2 Leur renommĂ©e n'a jamais faibli. DĂšs 1668, les Fables de La Fontaine ont connu un succĂšs immĂ©diat. En effet, la mĂȘme annĂ©e que l'Ă©dition in-4°, une Ă©dition in-12 en deux volumes a Ă©tĂ© mise en vente, illustrĂ©e par des vignettes gravĂ©es par François Chauveau. Depuis, les fables de Jean de La Fontaine (1621-1695) ont Ă©tĂ© rééditĂ©es un nombre incalculable de fois.
DissertationIntroduction: Jean de La Fontaine, Ă©crivain français du XVIIĂšme siĂšcle, publie son premier recueil Fables Choisies en 1668. Les fables du recueil sont des rĂ©cits courts mettant en scĂšne des animaux et dĂ©livrant lâesprit critique et proposant une morale. Pourtant, selon Rousseau les fables de la Fontaine ne font que
POLITIQUEDES FABLES LA FONTAINE «PARRĂSIASTE». LâĂ©pineuse question de la politique des Fables, comme on sait, a suscitĂ© de trĂšs nombreuses interprĂ©tations. Les commentateurs ont pu faire de La Fontaine, tour Ă tour, «le plus hardi frondeur du siĂšcle (1)», un «Machiavel français » donnant des leçons de rĂ©alisme politique aux
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Dissertationde 7 pages en littérature publié le 10 mai 2002 : La Fontaine, les Fables : poétique des fables, fables poétiques. Ce document a été mis à jour le 10/05/2002 Ce document a été mis à jour le 10/05/2002
Dissertationsur les Fables de la Fontaine Objet d'Ă©tude: La littĂ©rature dâidĂ©es du XVIe au XVIIIe siĂšcle Ćuvre: La Fontaine, Fables (livres VII Ă XI). Read More Recherche AvancĂ©e. La Fontaine revient Ă plusieurs reprises sur ce rĂŽle des fables. Souvent, comme nous lâavons dĂ©jĂ soulignĂ©, dans les fables dĂ©dicacĂ©es Ă des personnages importants (les premiĂšres fables de
LaFontaine, Les Fables. La Fontaine, Les Fables. NRP LycĂ©e n°90. Les Fables de La Fontaine constituent une page essentielle de lâhistoire de la poĂ©sie. En 2 de, leur Ă©tude constitue tant une relecture que la dĂ©couverte de textes qui sont Ă
5kq47. "Deux vrais amis vivaient au Monomotapa; L'un ne possĂ©dait rien qui n'appartĂźnt Ă l'autre. Les amis de ce pays-lĂ Valent bien, dit-on, ceux du nĂŽtre. Une nuit que chacun s'occupait au sommeil, Et mettait Ă profit l'absence de soleil, Un de nos deux amis sort du lit en alarme ; Il court chez son intime, Ă©veille les valets MorphĂ©e avait touchĂ© le seuil de ce palais. L'ami couchĂ© s'Ă©tonne; il prend sa bourse, il s'arme, Vient trouver l'autre et dit Il vous arrive peu De courir quand on dort ; vous me paraissez homme A mieux user du temps destinĂ© pour le somme N'auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ? En voici. S'il vous est venu quelque querelle, J'ai mon Ă©pĂ©e ; allons. Vous ennuyez-vous point De coucher toujours seul? Une esclave assez belle Ătait Ă mes cĂŽtĂ©s ; voulez-vous qu'on l'appelle ? - Non, dit l'ami, ce n'est ni l'un ni l'autre point Je vous rends grĂące de ce zĂšle. Vous m'ĂȘtes, en dormant, un peu triste apparu ; J'ai craint qu'il ne fut vrai; je suis vite accouru. Ce maudit songe en est la cause.» Qui d'eux aimait le mieux ? Que t'en semble, lecteur ? Cette difficultĂ© vaut bien qu'on la propose. Qu'un ami vĂ©ritable est une douce chose! Il cherche vos besoins au fond de votre coeur; Il vous Ă©pargne la pudeur De les lui dĂ©couvrir lui mĂȘme Un songe, un rien, tout lui fait peur Quand il s'agit de ce qu'il aime." ProblĂ©matique En quoi cette fable est-elle un apologue particulier ? Les meilleurs professeurs de Français disponibles4,9 70 avis 1er cours offert !5 85 avis 1er cours offert !4,9 117 avis 1er cours offert !5 39 avis 1er cours offert !4,9 56 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !4,9 17 avis 1er cours offert !5 111 avis 1er cours offert !4,9 70 avis 1er cours offert !5 85 avis 1er cours offert !4,9 117 avis 1er cours offert !5 39 avis 1er cours offert !4,9 56 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !4,9 17 avis 1er cours offert !5 111 avis 1er cours offert !C'est partiPlan I. Une morale complexe II. Une fable qui invite le lecteur Ă la dĂ©libĂ©ration peser le pour et le contre pour aboutir Ă une dĂ©cision I. Une morale complexe. 1. Le rĂ©cit + morale Il sâagit dâune fable avec un rĂ©cit et une morale, comme tous les apologues traditionnels, le rĂ©cit suit les Ă©tages du schĂ©ma narratif Situation initiale est courte et efficace, cela correspond Ă lâesthĂ©tique classique A Monomotapa » v1-2 cadre spatiotemporelle > une utopie description dâun lieu parfait. Cela est confirmĂ© par lâadjectif vrai » qui caractĂ©rise les personnages, dâoĂč le chiasme . Ce chiasme montre la gĂ©nĂ©rositĂ© des amis. La situation initiale est concise v5-7. On trouve lâĂ©lĂ©ment perturbateur. Lâami a fait un cauchemar et se rend chez son ami, le lecteur se demande quel est le problĂšme PĂ©ripĂ©tie avec la rĂ©action du 2eme ami et un dialogue entre les deux protagonistes. Ce qui est surprenant, câest quâil nây a pas de situation finale. Câest morale qui remplace ces deux Ă©tapes. Cette fable est donc particuliĂšre. procĂ©dĂ©s qui rendent le texte vivant. Cette fable est remarquable grĂące aux procĂ©dĂ©s. En effet, le rĂ©cit est au passĂ© imparfait v1, 2 ,5,âŠ. Puis La Fontaine introduit le prĂ©sent de narration 8, 10,11. Cela donne lâimpression que lâaction a lieu sous ses yeux. En outre, La Fontaine rend son texte vivant en insĂ©rant un dialogue en discourt direct. 3. La versification Par ailleurs, il joue sur les rimes et le champ lexical du sommeil absence du soleil » au sommeil » + MorphĂ©e » dieu du sommeil. Cette fable est versifiĂ©e avec des alexandrins et octosyllabes. Câest une fable virtuose mais la morale ne semble pas coĂŻncider avec le rĂ©cit. II. Une fable qui invite le lecteur a la dĂ©libĂ©ration. 1. Une morale incohĂ©rente avec le rĂ©cit. Ă premiĂšre vue la morale nâillustre pas le rĂ©cit, en effet dire quâun vĂ©ritable ami est une douce chose nâest pas dĂ©finir ce qui est un vĂ©ritable ami. Toutefois, la morale est longue et nous fais rĂ©flĂ©chir il pose deux question aux lecteurs. Le lecteur doit dĂ©libĂ©rer sur lequel des deux amis est le mieux. Or, nous remarquons que le plan suivi dans le rĂ©cit est la mĂȘme que celui qui est dans la morale. En effet, dans le rĂ©cit on a une remarque du fabuliste Ă son lecteur. De mĂȘme, la morale commence par des questions au lecteur. Ensuite dans la morale on parle de lâami couchĂ© cet ami cherche Ă rĂ©soudre les problĂšmes de son alter-ego, avant mĂȘme quâil ne les formules v10,16. Cet ami fournit une aide matĂ©rielle. Dans la morale v30-31, on reconnaĂźt lâami qui a fait un cauchemar avec le champ lexical du songe. Il symbolise une amitiĂ© spirituelle. En effet, cet ami pense tjrs Ă son alter-ego, il ressent une vive affection, dâoĂč le champ lexical des sentiments La Fontaine nous invite Ă nous demander lesquelles de ses deux amis est un vrai amis. 2. La Fontaine est un classique, par consĂ©quent, il choisit de suggĂ©rer son opinion plutĂŽt que de lâimposer, il est sobre. Plusieurs Ă©lĂ©ments suggĂšrent que La Fontaine sâidentifie Ă lâami sentimental. Tout dâabord, nous remarquons que les octosyllabes sont choisis par LF. Pour dĂ©noncer ces paroles Ă 31 or lâami sentimental est le seul Ă sâexprimer en octosyllabe, en outre les v. 3 et 4 vous invite Ă lire cette fable comme une Ă©nigme portant sur la sociĂ©tĂ© du XVII Ăšme siĂšcles. Dans ces vers, lâincise dit-on » pose un problĂšme, on se demande qui se cache derriĂšre le pronom indĂ©fini on ». Si on pense que on » rĂ©fĂšre La Fontaine alors il nous invite Ă identifier lâami pragmatique Ă son mĂ©cĂšne Fouquet celui qui finance La Fontaine et fut emprisonner par Louis XIV. Conclusion Dans ces conditions, cette fable est plus complexe quâil ne paraĂźt, câest aussi un texte audacieux oĂč La Fontaine fait un Ă©loge de son ami Fouquet et La Fontaine suggĂšre quâil nâa pas oubliĂ© son ami disgracier. On peut relire les et 4 avec conviction.
1 Mais qui sâenracine en amont et se prolonge en aval recoupant des enjeux plus profonds sur le sens ... 1Il nây a pas de culture sans mĂ©moire, mais lâadage facĂ©tieux, la culture est ce qui reste quand on a tout oubliĂ© », implique la vĂ©ritable innutrition » dans laquelle sâenracine notre humanisme. Lâhommage que je veux rendre Ă Chantal Kircher, spĂ©cialiste des langues anciennes, illustrera lâidĂ©e de continuitĂ© articulĂ©e Ă celle dâĂ©volution, et de transformation, quâelle a toujours elle-mĂȘme portĂ©e haut. Câest sur La Fontaine, un de nos classiques les plus affectionnĂ©s, que lâattention portera, donnant Ă rĂ©flĂ©chir sur lâĂ©tiquette-mĂȘme de classique. On sait que le fabuliste, devenu acadĂ©micien en 1683, avait embrassĂ© le parti des Anciens dans la cĂ©lĂšbre Querelle qui divisa le monde des Belles-Lettres Ă la fin du XVIIe siĂšcle1. De grands noms sâaffichaient dans ce camp FuretiĂšre Ă©tait une rĂ©fĂ©rence, mais câest Boileauqui surtout avait donnĂ© le la avec ses Satires I-VI et VIII-IX 1666-1668, le TraitĂ© du sublime de Longin 1674, et bien-sĂ»r LâArt poĂ©tique 1674. Rapin, avec les RĂ©flexions sur la PoĂ©tique dâAristote, Racine dans ses PrĂ©faces dâIphigĂ©nie 1675 et de PhĂšdre 1677 ainsi que La BruyĂšre et plus tard FĂ©nelon sâillustrĂšrent aussi dans le dĂ©bat. 2De leur cĂŽtĂ©, les Modernes avaient pour chef de file Charles Perrault Le siĂšcle de Louis le Grand, 1687, Les ParallĂšles des Anciens et des Modernes, 1688, Des hommes illustres qui ont paru en France, 1696-1711, mais avant lui sâinscrivaient dĂ©jĂ dans cette mouvance Georges de ScudĂ©ry Alaric, 1654, Jean Chapelain, La Pucelle, 1657, Desmarets de Saint-Sorlin La comparaison de la langue et de la poĂ©sie française avec la grecque et la latine, 1670, DĂ©fense du poĂšme hĂ©roĂŻque, 1675, DĂ©fense de la poĂ©sie et de la langue française, 1675, et Paul Pellisson Relation contenant lâHistoire de lâAcadĂ©mie Françoise, 1672. Dans leurs rangs on compte Ă©galement Fontenelle Dialogues des morts, 1683, Digression sur les Anciens et les Modernes, 1687, Saint-Evremond Sur les poĂšmes des Anciens, 1686, Sur la dispute touchant les Anciens et les Modernes, 1692, et, Ă lâaube du XVIIIe siĂšcle, Pierre Bayle Dictionnaire historique et critique, 1695-1697. 3Pour les uns comme pour les autres, lâargumentaire est simple les Anciens soutiennent une conception de la crĂ©ation littĂ©raire comme imitation des auteurs de lâAntiquitĂ© qui, selon eux, reprĂ©sentent dĂ©finitivement la perfection artistique. La PoĂ©tique dâAristote est leur brĂ©viaire. Pour les Modernes au contraire, les Ćuvres de lâAntiquitĂ© ne sont pas indĂ©passables, la crĂ©ation littĂ©raire se doit dâinnover dans ses formes, et dâĂȘtre en phase avec son temps. Mais, on le verra, cette simplicitĂ© apparente cache des enjeux beaucoup plus profonds. Ces enjeux traversent les Fables de La Fontaine ils sous-tendent la posture originale du fabuliste, oĂč lâancien et le moderne se rejoignent. 2 A Monseigneur LâEvĂȘque de Soissons, La Fontaine, Ćuvres diverses, Ă©d. P. Clarac, Paris, Gallimar ... 4Dans sa cĂ©lĂšbre Epitre Ă Huet 16872, qui officialise sa prise de position en faveur des Anciens, La Fontaine prend soin de dĂ©clarer mon imitation nâest pas un esclavage » nous le savons, il sâen fallait de beaucoup en effet. A telle enseigne que souvent la critique sâest plu Ă insister sur la modernité» du prĂ©tendu ancien. LâĂ©tude qui suit rappellera quelques traits significatifs de cette modernitĂ©. La distanciation, revendiquĂ©e, nâĂ©tait pas anodine. Dans un contexte traversĂ© de tensions, que notre vision rĂ©trospective tend Ă Ă©craser, La Fontaine proclame avant tout son indĂ©pendance dâesprit. DĂ©passant la pĂ©tition de principe, il exemplifie ce quâil dit, en se rĂ©appropriant et en transformant lâhĂ©ritage des Anciens. Alors, on le verra, lâancrage et les rĂ©fĂ©rences puisĂ©es chez eux sâavĂšrent libĂ©rateurs. I. Le monde des Fables et le retour aux sources 5Certes, lâĆuvre de La Fontaine ne se limite pas Ă ses Fables. Ce sont elles nĂ©anmoins qui occupent le premier plan de sa rĂ©ception, et qui, en lâoccurrence, illustreront le mieux les deux visages dâune poĂ©tique, marquĂ©e Ă la fois par sa rĂ©vĂ©rence aux Anciens et par une sensibilitĂ© trĂšs moderne. On sait par ailleurs que sa Muse galante » sâabreuve plus notoirement Ă une source moderne, et que ses Contes et Nouvelles notamment, relĂšvent de lâinspiration grivoise de Boccace ou de lâArioste. Cet autre ancrage de sa crĂ©ation ne doit pas ĂȘtre nĂ©gligĂ©, car il Ă©claire indirectement lâinspiration plurielle Ă laquelle nous allons nous attacher. 6Le genre des fables remonte Ă lâAntiquitĂ©, et La Fontaine dans ses PrĂ©faces sâinscrit officiellement dans la tradition dâEsope, lâinventeur du bel art » 3 A Monseigneur le Dauphin, Fables Ă©d. G. Couton, Garnier-FrĂšres, Paris, 1962, p. 31 Je chante les HĂ©ros dont Esope est le pĂšre3, 4 PrĂ©face au premier recueil des Fables p. 5. 7Esope, suivi par PhĂšdre et Avenius, et dont il convient dĂ©sormais dâaccorder le projet avec lâharmonie de la poĂ©sie. Car les Fables dâEsope, extrĂȘmement concises, dĂ©daignaient tout ornement ici, La Fontaine plaide pour une certaine libertĂ© dâadaptation, mais en sâappuyant encore sur une autoritĂ© antique, celle de Socrate lui-mĂȘme. Partant de lâidĂ©e que les GrĂąces lacĂ©dĂ©moniennes ne sont pas tellement ennemies des Muses françaises, que lâon ne puisse souvent les faire marcher de compagnie »4, il rappelle que selon Platon, Socrate employa les derniers moments de sa vie Ă mettre en vers les Fables dâEsope. Et de son cĂŽtĂ©, pour rendre hommage Ă celui quâil met au rang de Sage, il ouvre son premier recueil de Fables par une transcription de Planude, La vie dâEsope le Phrygien. 8Ce positionnement clairement affichĂ© dans le pĂ©ritexte des Fables, se confirme dâemblĂ©e dans le contenu du premier recueil La Cigale et la Fourmi, Le Corbeau et le Renard, puisent leur sujet chez Esope, La grenouille qui veut de faire aussi grosse que le bĆuf et Les deux mulets chez PhĂšdre, Le loup et le chien, La gĂ©nisse, la chĂšvre et la brebis en sociĂ©tĂ© avec le lion chez Esope encore, et ainsi de suite. La fable VII, La Besace, empruntĂ©e Ă Avenius, mais partiellement aussi Ă Esope et Ă PhĂšdre, fait apparaĂźtre une autre forme dâinnutrition », dĂ©sormais souvent rĂ©itĂ©rĂ©e, mĂȘlant aux acteurs de ce petit monde force personnalitĂ©s mythologiques câest Jupiter appelĂ© aussi familiĂšrement Jupin qui ouvre la session des dolĂ©ances pour lâensemble des crĂ©atures, et plus loin, câest Ă Junon que se plaint le Paon. Cassandre, Castor et Pollux, Apollon, Mercure, Ulysse, lâOlympe et le Parnasse sont couramment pris Ă tĂ©moin. Mais parfois ils surgissent malicieusement au dĂ©tour dâune caution forcĂ©e 5 La Tortue et les deux Canards, X, II. Câest moi qui souligne. Une Tortue Ă©tait, Ă la tĂȘte lĂ©gĂšre,Qui, lasse de son trou, voulut voir le pays [âŠ]Deux Canards Ă qui la commĂšre communiqua ce beau dessein, Lui dirent quâils avaient de quoi la satisfaire Vous voyez ce large chemin ? Nous vous voiturerons, par lâair, en AmĂ©rique, Vous verrez mainte RĂ©publique, Maint Royaume, maint peuple, et vous profiterezDes diffĂ©rentes mĆurs que vous en fit autant. On ne sâattendait guĂšreDe voir Ulysse en cette Tortue Ă©couta la propositionâŠ5 6 Lâart de la transition » que Leo Spitzer saluait chez La Fontaine se dĂ©ploie aussi dans cette fa ... 7 Lâunivers de croyance est lâensemble des propositions implicites tenues pour vraies par un locuteu ... 9Dans la rĂ©flexivitĂ© accrue du second recueil, lâallusion intempestive Ă Ulysse est, pour le fabuliste, une maniĂšre humoristique de traiter ses habituelles rĂ©fĂ©rences, en soulignant dâun gros trait leur caractĂšre convenu. Pareille distanciation nâempĂȘche pas ces mĂȘmes rĂ©fĂ©rences dâapparaĂźtre comme parfaitement naturelles dans le vivier des anecdotes. On se reportera au caractĂšre hybride du genre. Un rĂ©cit, ou apologue, raconte une histoire exemplaire propre Ă dĂ©livrer une leçon de vie câest le corps de la fable, la leçon elle-mĂȘme, explicite ou implicite, intĂ©grĂ©e ou dĂ©tachĂ©e, en constitue la morale, qui est son Ăąme ». Une fable emblĂ©matique dans son statut mĂ©tadiscursif, Le pouvoir des fables » VIII, 4, rĂ©vĂšle toute la souplesse des transitions entre diffĂ©rents points dâancrage6, ou, si lâon prĂ©fĂšre, entre diffĂ©rents univers de croyance »7 du discours. LâĂ©vĂ©nement ici narrĂ© possĂšde un fondement historique Dans AthĂšne autrefois peuple vain et lĂ©ger, Un Orateur voyant sa patrie en danger, Courut Ă la Tribune ; et dâun art tyrannique, Voulant forcer les cĆurs dans une rĂ©publique, Il parla fortement sur le commun salut⊠10Dans la figure de lâOrateur nous reconnaissons DĂ©mosthĂšne qui tentait dâalerter ses concitoyens sur la politique conquĂ©rante de Philippe de MacĂ©doine. En vain le peuple se montrait sourd Ă sa rhĂ©torique. Il prit alors un autre tour » propre Ă le rĂ©veiller CĂ©rĂšs, commença-t-il, faisait voyage un jourAvec lâAnguille et lâHirondelle Un fleuve les arrĂȘte ; et lâAnguille en nageant, Comme lâHirondelle en volant, Le traversa bientĂŽt. LâassemblĂ©e Ă lâinstantCria tout dâune voix Et CĂ©rĂšs que fit-elle ? 11Lâanecdote, inscrite dans un Ă©pisode de lâhistoire grecque ancienne, accueille, avec lâaventure de CĂ©rĂšs, une inclusion mythologique. Mais il y a mieux encore ce conte dâenfant », rapprochĂ© de Peau dâĂne, offre Ă La Fontaine une morale ĆcumĂ©nique 8 Il se trouve que Peau dâĂąne fait partie de ces contes transmis par la tradition populaire, que jus ... A ce reproche lâassemblĂ©e,Par lâapologue rĂ©veillĂ©e, Se donne entiĂšre Ă lâOrateur Un trait de Fable en eut lâhonneur. Nous sommes tous dâAthĂšne en ce point ; et moi-mĂȘme, Au moment que je fais cette moralitĂ©, Si Peau dâĂąne mâĂ©tait contĂ©8,Jây prendrais un plaisir extrĂȘme. 12Une autre fable, emblĂ©matique elle aussi de la visĂ©e des fables, LâEducation, met en regard le double ancrage des rĂ©fĂ©rences. Les personnages sont deux chiens, deux frĂšres dont les parcours ont divergĂ© Laridon et CĂ©sar, frĂšres dont lâorigineVenait de chiens fameux, beaux, bien faits et hardis, A deux maĂźtres divers Ă©chus au temps jadis, Hantaient lâun les forĂȘts, et lâautre la cuisine ;Ils avaient eu dâabord chacun un autre nom ; Mais la diverse nourritureFortifiant en lâun cette heureuse nature, En lâautre lâaltĂ©rant, un certain marmitonNomma celui-ci Laridon Son frĂšre, ayant couru mainte haute aventure, Mis maint Cerf aux abois, maint Sanglier abattu,Fut le premier CĂ©sar que la gent chienne ait eu. VIII, 24. 13Certes, un parcours noble justifie une dĂ©nomination prestigieuse, Ă connotation antique CĂ©sar est un nom propre remotivĂ©, qui vaut titre ; de son cĂŽtĂ©, Laridon est un nom forgĂ©, moderne, qui, dans ses sonoritĂ©s, affiche la dĂ©gĂ©nĂ©rescence de la lignĂ©e des tournebroches. Mais la morale reste ambiguĂ« lâĂ©vocation hĂ©roĂŻ-comique des exploits du chien de chasse, rend suspecte lâadmiration qui lui est portĂ©e, comme elle relativise le mĂ©pris pour le chien de cuisine. 14Au-delĂ des dĂ©clarations formelles, et des rĂ©fĂ©rences affichĂ©es que lâon nâest pas prĂšs dâĂ©puiser, il convient de souligner le dessein du poĂšte. Et lĂ câest la dĂ©marche mĂȘme de PromĂ©thĂ©e, le rival des Dieux, qui se manifeste dans Le Prologue de la premiĂšre fable du Livre V, Le BĂ»cheron et Mercure, elle se lit dans la vision ramassĂ©e, vĂ©ritable mise en abyme » topique de lâĆuvre TantĂŽt je peins en un rĂ©citLa sotte vanitĂ© jointe avecque lâenvie,Deux pivots sur qui roule aujourdâhui notre est ce chĂ©tif animalQui voulut en grosseur au BĆuf se rendre quelquefois, par une double image,Le vice Ă la vertu, la sottise au bon sens,Les Agneaux aux loups ravissants,La mouche Ă la Fourmi, faisant de cet ouvrageUne ample ComĂ©die Ă cent actes divers,Et dont la scĂšne est lâUnivers. 15Suivant lâexemple du hĂ©ros mythique, qui avait formĂ© lâhomme Ă partir des traits de caractĂšres rĂ©partis dans chaque espĂšce animale, La Fontaine crĂ©e un microcosme oĂč les animaux, devenus des hommes comme les autres », sont de toutes les Ă©poques. Pour dire cet Ă©ternel humain, on parle dans le monde des fables simultanĂ©ment des Dieux, de lâAntiquitĂ©, ⊠et aussi de quelques Ă©vĂ©nements trĂšs contemporains. 9 Dont certains, entraĂźnĂ©s par leur prĂ©jugĂ©, supposaient quâil Ă©tait Esope lui-mĂȘme connu sous le no ... 16Le premier recueil des Fables sâĂ©tait placĂ© dans le sillage dâEsope ; lâAvertissement du deuxiĂšme annonce avoir cherchĂ© dâautres enrichissements ». DĂ©sireux dâintroduire de la variĂ©tĂ© dans son Ćuvre, La Fontaine dĂ©clare maintenant une dette envers Pilpay, un sage indien9, et quelques autres ». En lâabsence de source livresque avĂ©rĂ©e, comme pour la Fable III du Livre VII, Le rat qui sâest retirĂ© du monde, le poĂšte transpose librement lâactualitĂ© politique Les Levantins en leur lĂ©gendeDisent quâun certain Rat las des soins dâici-bas, Dans un fromage de HollandeSe retira loin du tracas⊠17 Lâermite nouveau » est bientĂŽt sollicitĂ© par des rats venus en dĂ©lĂ©gation lui demander quelques subsides pour Ratopolis assiĂ©gĂ©e. Alors le fromage de Hollande » fait entendre une allusion Ă la guerre de Hollande, trĂšs pertinente dans cette fable datĂ©e de 1675, annĂ©e oĂč le clergĂ© rĂ©gulier avait vivement protestĂ© contre le don gratuit », une participation imposĂ©e aux dĂ©penses de ladite guerre. Mais dans cette fable nous entendons Ă©galement une satire, dans la tradition mĂ©diĂ©vale cette fois, Ă lâencontre des moines, bien protĂ©gĂ©s des soucis du siĂšcle, hypocrites, et peu solidaires Ă lâĂ©gard de leurs semblables Ayant parlĂ© de cette sorte, Le nouveau Saint ferma sa porte. Qui dĂ©signai-je Ă votre avis, Par ce Rat si peu secourable ?Un moine ? Non, mais un Dervis Je suppose quâun Moine est toujours charitable. 18Ici un contact sâĂ©tablit avec lâinspiration drolatique des Contes, la veine gauloise rejoignant la veine galante. Câest donc un aspect moderne des Fables quâil convient dĂ©sormais dâinterroger. II. Un discours moderne. SyncrĂ©tisme et pragmatisme 19Les Ă©tiquettes sont trompeuses etla posture de La Fontaine dans ses Fables prend en dĂ©faut les dichotomies rĂ©ductrices. On est Ă©videmment plus libre lorsquâon sâaccorde plusieurs maĂźtres ce que rĂ©vĂšle dâabord le syncrĂ©tisme des rĂ©fĂ©rences rapidement Ă©voquĂ©, câest la libertĂ© dâesprit du fabuliste, et surtout sa morale qui ne craint pas dâĂȘtre politiquement incorrecte. 10 Marc Fumaroli, La Querelle des Anciens et des Modernes,a illustrĂ©e dâextraits, Paris, Gallimard-Fo ... 11 Il fut longtemps lâhomme de lettres » de Madame de la SabliĂšre, et dans son salon il avait nouĂ© ... 12 Citons entre autres Les Animaux malades de la peste, Les obsĂšques de la Lionne, La Cour du lion⊠20Sous la vulgate dâune polĂ©mique abusivement schĂ©matisĂ©e entre tenants dâune esthĂ©tique dâimitation et partisans dâune crĂ©ation Ă©mancipĂ©e des moules anciens, dâautres enjeux se dessinent. Les Anciens, Ă lâabri de leurs modĂšles, et bien adossĂ©s Ă leur monde paĂŻen, sont Ă certains Ă©gards plus transgressifs que les Modernes. La Fontaine est dâabord de ceux qui prennent acte de la loi de la nature. Il ne faut pas se le cacher, câest une dure loi, qui ignore la biensĂ©ance, et qui ne ferme pas les yeux sur les pulsions ou le plaisir des sens. De leur cĂŽtĂ©, les Modernes sont plus assujettis au lissage dâune production littĂ©raire encadrĂ©e par les autoritĂ©s, comme lâAcadĂ©mie et la cour. Marc Fumaroli souligne les positionnements face au pouvoir qui se cachaient sous lâapparent progressisme des Modernes, permettant de mieux comprendre des options Ă premiĂšre vue dĂ©concertantes10. Ainsi, Boileau, dĂ©fenseur des Anciens, Ă©tait un proche de Port-Royal, ce haut lieu du contre-pouvoir du monde des Lettres. La Fontaine Ă©tait son ami et lâon sait aussi quâil avait plus dâaffinitĂ©s avec lâesprit des salons parisiens11, lâhĂ©ritage galant de la Fronde, et les penseurs libertins, quâavec un alignement courtisan tant de fois dĂ©noncĂ©12. Son refus des idĂ©es reçues, et un pragmatisme tranquillement provocateur, sâinscrivent dans la topique dâune Ćuvre qui dit un monde soumis Ă la raison du plus fort. 13 Il est un des pĂšres de lâhistoire politique contemporaine. 14 Paris, Ventadour, 1955. 15 Dans son Emile ou de lâEducation, il considĂ©rait que les Fables encourageaient moins Ă se corriger ... 16 Les historiens reconnaissent Machiavel comme un des fondateurs de la pensĂ©e politique moderne voi ... 17 Le Lion amoureux, IV, I. La rĂ©flexion dâAndrĂ© Siegfried est fortement imprĂ©gnĂ©e par le souvenir tr ... 21Il y a un peu plus dâun demi-siĂšcle AndrĂ© Siegfried, acadĂ©micien et historien de renom13, Ă©crivit un essai intitulĂ©La Fontaine, Machiavel rapprochement peut surprendre, mais, mĂȘme sâil appelle de sĂ©rieuses mises au point, lâintuition dâune parentĂ© intellectuelle mĂ©rite quâon sây attarde. On se souvient des griefs de Jean-Jacques Rousseau contre ce quâil appelait lâimmoralitĂ© » de La Fontaine15. De fait, le fabuliste rejoint le cĂ©lĂšbre Florentin reconnu comme un moderne par la postĂ©ritĂ©16, et cela prĂ©cisĂ©ment dans sa vision immoraliste du monde. La Fontaine aurait bien compris les leçons de rĂ©alisme politique du Prince. AndrĂ© Siegfried commente en ces termes la fable du Lion amoureux Samson ne doit pas se laisser couper les cheveux, le lion ne doit pas se laisser rogner les griffes un Etat dĂ©sarmĂ© ne compte plus »17. La prudence consiste Ă ne pas croire les discours lĂ©nifiants, et Ă ne pas sâengager sans sâassurer dâun possible retour, le Renard est lucide Les pas empreints sur la poussiĂšrePar ceux qui sâen vont faire au malade leur cour,Tous, sans exception, regardent sa taniĂšre Pas un ne marque de retour Cela nous met en Sa MajestĂ© nous dispense Grand merci de son passe-port ;Je le crois bon ; mais dans cet antreJe vois fort bien comme lâon entre,Et ne vois pas comme on en sort. Le Lion malade et le Renard, VI, 14. 22Nous irons plus loin les victoires ne sont jamais des solutions dĂ©finitives qui nous permettraient de baisser la garde, et câest une Iliade en basse-cour qui nous lâenseigne Deux Coqs vivaient en paix une Poule survintEt voilĂ la guerre tu perdis Troie et câest de toi que vintCette querelle envenimĂ©e OĂč du sang des Dieux mĂȘme on vit le Xanthe teint !En effet, le coq vainqueur va chanter sa victoire un peu trop fort Un vautour entendit sa voix Adieu les amours et la gloire ;Tout cet orgueil pĂ©rit sous lâongle du Vautour.[âŠ]Tout vainqueur insolent Ă sa perte travaille,DĂ©fions-nous du Sort, et prenons garde Ă nousAprĂšs le gain dâune bataille. Les Deux coqs, VII, XII 23A nouveau, la rĂ©fĂ©rence Ă lâĂ©popĂ©e antique sâinscrit dans un registre hĂ©roĂŻ-comique qui la dĂ©sacralise quelque peu. Mythe, distanciation du mythe, et portĂ©e transtemporelle, sont interdĂ©pendants. 24Mais chez La Fontaine, le rĂ©alisme politique nâest quâune application parmi dâautres dâune recommandation gĂ©nĂ©rale selon laquelle il faut en toute chose raison garder. Or nos mĆurs sont rarement raisonnables⊠La source de la fable des Deux ChĂšvres passe pour ĂȘtre une querelle de prĂ©sĂ©ances entre deux dames de haut rang, une certaine Madame de Beringhen et la duchesse de Brissac Saint-Simon qui, sâĂ©tant rencontrĂ©es dans une rue fort Ă©troite, restĂšrent, dit-on, cinq heures face Ă face, faute dâaccepter de reculer ⊠Jâimagine voir avec Louis le GrandPhilippe Quatre qui sâavance Dans lâĂźle de la sâavançaient pas Ă pas,Nez Ă nez, nos AventuriĂšres, Qui toutes deux Ă©tant fort fiĂšres,Vers le milieu du pont ne se voulurent pasLâune Ă lâautre cĂ©der. Elles avaient la gloireDe compter dans leur race Ă ce que dit lâHistoireLâune certaine ChĂšvre au mĂ©rite sans pairDont PolyphĂšme fit prĂ©sent Ă GalatĂ©e,Et la chĂšvre AmalthĂ©e, Par qui fut nourri de reculer, leur chute fut commune ;Toutes deux tombĂšrent dans lâeau. Les Deux ChĂšvres XII, IV 18 Câest sur lâĂźle de la ConfĂ©rence ou Ăźle des Faisans, au milieu de la Bidassoa en pays basque, qu ... 25Les univers de croyances sont ici particuliĂšrement imbriquĂ©s nos chĂšvres peuvent se prĂ©valoir dâaĂŻeules mythiques, mais leur aventure est celle dâun fait divers contemporain, qui lui-mĂȘme renvoie ironiquement Ă un Ă©vĂ©nement diplomatique rĂ©cent18. 26En marge des autoritĂ©s, le pragmatisme de La Fontaine, son refus de lâangĂ©lisme, et son regard narquois, sont frappĂ©s au coin du bon sens. LâĂne des Animaux malades de la peste, paie cher ses scrupules excessifs. Et bien-sĂ»r, nous rĂ©pĂšte-t-il souvent,il faut manger pour vivre. Comme nous ne sommes pas tous vĂ©gĂ©tariens, la chaĂźne alimentaire fait que parfois aussi on mange son prochain » ! Câest la leçon du Loup et les Bergers. Le personnage du loup, ou du chat, sont loin dâĂȘtre toujours nĂ©gatifs Un Loup rempli dâhumanitĂ©Sâil en est de tels dans le mondeFit un jour sur sa cruautĂ©,Quoiquâil ne lâexerçùt que par nĂ©cessitĂ©, Une rĂ©flexion sâensuit une bonne rĂ©solution Et bien, ne mangeons plus de chose ayant eu vie ;Paissons lâherbe, broutons ; mourrons de faim une chose si cruelle ?Vaut-il mieux sâattirer la haine universelle ?Disant ces mots il vit des Bergers pour leur rĂŽtMangeants un agneau cuit en oh, dit-il, je me reprocheLe sang de cette gent. VoilĂ ses gardiensSâen repaissants, eux et leurs chiens ;Et moi, Loup, jâen ferais scrupule ?Non, par tous les Dieux. Non. Je serais ridicule. [...] Ce loup avait raison. Est-il dit quâon nous voieFaire festin de toute proie,Manger les animaux, et nous les rĂ©duirons Aux mets de lâĂąge dâor autant que nous pourrons ?Ils nâauront ni crocs ni marmite ?Bergers, bergers, le loup nâa tortQue quand il nâest pas le plus fort Voulez-vous quâil vive en ermite ? 19 Ovide, MĂ©tamorphoses, I., 103 20 Voir Jaubert 2000a 27Certaines expressions sont ici rĂ©vĂ©latrices. Ovide, dans ses MĂ©tamorphoses, nous dit en effet que les hommes de lâĂąge dâor Ă©taient vĂ©gĂ©tariens19 ; les animaux du jardin dâEden lâĂ©taient aussi, mais, pour La Fontaine, qui en lâoccurrence renverrait dos Ă dos le merveilleux paĂŻen comme le merveilleux chrĂ©tien, il est clair quâon ne reviendra pas au Paradis perdu.... Avec une sobre Ă©lĂ©gance, il rĂ©cuse lâaustĂ©ritĂ© excessive, et reconnaĂźt une certaine sensualitĂ© dans lâacte de se nourrir20. 21 Voir Jaubert 1997, 2000 b, 2002. 28LâallĂ©geance Ă la loi de la Nature sous-tend un humanisme de la maturitĂ© qui sâouvre Ă la philosophie dâEpicure, et dĂ©passe les clivages dâĂ©cole. La nature est changeante et la suivre câest sâadapter. Comme toujours chez les grands auteurs, entendons ceux dont la rĂ©ception peut traverser les Ăąges, La Fontaine fait converger Ă©thique et modĂšle de souplesse et dâadaptation que nous offre la nature trouve une traduction dans la forme. La fable devient sous sa plume un genre qui ne cesse de se mĂ©tamorphoser elle est fondĂ©e Ă sâassumer ainsi, car la pensĂ©e ne saurait se couler dans un moule unique. Fiction et diction progressent ensemble une autre modernitĂ© de La Fontaine, souvent remarquĂ©e des linguistes, se comprend ainsi. Ainsi la remarquable hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© Ă©nonciative, ce concert des voix qui se signale dans le discours des Fables, sera mis en relation avec la pensĂ©e plurielle trĂšs intĂ©grĂ©e qui les caractĂ©rise. Les formes libres de discours rapportĂ© sont ici le fer de lance dâune locution polyphonique audacieuse, trĂšs en avance sur son temps. On ne reviendra pas sur des dĂ©monstrations faites antĂ©rieurement21, mais il convenait de souligner une fois de plus la cohĂ©rence du dit et du dire, du contenu et de la forme. 29Lâimitation servile des Anciens est donc bien loin en effet. La maĂźtrise du discours permet de dire une vĂ©ritĂ© de soi, et manifestement la sagesse de La Fontaine postule un ailleurs. A lâĂ©cart des allĂ©es du pouvoir assurĂ©ment mĂȘme si, comme tous les auteurs de son temps, il doit solliciter la protection dâun Grand du Royaume, en un lieu oĂč il affirme son inaliĂ©nable libertĂ©, et sa propre hiĂ©rarchie des valeurs Deux vrais amis vivaient au Monomotapa... ». Le rĂ©alisme fait place Ă lâutopie, et, en tout Ă©tat de cause, Ă la primautĂ© des sentiments Deux vrais amis vivaient au Monomotapa Lâun ne possĂ©dait rien qui nâappartĂźnt Ă lâautre Les amis de ce pays-lĂ Valent bien dit-on ceux du nĂŽtre. Les deux Amis, VIII, XI 30Lâanecdote montre ensuite ces deux amis faisant assaut de dĂ©vouement et de dĂ©licatesse. Au moment de lâarrestation de Fouquet en 1661, et de son procĂšs, en 1664, La Fontaine lui Ă©tait restĂ© fidĂšle, et cette fidĂ©litĂ© lui avait valu lâordre de sâexiler quelques temps dans le Limousin. Câest cette libertĂ© de lâesprit qui fonde sa posture Ă©thique, lui permettant de dĂ©passer une Querelle » de principes, et de promouvoir deux cultures parfaitement compatibles aux cĂŽtĂ©s de lâinnutrition antique, lâexigence dâune morale galante » qui, dans une sociĂ©tĂ© choisie, mettait au premier plan la dĂ©licatesse de lâesprit et du cĆur, la luciditĂ© et la tendresse des sentiments, lâexcellence de lâamitiĂ©. 31Lâhumanisme de La Fontaine implique la qualitĂ© de lâhumain ce sont les deux faces dâun mĂȘme signe. Un signe des plus congruents pour lâhommage que je tiens Ă rendre Ă Chantal Kircher, Ă sa personne, et Ă son rayonnement dans lâuniversitĂ©.
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Forum Archives du forum Divers [ARCHIVE] Philosophie Dissertation sur les fables de la Fontaine Affichage des rĂ©sultats 1 Ă 3 sur 3 12/02/2005, 21h25 1 metalleuxxx Dissertation sur les fables de la Fontaine - Sujet"je te soutiens que scĂ©lĂ©rat pour scĂ©lĂ©rat,il vaut mieux ĂȘtre un loup qu'un homme" commenter/discuter cette affirmation extrait de la fable 1 du livre XII Qu'est ce que je peux raconter???? aidez moi SVP !!!!! d'avance merkii - 12/02/2005, 21h32 2 kron Re Dissertation sur les fables de la Fontaine L'homme est un loup pour l'homme, il cherche a le vaincre, a etendre sa domination... mais en fait je n'ai pas trop d'idĂ©es... tu es en quelle classe? pour savoir a peu pres le niveau de la dissert que tu demandes Voila j'attends tes precisions +++ 12/02/2005, 21h44 3 metalleuxxx Re Dissertation sur les fables de la Fontaine eh c deja pa mal ! je suis en PCSI Sur le mĂȘme sujet Fuseau horaire GMT +1. Il est actuellement 04h37.
A lâapproche de la fin de lâannĂ©e scolaire et de lâĂ©preuve anticipĂ©e de français, nous proposons ici un exemple de commentaire composĂ© rĂ©digĂ©, Ă propos dâune des fables de la Fontaine les deux amis. A propos de la mĂ©thodologie de cet exercice, vous pouvez consulter mes autres articles sur le commentaire composĂ©. Texte de la Fable de la Fontaine les deux amis second recueil â 1678 Deux vrais amis vivaient au Monomotapa Lâun ne possĂ©dait rien qui nâappartĂźnt Ă lâautre Les amis de ce pays-lĂ Valent bien, dit-on, ceux du nĂŽtre. Une nuit que chacun sâoccupait au sommeil, Et mettait Ă profit lâabsence du soleil, Un de nos deux Amis sort du lit en alarme ; Il court chez son intime, Ă©veille les Valets MorphĂ©e avait touchĂ© le seuil de ce palais. Lâami couchĂ© sâĂ©tonne, il prend sa bourse, il sâarme ; Vient trouver lâautre, et dit Il vous arrive peu De courir quand on dort ; vous me paraissez homme A mieux user du temps destinĂ© pour le somme Nâauriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ? En voici. Sâil vous est venu quelque querelle, Jâai mon Ă©pĂ©e, allons. Vous ennuyez-vous point De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle Ătait Ă mes cĂŽtĂ©s ; voulez-vous quâon lâappelle ? Non, dit lâami, ce nâest ni lâun ni lâautre point Je vous rends grĂące de ce zĂšle. Vous mâĂȘtes en dormant un peu triste apparu ; Jâai craint quâil ne fĂ»t vrai, je suis vite accouru. Ce maudit songe en est la cause. Qui dâeux aimait le mieux ? Que tâen semble, lecteur ? Cette difficultĂ© vaut bien quâon la propose. Quâun ami vĂ©ritable est une douce chose! Il cherche vos besoins au fond de votre cĆur ; Il vous Ă©pargne la pudeur De les lui dĂ©couvrir vous-mĂȘme. Un songe, un rien, tout lui fait peur Quand il sâagit de ce quâil aime. Introduction du commentaire La fable Les deux amis » fable XI, livre XIII composĂ©e dâalexandrins et dâoctosyllabes est tirĂ©e du second recueil des Fables de Jean de La Fontaine. Elle met en scĂšne deux amis. Lâun dâeux se prĂ©cipite suite Ă un rĂȘve prĂ©occupant dans la chambre de lâautre qui, inquiet, se rĂ©veille et lui offre pour le satisfaire son Ă©pĂ©e, sa bourse et son esclave. La Fontaine prend Ă tĂ©moin le lecteur des vertus de lâamitiĂ©. Dans le but dâapprĂ©cier lâefficacitĂ© de cet apologue qui illustre lâidĂ©e selon laquelle tout ami vĂ©ritable se doit dâĂȘtre gĂ©nĂ©reux, prĂ©venant et attentionnĂ©, on sâintĂ©ressera dâabord au dĂ©roulement du rĂ©cit autour du thĂšme de lâamitiĂ© rĂ©ciproque. Dans un deuxiĂšme temps, nous montrerons la portĂ©e critique mais aussi universelle de la fable sous des dehors par endroits divertissants. I â Une amitiĂ© sous le sceau de la sincĂ©ritĂ© et de la rĂ©ciprocitĂ© DĂšs lâouverture, le thĂšme de lâamitiĂ© est placĂ© sous le sceau de la sincĂ©ritĂ© Deux vrais amis ». Le terme ami »est repris six fois au fil du texte de façon explicite. Par ailleurs, lâauteur indique ce sur quoi repose cette amitiĂ©. Les deux amis rivalisent en termes de gĂ©nĂ©rositĂ© matĂ©rielle pour lâun qui donne son Ă©pĂ©e », sa bourse » ou son esclave » et affective pour lâautre vous mâĂȘtes en dormant un peu triste apparu ». Bien que les deux amis soient liĂ©s socialement et intimement il court chez son intime », lâauteur prend soin de les distinguer. Ils sont prĂ©sentĂ©s comme dans un diptyque lâun a un comportement statique endormi et lâautre en perpĂ©tuel mouvement il court », je suis vite accouru ». On se rend compte que lâauteur prend soin de prĂ©ciser les degrĂ©s de lâamitiĂ© qui se joue sur le plan de la gĂ©nĂ©rositĂ©, de la crainte voire de la tristesse. Autrement dit, lâauteur fait preuve dâune trĂšs grande finesse dâobservation. On se rend compte que lâami qui a Ă©tĂ© rĂ©veillĂ© anticipe les besoins de lâautre. Cette sollicitude renvoie en quelque sorte la sollicitude de lâautre que son rĂȘve tourmente en miroir. Le dialogue qui sâĂ©tablit entre les deux personnages se situe au cĆur du rĂ©cit, occupant prĂšs de la moitiĂ© des vers, constitue une petite scĂšne de théùtre. Reste que lâensemble des rĂ©pliques pourrait-on dire ne trouvent pas de rĂ©ponse. LâĂ©change est en suspens au point de mettre en valeur la sollicitude qui anime les personnages. Par ailleurs, cette situation tend Ă lĂ©gitimer lâappel au lecteur que lâauteur tutoie pour une meilleure implication Qui dâeux aimait le mieux? Que tâen semble lecteur ? ». Cette implication du lecteur apparaissait en filigrane dĂšs le dĂ©but Ă travers le possessif nos amis ». Probablement faut-il comprendre que lâamitiĂ© repose sur cet Ă©change bien plus quâelle ne dĂ©pend dâun comportement ou dâun autre. II â Une critique sociale Il nâest pas impossible que lâon ait affaire Ă la mise en oeuvre dâune amitiĂ© allĂ©gorique au service dâune critique sociale. En effet, on se rend compte que le dĂ©but de la fable campe un dĂ©cor utopique rappelant lâOrient Monomotapa » qui dĂ©payse le lecteur et lâinvite Ă une mise Ă distance de la situation. Ce dĂ©paysement est renforcĂ© par lâanonymat des deux personnages lâun lâautre », chacun », lâami », qui dâeux » qui donne Ă la fable un caractĂšre gĂ©nĂ©ralisant voire universel. Dâun point de vue stylistique, les vers 3 et 4 sont des octosyllabes qui marquent un dĂ©crochement dans le rĂ©cit » les amis de ce pays-lĂ valent bien, dit-on, ceux du nĂŽtre ». On assiste Ă un processus dâĂ©loignement pays-là » et de rapprochement nĂŽtre » sur le mode ironique dit-on » placĂ© au cĆur du vers. Lâauteur incite le lecteur Ă observer la situation et au-delĂ des personnages, la sociĂ©tĂ© dans laquelle ils Ă©voluent dâun Ćil critique. Les deux personnages appartiennent au rang de la noblesse dâaprĂšs le lexique qui les caractĂ©rise le palais », lâĂ©pĂ©e », le valet », lâesclave ». Probablement peut-on y reconnaĂźtre une critique implicite de la sociĂ©tĂ© aristocratique du XVIIĂšme siĂšcle. Lâironie donne plus dâĂ©paisseur au texte. La rĂ©fĂ©rence mythologique Ă MorphĂ©e est de lâordre de lâironie bien quâelle contribue Ă©galement Ă crĂ©er une atmosphĂšre dĂ©paysante. On remarque par ailleurs que le dialogue est construit sur un rythme rapide, trĂšs vivace, proche du comique de mots qui fait Ă©cho au comique de situation, notamment lorsque le personnage court dans tous les sens. Lâensemble ne peut laisser le lecteur indiffĂ©rent. Tout concourt Ă stimuler la rĂ©flexion du lecteur sensible Ă la sincĂ©ritĂ© des sentiments dans un premier temps. Lâimplicite du texte vers lequel lâinterpellation au lecteur oriente, dĂ©stabilise les certitudes dâune premiĂšre lecture. Conclusion On se rend compte que cet apologue focalisĂ© sur le thĂšme de lâamitiĂ© repose entiĂšrement sur le questionnement. Le dialogue au cĆur du rĂ©cit en est une illustration. Lâauteur met en scĂšne une situation simple, claire et convaincante par lâefficacitĂ© de la mise en scĂšne. Reste que lâimplicite du texte laisse entendre que le texte suppose plusieurs lectures, notamment celle dâune critique sociale de lâaristocratie, que seuls des initiĂ©s peuvent percevoir. Lâapologue sous des dehors de simplicitĂ© rĂ©vĂšle un surcroĂźt de sens. As-tu des questions ? Si oui, nâhĂ©site pas Ă les poser en commentaire. Tu peux Ă©galement venir participer Ă nos stages de français pendant les vacances scolaires, afin de bien te prĂ©parer pour le bac ! 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