ»t et la provocation antibourgeoise Ă  un degrĂ© extrĂȘme sinon extrĂ©miste pour l’époque. Pour ses lecteurs d’avant-68, qui s’expriment aujourd’hui sur les forums Internet, il apparaĂźt que Mai 68 n’aurait pu avoir lieu sans Hara-Kiri ou du moins que le journal bĂȘte et mĂ©chant entre pour une grande part dans le souffle libertaire – et libertin ? – qui anime Mai 68 et les annĂ©es qui suivent. Alors s’agit-il une fois de plus d’une reconstruction un peu nostalgique, comparable Ă  celle qui a touchĂ© le rock ainsi Serge July dĂ©clarant vingt ans aprĂšs Mai 68 qu’il n’y aurait pas eu de Mai 68 sans le rock [36]. C’est possible, mais le groupe de presse Hara-Kiri les Éditions du Square, profite incontestablement de l’effet 68. Le 3 fĂ©vrier 1969 Cavanna lance Hara-Kiri Hebdo qui devient L’Hebdo Hara-Kiri en mai 1969, avec une Ă©troite collaboration de dessinateurs satiriques, le Hollandais Willem un ancien provo, Wolinski, Cabu, Reiser, GĂ©bĂ©. Cavanna croit nĂ©cessaire de publier une charte de Hara-Kiri Hebdo et rappelle les principes qui fondent la ligne Ă©ditoriale de ce journal il faut ĂȘtre fidĂšle Ă  la laĂŻcitĂ©, Ă  la dĂ©fense de l’écologie, aux idĂ©aux des LumiĂšres, aux droits de l’homme, Ă  la lutte contre le racisme et l’antisĂ©mitisme et Ă  la dĂ©nonciation de la cruautĂ© contre les animaux. Ce n’est pas tout Ă  fait un programme rĂ©volutionnaire ou mĂȘme libertaire, mais plutĂŽt un programme rĂ©publicain tout n’est donc pas permis dans le registre de la dĂ©rision ! Pourtant, la premiĂšre interdiction tombe en novembre 1969 pour pornographie et en novembre 1970, Ă  la mort du gĂ©nĂ©ral de Gaulle, L’Hebdo titre Bal tragique Ă  Colombey 1 mort [37] ». Le journal est Ă  nouveau interdit par les services du ministre de l’IntĂ©rieur, Raymond Marcellin – lequel fait aussi annuler des festivals pop, puis interdire des organisations gauchistes, ce qui en fait la bĂȘte noire de la presse alternative [38]. Nullement dĂ©couragĂ©, Cavanna lance Charlie Hebdo, plus politisĂ© avec Delfeil de Ton comme chroniqueur et qui dure dans sa formule d’origine de 1970 Ă  janvier 1982, tandis que Hara-Kiri reparaĂźt ensuite dans une formule mensuelle, proche de celle d’avant 1969. 21L’une des consĂ©quences du succĂšs de ces publications – et tout particuliĂšrement de Charlie Hebdo – est l’évolution du genre de la bande dessinĂ©e, jusque-lĂ  bien cadrĂ© par la loi de 1949 et sagement reprĂ©sentĂ© en France par Pilote, dirigĂ© par RenĂ© Goscinny, l’un des pĂšres d’AstĂ©rix. C’est dans ce journal destinĂ© aux enfants et adolescents que la plupart des auteurs de BD ont fait leurs classes, comme Cabu ou Reiser, et l’historien de l’humour ne peut ignorer l’influence d’un esprit Pilote » sur la jeune gĂ©nĂ©ration des annĂ©es 1960. Pilote ne s’émancipe vĂ©ritablement qu’à partir de 1968, sans pour autant se mettre hors la loi – le pĂšre fondateur veille au grain, jusqu’à sa mort en 1977. Ainsi Marcel Gotlib crĂ©e-t-il entre 1968 et 1972 la Rubrique Ă  Brac, savoureux mĂ©lange de parodie, de dĂ©rision et d’absurde, bien dans l’esprit du temps, qui succĂšde aux sages Dingodossiers, scĂ©narisĂ©s par Goscinny. Mai 68 est passĂ© par lĂ  et Pilote change incontestablement de ton les jeunes lecteurs de l’époque s’en aperçoivent ! Toutefois, ses collaborateurs se sentent encore bridĂ©s Gotlib fonde en 1972 L’Écho des savanes avec Mandryka et Claire BrĂ©techer trimestriel puis mensuel puis en 1975 le trimestriel Fluide glacial, sorte de version pour adultes de Pilote avec la mention rĂ©servĂ© aux adultes » et vĂ©ritable pĂ©piniĂšre de talents Binet, par exemple. 22Actuel est d’une nature un peu diffĂ©rente. Ce journal est fondĂ© en 1970 par Jean-François Bizot [39], Michel-Antoine Burnier et Bernard Kouchner sur une plateforme dite underground, en rĂ©fĂ©rence Ă  la contre-culture d’origine anglo-saxonne. Le journal connaĂźt son apogĂ©e entre 1971 et 1973, en reprenant un slogan censĂ© fĂ©dĂ©rer les hippies et les gauchistes Sexe, rock ’n’ roll, drogue, fĂȘte et rĂ©volution ». Aux États-Unis, cette hybridation a produit les yippies de Jerry Rubin, un mouvement trĂšs radical mais ouvert Ă  toutes les influences de la rock culture [40]. Il s’agit aussi, d’une certaine façon, de passer de LĂ©nine Ă  Lennon [41] ». Une des couvertures d’Actuel donne le menu sociologique de la rĂ©volution pour le plaisir » et rĂ©unit dans un mĂȘme Ă©lan le hippie-baba-cool, l’étudiant-gauchiste et le prolĂ©taire-ouvrier [42]. Les thĂšmes privilĂ©giĂ©s du journal sont le rock, le fĂ©minisme tendance MLF, la drogue, l’homosexualitĂ©, la libĂ©ration sexuelle, le voyage Ă  Katmandou, souvent traitĂ©s avec une dose d’humour et accompagnĂ©s de dessins, notamment ceux de l’AmĂ©ricain Robert Crumb. Jean-François Bizot considĂšre qu’Actuel se situe dans la continuitĂ© non politique du dĂ©lire de Mai 68 [43] ». La premiĂšre formule du magazine ne rĂ©siste en fait qu’un an au giscardisme et Ă  la sociĂ©tĂ© libĂ©rale avancĂ©e. Selon Bizot, le dĂ©ferlement de l’érotisme au milieu des annĂ©es 1970 et la banalisation des thĂšmes de la contre-culture ont rendu le journal sans objet, d’autant que la crise Ă©conomique a fait disparaĂźtre ce qui restait d’insouciance et de lĂ©gĂšretĂ© dans les utopies cas Coluche23À ce stade de notre Ă©tude, alors que la crise Ă©conomique commence Ă  s’inscrire dans le paysage politique et social, le retour Ă  Coluche s’impose. On retrouve d’abord le chansonnier au cƓur de quelques expĂ©riences libertaires post-68, Le cafĂ© de la gare, L’An 01 et l’équipe de Hara-Kiri/Charlie Hebdo. Pourtant, Michel Colucci, ce fils d’un immigrĂ© italien, nĂ© en 1944, sans autre diplĂŽme qu’un certificat d’études, est paradoxalement passĂ© Ă  cĂŽtĂ© de Mai 68, en spectateur amusĂ©. Il raconte avec un Ă©vident sens de la dĂ©rision son expĂ©rience – il se produisait alors dans les cabarets de la Montagne Sainte-GeneviĂšve – des rĂ©unions d’artistes J’ai pris un pied terrible aux rĂ©unions de comĂ©diens Ă  la Sorbonne. J’ai vu des mecs qui sont devenus rĂ©volutionnaires en trente secondes. Y’avait des spectacles gratuits, pour le peuple, et la caractĂ©ristique de ces spectacles, c’était le nombre de ringards, des mecs qui avant la rĂ©volution ne chantaient nulle part, on pouvait plus les sortir de scĂšne. Ils y tenaient des heures et des heures. Y chantaient tous, les mecs [44]. » D’aprĂšs ses biographes [45], une anecdote est significative. InterpellĂ© sans ses papiers d’identitĂ©, le 12 juin 1968 Ă  19 h 30 boulevard Beaumarchais, oĂč a lieu une manifestation, il dĂ©clare le procĂšs-verbal a Ă©tĂ© exhumĂ© ! J’allais chez Paul Beuscher pour chercher des cordes pour ma guitare. Je ne manifeste pas. » 24Quoi qu’il en soit, aprĂšs son succĂšs au cafĂ©-théùtre, Coluche devient au milieu des annĂ©es 1970 une grande vedette de la culture de masse [46], Ă  la fois clown et chansonnier, auteur de sketches qui le propulsent en tĂȘte d’affiche Ă  l’Olympia, animateur de radio trĂšs populaire et provocateur sur Europe n° 1 et RMC, comĂ©dien de cinĂ©ma, tout en poursuivant sa collaboration avec la contre-culture anarchisante il pose pour de nombreuses couvertures salaces de Hara-Kiri, collabore Ă  Charlie Hebdo. Il semble surtout que Coluche a Ă©tĂ© capable de marier de multiples traditions populaires, celles du cirque, du music-hall, du cabaret, avec un sens aigu du social, avec ses sketches sur le racisme, sur les Français moyens, sur le sport, les mĂ©dias. Son goĂ»t pour la provocation et la vulgaritĂ©, loin de n’amuser qu’une Ă©lite complice, plaĂźt au plus grand nombre, ce qui lui ouvre la porte de tous les mĂ©dias, sans exception, y compris la tĂ©lĂ©vision publique. Il s’agit aussi pour Coluche de faire reculer les frontiĂšres de l’humour et de la dĂ©rision, dans une attitude de transgression des barriĂšres respectables de l’humour. Tout est possible on peut rire de tout et sans tabous, y compris bien entendu de la dĂ©mocratie reprĂ©sentative. 25En projetant de se prĂ©senter aux Ă©lections prĂ©sidentielles de 1981, l’humoriste, dans un acte aussi pataphysique que situationniste, se situe certainement dans la vieille perspective du bouffon du roi, mais il apparaĂźt aussi comme le reprĂ©sentant – peut-ĂȘtre le dernier du genre – d’un certain esprit de Mai ». Ce n’est pas un hasard si l’idĂ©e de la prĂ©sidentielle vient de son ami Romain Goupil, comĂ©dien et cinĂ©aste, qui lui Ă©crit une partie de ses textes pour la radio. Or, Goupil est un ex-militant d’extrĂȘme gauche, l’un des fondateurs des ComitĂ©s Vietnam lycĂ©ens dans les annĂ©es 1967-1968, Ă  la tĂȘte des ComitĂ©s d’action lycĂ©enne en 1968, membre de la JCR d’Alain Krivine et le rĂ©alisateur de Mourir Ă  30 ans 1982, film oĂč il revient sur le suicide de son compagnon de lutte Michel Recanati. 26Le programme Ă©lectoral bleu blanc merde » de Coluche [47] est un manifeste-canular Ă  mi-chemin entre l’anarchisme bon enfant, le gag potache et l’inventaire Ă  la PrĂ©vert version Charlie. Il n’est pas sans rappeler Ă  travers ses slogans – il est le seul candidat qui n’a pas besoin de mentir » – Alphonse Allais et son Captain Cap 1902, satire caustique et fantaisiste du monde politique. Certes, cette candidature dĂ©plaĂźt dans l’ensemble au gauchisme pur et dur, mais elle a tout de mĂȘme le ferme soutien des journaux de la contre-culture, tels Hara-Kiri et Charlie Hebdo, qui publient le manifeste Ă©lectoral du candidat. Elle peut aussi compter sur LibĂ©ration, le quotidien s’étant en 1978 Ă©loignĂ© du gauchisme pour devenir un quotidien politique et culturel gĂ©nĂ©raliste dans le vent ». Le Nouvel Observateur, encore mal remis de l’éviction de Michel Rocard Ă  la candidature prĂ©sidentielle lui consacre sa une, mais fait vite machine arriĂšre. À cette presse de gauche se joint une partie de la jeunesse lycĂ©enne et Ă©tudiante, d’un certain nombre d’artistes du showbiz et de la chanson. Dans le ComitĂ© de soutien Ă  la candidature de Coluche [48], on est assez peu Ă©tonnĂ© d’y trouver Serge July, Jean-Luc Godard, Romain Bouteille ou Daniel Cohn-Bendit mais un peu plus surpris de voir qu’un certain nombre d’intellectuels tels Pierre Bourdieu, Gilles Deleuze ou FĂ©lix Guattari soutiennent cette candidature atypique. Le soutien d’un Bourdieu [49] s’explique par le fait que le sociologue dĂ©clare ne pas aimer les partis politiques », mais aussi parce qu’il croit trĂšs sĂ©rieusement aux vertus citoyennes de la sociĂ©tĂ© civile », dont Coluche est alors pour lui le meilleur reprĂ©sentant. À tel point d’ailleurs qu’avec 12 % et mĂȘme 16 % dans certains sondages d’intentions de vote, Coluche se prend au jeu et donc au sĂ©rieux ; il fait peur aux politiques et suscite contre lui une campagne de presse soigneusement orchestrĂ©e. Lorsqu’il se retire de la course en avril 1981, Pierre Bourdieu lui-mĂȘme stigmatise les professionnels de la politique qui ont refusĂ© Ă  ce casseur de jeu le droit d’entrĂ©e, que les profanes lui accordaient massivement ». Face au danger potentiel que reprĂ©sente cette candidature atypique, le pouvoir – Ă  gauche comme Ă  droite, car Coluche a inquiĂ©tĂ© tous les appareils – reprend la main, un peu comme il a pu le faire en Mai 68, c’est-Ă -dire sans mĂ©nagement, en mettant en avant la dĂ©fense des valeurs dĂ©mocratiques et celle des institutions – et surtout la sacro-sainte fonction prĂ©sidentielle. C’est aussi l’analyse d’Arnaud Mercier, pour lequel le cas Coluche illustre parfaitement ce qui peut advenir lorsqu’un bouffon outrepasse les limites Ă  l’intĂ©rieur desquelles il a traditionnellement le droit de tout dire et de tout faire [50] ». En fait, Coluche est Ă  son tour la victime du processus de dĂ©rision qu’il avait cru pouvoir contrĂŽler se sentant rabaissĂ©s et humiliĂ©s, les gens sĂ©rieux » fourbissent les mĂȘmes armes ironie, mĂ©pris, coups bas pour disqualifier l’ l’éclat de rire au grand cauchemar » ?27L’échec du candidat Coluche marque t-il alors la fin d’une certaine forme de dĂ©rision post-68, celle d’une contre-culture protĂ©iforme, dont l’humour masquerait la vacuitĂ© intellectuelle et artistique [51] ? Il est devenu assez courant depuis le dĂ©but des annĂ©es 1980 de tourner en dĂ©rision la pensĂ©e 68 » et de la rendre responsable de la confusion des valeurs, du nivellement par le bas et de la dictature du tout culturel » [52]. D’une certaine façon, les annĂ©es 1980 apparaissent comme une concrĂ©tisation de certains idĂ©aux de Mai, alors que les soixante-huitards sont passĂ©s allĂšgrement du col Mao au Rotary [53] » et se retrouvent dans les allĂ©es du pouvoir l’écologie politique fait une percĂ©e notable, les valeurs hĂ©donistes n’ont jamais Ă©tĂ© aussi partagĂ©es et revendiquĂ©es, les Ă©tudiants nĂ©s en 1968 occupent de nouveau les rues en 1986, contre le projet de loi Devaquet, tandis que la libĂ©ralisation des ondes provoque une vĂ©ritable flambĂ©e libertaire. Ainsi la radio libre » Carbone 14 Ă  Paris fait-elle de la dĂ©rision un succĂšs d’audience [54] elle adopte entre 1981 et 1983 un ton dĂ©calĂ©, mĂ©lange d’esprit Hara-Kiri, d’humour Ă  la Coluche et de cafĂ©-théùtre dĂ©jantĂ©. Les animateurs comme les auditeurs de cette station Ă©phĂ©mĂšre ne sont plus des soixante-huitards », mais des jeunes nĂ©s Ă  la fin des annĂ©es 1950, qui ont baignĂ© dans l’atmosphĂšre particuliĂšre des annĂ©es 1970 ils ont Ă©tĂ© baba-cool » puis punk ». À la fin des annĂ©es 1980, c’est cette mĂȘme gĂ©nĂ©ration post-68 qui fait le succĂšs des Ă©missions parodiques sur Canal +, d’abord Les nuls » 1987-1988, puis Les guignols de l’info » Ă  partir de 1988. La satire de la tĂ©lĂ©vision comme de la politique – et plus largement de la sociĂ©tĂ© du spectacle » n’est certes pas nouvelle, mais elle est porteuse d’une forme de dĂ©rision postmoderne », qui ne se fixe plus de limites. Il devient interdit d’interdire » dans certains mĂ©dias audiovisuels, qui ont compris tout le bĂ©nĂ©fice qu’ils pouvaient tirer de ces formes de provocation. C’est le triomphe d’un rire qui contribuerait selon le sociologue Paul Yonnet Ă  l’installation d’un nouvel ordre moral mĂ©diatique [55] », qui domine tout particuliĂšrement les shows tĂ©lĂ©visĂ©s. Selon Paul Yonnet ce comique consiste Ă  ĂȘtre cynique, amoral, grossier, ordurier, anticlĂ©rical, de s’avouer cruel, alcoolique, obsĂ©dĂ© sexuel, de dĂ©tester la religion, de dĂ©fendre le droit de tricher [
] de se moquer des Juifs comme des paysans normands
 » Ce que dĂ©nonce – ou constate simplement – le sociologue, c’est le moment oĂč les tĂ©lĂ©spectateurs complices des shows mĂ©diatiques ne savent plus prendre la distance indispensable que requiert la caricature ou l’humour et considĂšrent le dĂ©dain et le mĂ©pris comme les formes normales des relations humaines et sociales. Les hommes politiques eux-mĂȘmes s’en rendent complices, participant aux Ă©missions les plus racoleuses, lançant des bons mots » ou des calembours de plus en plus douteux. Quant aux anciens papes de la contre-culture, ils cultivent la nostalgie distante des valeurs libertaires, qu’il convient surtout de ne plus prendre au sĂ©rieux [56]. C’est le conformisme de l’irrĂ©vĂ©rence, la banalisation du rire, aussi provocateur soit-il, et d’une certaine façon aussi l’entrĂ©e en dĂ©rision » d’une sociĂ©tĂ© en plein vide critique ». Rendre Mai 68 seul responsable de ces dĂ©rives apparaĂźt tout aussi excessif que de lui imputer la perte de l’autoritĂ© des familles, de l’École ou de l’État. La sociĂ©tĂ© des annĂ©es 1980-1990 est devenue de fait plus Ă©clatĂ©e, plus individualiste, attachĂ©e au bien-ĂȘtre et au paraĂźtre, faisant de la dĂ©rision une valeur quasi consensuelle et donc sans aucune force vĂ©ritablement subversive. Les engagements collectifs aussi ont changĂ© de nature les grandes causes humanitaires, fortement mĂ©diatisĂ©es, ont remplacĂ© les idĂ©ologies. Sur fond de crise Ă©conomique et de montĂ©e de la pauvretĂ©, Coluche crĂ©e Les restos du cƓur » en 1985, comme rĂ©ponse au mal ĂȘtre social. L’évĂ©nement n’est plus du domaine de la contre-culture il est mĂ©diatisĂ© par TF1 aux heures de grande Ă©coute, rĂ©unissant en direct une plĂ©iade de chanteurs de variĂ©tĂ©, de sportifs, de comĂ©diens, d’animateurs de radio et de tĂ©lĂ©vision, d’hommes politiques [57]. C’est, pour reprendre l’expression de François Cusset, le grand cauchemar [58] » d’une fin de siĂšcle qui semble avoir enterrĂ© les rĂȘves de 1968, sans en assumer pleinement l’hĂ©ritage [59]. Notes [1] Georges Minois, Histoire du rire et de la dĂ©rision, Paris, Fayard, 2000, p. 510-579. Il s’agit de l’une des seules synthĂšses historiques sur le sujet. [2] Revue semestrielle publiĂ©e par l’Association pour le dĂ©veloppement des recherches sur le comique, le rire et l’humour CORHUM et le Centre de recherche interdisciplinaire sur l’humour CRIH – Paris-VIII. [3] L’historien du culturel trĂšs contemporain travaille sur un terrain saturĂ© de sources tĂ©moignages, analyses socio-historiques, philosophiques, journalistiques, productions mĂ©diatiques de toute nature. Il est aussi prisonnier des mĂ©moires gĂ©nĂ©rationnelles », y compris parfois de la sienne. Les outils mĂ©thodologiques se consolident depuis une vingtaine d’annĂ©es mais les piĂšges demeurent nombreux. [4] Gilles Lipovetsky, L’Ère du vide, essais sur l’individualisme contemporain, Paris, Gallimard, 1983 ; Gilles Lipovetsky a prolongĂ© sa rĂ©flexion dans Le Bonheur paradoxal, Paris, Gallimard, 2006. [5] La dĂ©rision est une attitude plus nettement mĂ©prisante que l’humour. Il existe en effet dans la dĂ©rision une dimension critique qui n’est plus tout Ă  fait celle du dĂ©tachement humoristique, dans la mesure oĂč l’on cherche Ă  rendre un fait ou un personnage insignifiant. Elle tend Ă  devenir, selon Arnaud Mercier un redoutable instrument de jugement social, de dĂ©foulement et d’agression [
] mais aussi parfois d’innovation, car en contestant on s’affirme et on s’oppose Ă  des codes existants pour en proposer d’autres » Arnaud Mercier, Pouvoirs de la dĂ©rision, dĂ©rision des pouvoirs », HermĂšs, dossier DĂ©rision-Contestation », 29, 2001. Lorsqu’elle se fait catharsis, elle peut se rĂ©vĂ©ler une salutaire purgation, au sens aristotĂ©licien du terme. Selon Christian SavĂšs, elle est une des catĂ©gories fondamentales de l’expĂ©rience humaine » et une dimension essentielle de la conscience historique » Christian SavĂšs, Éloge de la dĂ©rision, une dimension de la conscience humaine, Paris, L’Harmattan, 2007. Pour certains mĂ©decins et psychologues, elle est aussi une expression psychotique, au sens oĂč son emploi permet d’annuler la portĂ©e de ce qui est exprimĂ© ou montrĂ© et de neutraliser l’autre » par le mĂ©pris ou l’humiliation. [6] Notons que pour d’autres pĂ©riodes historiques par exemple le Moyen Âge, la dĂ©rision devient un sujet majeur de recherche, lire notamment Élisabeth Crouzet-Pavan et Jacques Verger dir., La DĂ©rision au Moyen Âge de la pratique sociale au rituel politique, Paris, Publication de la Sorbonne, 2007. Les auteurs montrent que la dĂ©rision est une arme redoutable d’humiliation et de disqualification, trĂšs codifiĂ©e Ă  l’époque mĂ©diĂ©vale. [7] Henri Cartier-Bresson, Rue de Vaugirard, Paris, mai 1968. [8] Votez Coluche », bourse du travail de Lyon, du 18 au 23 dĂ©cembre 1980, 21 heures. [9] Pour reprendre l’expression de l’ouvrage polĂ©mique de Luc Ferry et d’Alain Renaut, La PensĂ©e 68, essai sur l’anti-humanisme contemporain, Paris, Gallimard, Folio », 1988. [10] Un roman trĂšs autobiographique publiĂ© au Seuil en 2002. [11] On pense aux grandes fĂȘtes antiques ou mĂ©diĂ©vales comme les Saturnales romaines, les fĂȘtes des fous, de l’ñne, aux carnavals. Lire aussi Élisabeth Crouzet-Pavan et Jacques Verger dir., op. cit. Toutefois, il faut se garder de rĂ©duire Mai 68 Ă  une grande fĂȘte estudiantine, au risque d’un contresens total sur la nature politique et sociale du mouvement. [12] Ronald Landheer, L’humour contestataire les slogans de 1968 », Humoresques, 19, janvier 2004. [13] Bernard Brillant, Les Clercs de 68, Paris, PUF, 2003. [4] Action est une publication nĂ©e le 5 mai 68 et qui survit un peu plus d’un an de maniĂšre Ă©pisodique. Y participent notamment certains fondateurs d’Actuel mais aussi de LibĂ©ration. [15] Journal de la Nouvelle Gauche anglaise fondĂ© en mai 1968 par Tariq Ali. Ouvert Ă  la contre-culture pop il considĂšre Mick Jagger comme l’égal de Marx et d’Engels Black Dwarf du 27 octobre 1968. De nombreux intellectuels de gauche y Ă©crivent librement, comme le dramaturge David Mercer, l’historien Eric Hobsbawm. [16] Guy Debord, Mode d’emploi du dĂ©tournement », Les LĂšvres nues, 8, mai 1956. Une autre forme de dĂ©tournement est celle des mots, initiĂ©e par l’Oulipo dans les annĂ©es 1960 et dont on ne peut sous-estimer la posture de dĂ©rision », mĂȘme si le lien avec Mai 68 n’est pas Ă©vident Ă  Ă©tablir. [17] [18] Allusion Ă  la cĂ©lĂšbre Ă©mission pour enfants des annĂ©es 1960. [19] Gulliver, 1, novembre 1972. En dĂ©cembre 1971 paraĂźt L’Antinorm, revue du FHAR. [20] Jean-Paul Sartre est le directeur de publication de ce bimensuel. [21] Roland Castro n’a toutefois pas abandonnĂ© la posture de dĂ©rision contre le politiquement correct » si l’on en croit les propositions prĂ©sidentielles de son Mouvement de l’utopie concrĂšte en 2007 http// www. utopiesconcretes. org/ . [22] Le festival RĂ©sistances » de Tarascon-sur-AriĂšge avait pour thĂšme de son millĂ©sime 1998 68 n’est pas fini », avec une programmation cinĂ©matographique Ă©clectique. [23] La Dialectique peut-elle casser des briques ? n’est qu’un exemple parmi les nombreux dĂ©tournements situationnistes de films orientaux, dont le sinologue RenĂ© ViĂ©net est le spĂ©cialiste, ainsi L’Aubergine est farcie, Une soutane n’a pas de braguette, Mao par lui-mĂȘme, Chinois, encore un effort pour ĂȘtre rĂ©volutionnaire, Du sang chez les taoĂŻstes, Dialogue entre un maton CFDT et un gardien de prison affiliĂ© au syndicat CGT du personnel pĂ©nitentiaire. La Dialectique est en visionnage libre sur http// www. ubu. com/ film/ vienet. html. [24] Thomas Genty, op. cit. [25] Réédition des planches de L’An 01 aux Ă©ditions L’Association 2000. Le film est alors un succĂšs public cent vingt-cinq mille spectateurs sur prĂšs de vingt semaines d’exploitation dans deux salles du Quartier Latin. [26] L’An 01 n’est pas une Ɠuvre situationniste, mais elle reprend Ă  son compte sans les prendre vraiment au sĂ©rieux toute une sĂ©rie de propositions situationnistes sur la libĂ©ration sociale. [27] On y voit notamment Romain Bouteille, Coluche, Henri Guybet, Sotha, Renaud SĂ©chan, Martin Lamotte, mais aussi le trio des Valseuses, Patrick Dewaere, Miou-Miou et GĂ©rard Depardieu. [28] Les Shadoks », ORTF, 1968-1969. [29] Philippe Val est actuellement le rĂ©dacteur en chef de Charlie Hebdo. [30] J. BĂ©reaud, La chanson française depuis Mai 68 », The French Review, 62 2, dĂ©cembre 1988. [31] On lui doit notamment la chanson CrĂšve Salope, composĂ©e dans la Sorbonne occupĂ©e, manifeste rageur contre l’autoritĂ© des parents et surtout des professeurs et des flics ». [32] F. Samuelson, Il Ă©tait une fois LibĂ©, Paris, Flammarion, Ă©d. rev. et corr., 2007. [33] La Gueule ouverte offre peut-ĂȘtre un intĂ©rĂȘt humoristique limitĂ©, mais il traduit bien les dĂ©buts de l’écologie politique. Son fondateur, Pierre Fournier, transfuge de Charlie Hebdo, imprime Ă  ce journal qui paraĂźt jusqu’en 1980 un ton dĂ©calĂ© et proche de la contre-culture. [34] Voir l’exposition The Sixties, annĂ©es utopies, 1962-1973, France/Grande-Bretagne », BDIC, 1996. [35] Alexandre Devaux, Hara-Kiri mensuel, le berceau de l’humour bĂȘte et mĂ©chant », Humoresques, 23, janvier 2006. [36] Ancien maoĂŻste et cofondateur de LibĂ©ration, Serge July a cherchĂ© dans les annĂ©es 1980 Ă  culturaliser » Mai 68 et Ă  pratiquer, selon les termes de François Cusset, la rĂ©duction rĂ©trospective de l’évĂ©nement social Ă  ses seuls avatars culturels » François Cusset, La DĂ©cennie le Grand Cauchemar des annĂ©es 1980, Paris, Albin Michel, 2006. De fait, lorsque July parle de Mai 68 comme d’une rĂ©volution rock » LibĂ©ration, hors sĂ©rie, mai 1988, L’album de nos 20 ans » , c’est oublier que les gauchistes français n’écoutaient pas beaucoup cette musique ou s’en cachaient. [37] Allusion au fait divers du dancing de Saint-Laurent-du-Pont, dĂ©but novembre, oĂč 156 jeunes gens trouvent la mort dans un incendie L’Hebdo Hara-Kiri, 94, 16 novembre 1970. [38] Raymond Marcellin, ministre de l’IntĂ©rieur de 1968 Ă  1974, procĂšde notamment en juin 1973 Ă  la dissolution de la Ligue communiste rĂ©volutionnaire. Il est souvent caricaturĂ© par la presse d’extrĂȘme gauche sous les traits d’un CRS, la matraque Ă  la main. [39] Jean-François Bizot, Free Press la contre-culture vue par la presse underground, Paris, Panama, 2006. Actuel renaĂźt dans les annĂ©es 1980 sur des bases postmodernes, nettement moins contre-culturelles. [40] Jerry Rubin, Do It, Paris, Seuil, Points », 1971. [41] L’ex-Beatles John Lennon est au dĂ©but des annĂ©es 1970 le symbole de la contre-culture anglo-saxonne, militant avec son Ă©pouse, l’artiste japonaise Yoko Ono, pour la paix dans le monde, tout en revendiquant ses origines de classe working class heroe. [42] Actuel, juin 1971. Le mĂȘme numĂ©ro consacre aussi un article au nouveau gauchisme » et Ă  VLR. [43] Apostrophes, Farceurs et pasticheurs », A2, 1er avril 1977. L’émission est intĂ©ressante Ă  plus d’un titre, les invitĂ©s Bory, Averty, Bizot revendiquant Ă  des degrĂ©s divers le droit Ă  l’humour et Ă  la rigolade » comme droit citoyen. [44] [45] Philippe Boggio, Coluche, l’histoire d’un mec, Paris, Flammarion, 2006. [46] Bertrand Lemonnier, Coluche, roi de l’époque », L’Histoire, 276, mai 2003. [47] Hara-Kiri, 231. [48] Charlie-Hebdo, 5 novembre 1980. [49] Ce soutien a Ă©tĂ© largement commentĂ©. Pierre Bourdieu s’en est beaucoup expliquĂ©, notamment dans l’émission de France Culture Les chemins de la connaissance » et ses entretiens avec Roger Chartier 1988. [50] Arnaud Mercier, op. cit. [51] Alain Finkielkraut a stigmatisĂ© dans l’émission Esprits libres » les ravages de l’humour coluchien et du on peut rire de tout », mais existe-t-il aujourd’hui en France l’équivalent d’un Coluche ? Esprits libres », France 2, le 2 mars 2007 [52] Luc Ferry et Alain Renaut, op. cit. ; Alain Finkielkraut, La DĂ©faite de la pensĂ©e, 1987. Les annĂ©es 1980 voient en effet l’extension du terme de culture Ă  tous les domaines de la vie quotidienne et de la production de masse. Une paire de bottes vaut Shakespeare », lance Finkielkraut dans un raccourci dĂ©risoire. [53] Guy Hocquenghem, Lettre ouverte Ă  ceux qui sont passĂ©s du col Mao au Rotary, Paris, Albin Michel, 1986. [54] France Culture, La Fabrique de l’Histoire », janvier 2007 Histoire des radios libres en France ». [55] Paul Yonnet, La planĂšte du Rire, sur la mĂ©diatisation du comique », Le DĂ©bat, mars-avril 1990. [56] Dans les annĂ©es 1980-1990, lorsque Jean-François Bizot relance Actuel, il contribue Ă  la nostalgie trĂšs fin de siĂšcle des annĂ©es 1970, dĂ©sormais distanciĂ©es et rĂ©habilitĂ©es, y compris sur le plan politique les annĂ©es Pompidou » et les annĂ©es Giscard ». [57] TF1, 26 janvier 1986. [58] François Cusset, op. cit. Cet ouvrage offre un panorama Ă©clatĂ© mais saisissant de la dĂ©cennie 1980 et de la fin des idĂ©ologies. [59] Jean-Pierre Le Goff, Mai 68, l’hĂ©ritage impossible, Paris, La DĂ©couverte, 2006. [*] AgrĂ©gĂ© de l’universitĂ© et docteur en histoire, Bertrand Lemonnier est professeur de chaire supĂ©rieure au lycĂ©e Louis-le-Grand Paris. Il a notamment participĂ© Ă  deux ouvrages sur Mai 68 Philippe ArtiĂšres et Michelle Zancarini-Fournel dir., 68, une histoire collective La DĂ©couverte, 2008, ainsi que Henri Rey et Jacques Capdevielle dir., Dictionnaire de Mai 68, Larousse, 2008. 13. Nicolas Sarkozy  Si tu reviens, j'annule tout » 12. Émile Combes, amoureux d'une religieuse deux fois plus jeune que lui 11. Edgar Faure 10. Napoléon III 9. Les fausses partouzes de Georges Pompidou 8. Jacques Chirac  cinq minutes, douche comprise » 7. Giscard d'Estaing et le camion de lait 6. Adolphe Thiers, le Carla Bruni de la TroisiÚme République 5. Talleyrand, l'évÃÂȘque défroqué 4. François Mitterrand et sa famille cachée 3. Félix Faure  Il voulait ÃÂȘtre César, il ne fut que Pompée » 2. Joseph Caillaux et sa femme l'assassin oui, vous avez bien lu Fonction Président du Conseil - 1911-1912En 1913, un an aprÚs avoir quitté la présidence du Conseil, Caillaux est nommé ministre des Finances. Le Figaro publie alors une série d'articles l'attaquant politiquement et aussi personnellement. Le 16 mars 1914, Henriette Caillaux pénÚtre dans les locaux du Figaro, tire sur Gaston Calmette, le directeur du journal, et le tue. Joseph Caillaux démissionne dÚs le de scandale 300% 1. Georges Clémenceau et ses 800 conquÃÂȘtes François Hollande et le  Gayet-gate » BuzzFeed DailyKeep up with the latest daily buzz with the BuzzFeed Daily newsletter! Le gouvernement domestique en France. DĂ©faillances, trahisons et rĂ©conciliations Moyen Âge - Epoque moderne - Les Cahiers du CRULH, 2018Marion PHILIPThis PaperA short summary of this paper37 Full PDFs related to this paperDownloadPDF Pack

claude et georges pompidou l amour au coeur du pouvoir