2 Leur renommĂ©e n'a jamais faibli. DĂšs 1668, les Fables de La Fontaine ont connu un succĂšs immĂ©diat. En effet, la mĂȘme annĂ©e que l'Ă©dition in-4°, une Ă©dition in-12 en deux volumes a Ă©tĂ© mise en vente, illustrĂ©e par des vignettes gravĂ©es par François Chauveau. Depuis, les fables de Jean de La Fontaine (1621-1695) ont Ă©tĂ© rééditĂ©es un nombre incalculable de fois. DissertationIntroduction: Jean de La Fontaine, Ă©crivain français du XVIIĂšme siĂšcle, publie son premier recueil Fables Choisies en 1668. Les fables du recueil sont des rĂ©cits courts mettant en scĂšne des animaux et dĂ©livrant l’esprit critique et proposant une morale. Pourtant, selon Rousseau les fables de la Fontaine ne font que POLITIQUEDES FABLES LA FONTAINE «PARRÉSIASTE». L’épineuse question de la politique des Fables, comme on sait, a suscitĂ© de trĂšs nombreuses interprĂ©tations. Les commentateurs ont pu faire de La Fontaine, tour Ă  tour, «le plus hardi frondeur du siĂšcle (1)», un «Machiavel français » donnant des leçons de rĂ©alisme politique aux Ledocument : "Dissertation sur les fables de La Fontaine" compte 248 mots.Pour le tĂ©lĂ©charger en entier, envoyez-nous l’un de vos travaux scolaires grĂące Ă  notre systĂšme gratuit d’échange de ressources numĂ©riques ou achetez-le pour la somme symbolique d’un euro. Dissertationde 7 pages en littĂ©rature publiĂ© le 10 mai 2002 : La Fontaine, les Fables : poĂ©tique des fables, fables poĂ©tiques. Ce document a Ă©tĂ© mis Ă  jour le 10/05/2002 Ce document a Ă©tĂ© mis Ă  jour le 10/05/2002 Dissertationsur les Fables de la Fontaine Objet d'Ă©tude: La littĂ©rature d’idĂ©es du XVIe au XVIIIe siĂšcle ƒuvre: La Fontaine, Fables (livres VII Ă  XI). Read More Recherche AvancĂ©e. La Fontaine revient Ă  plusieurs reprises sur ce rĂŽle des fables. Souvent, comme nous l’avons dĂ©jĂ  soulignĂ©, dans les fables dĂ©dicacĂ©es Ă  des personnages importants (les premiĂšres fables de LaFontaine, Les Fables. La Fontaine, Les Fables. NRP LycĂ©e n°90. Les Fables de La Fontaine constituent une page essentielle de l’histoire de la poĂ©sie. En 2 de, leur Ă©tude constitue tant une relecture que la dĂ©couverte de textes qui sont Ă  5kq47. "Deux vrais amis vivaient au Monomotapa; L'un ne possĂ©dait rien qui n'appartĂźnt Ă  l'autre. Les amis de ce pays-lĂ  Valent bien, dit-on, ceux du nĂŽtre. Une nuit que chacun s'occupait au sommeil, Et mettait Ă  profit l'absence de soleil, Un de nos deux amis sort du lit en alarme ; Il court chez son intime, Ă©veille les valets MorphĂ©e avait touchĂ© le seuil de ce palais. L'ami couchĂ© s'Ă©tonne; il prend sa bourse, il s'arme, Vient trouver l'autre et dit Il vous arrive peu De courir quand on dort ; vous me paraissez homme A mieux user du temps destinĂ© pour le somme N'auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ? En voici. S'il vous est venu quelque querelle, J'ai mon Ă©pĂ©e ; allons. Vous ennuyez-vous point De coucher toujours seul? Une esclave assez belle Était Ă  mes cĂŽtĂ©s ; voulez-vous qu'on l'appelle ? - Non, dit l'ami, ce n'est ni l'un ni l'autre point Je vous rends grĂące de ce zĂšle. Vous m'ĂȘtes, en dormant, un peu triste apparu ; J'ai craint qu'il ne fut vrai; je suis vite accouru. Ce maudit songe en est la cause.» Qui d'eux aimait le mieux ? Que t'en semble, lecteur ? Cette difficultĂ© vaut bien qu'on la propose. Qu'un ami vĂ©ritable est une douce chose! Il cherche vos besoins au fond de votre coeur; Il vous Ă©pargne la pudeur De les lui dĂ©couvrir lui mĂȘme Un songe, un rien, tout lui fait peur Quand il s'agit de ce qu'il aime." ProblĂ©matique En quoi cette fable est-elle un apologue particulier ? Les meilleurs professeurs de Français disponibles4,9 70 avis 1er cours offert !5 85 avis 1er cours offert !4,9 117 avis 1er cours offert !5 39 avis 1er cours offert !4,9 56 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !4,9 17 avis 1er cours offert !5 111 avis 1er cours offert !4,9 70 avis 1er cours offert !5 85 avis 1er cours offert !4,9 117 avis 1er cours offert !5 39 avis 1er cours offert !4,9 56 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !4,9 17 avis 1er cours offert !5 111 avis 1er cours offert !C'est partiPlan I. Une morale complexe II. Une fable qui invite le lecteur Ă  la dĂ©libĂ©ration peser le pour et le contre pour aboutir Ă  une dĂ©cision I. Une morale complexe. 1. Le rĂ©cit + morale Il s’agit d’une fable avec un rĂ©cit et une morale, comme tous les apologues traditionnels, le rĂ©cit suit les Ă©tages du schĂ©ma narratif Situation initiale est courte et efficace, cela correspond Ă  l’esthĂ©tique classique A Monomotapa » v1-2 cadre spatiotemporelle > une utopie description d’un lieu parfait. Cela est confirmĂ© par l’adjectif vrai » qui caractĂ©rise les personnages, d’oĂč le chiasme . Ce chiasme montre la gĂ©nĂ©rositĂ© des amis. La situation initiale est concise v5-7. On trouve l’élĂ©ment perturbateur. L’ami a fait un cauchemar et se rend chez son ami, le lecteur se demande quel est le problĂšme PĂ©ripĂ©tie avec la rĂ©action du 2eme ami et un dialogue entre les deux protagonistes. Ce qui est surprenant, c’est qu’il n’y a pas de situation finale. C’est morale qui remplace ces deux Ă©tapes. Cette fable est donc particuliĂšre. procĂ©dĂ©s qui rendent le texte vivant. Cette fable est remarquable grĂące aux procĂ©dĂ©s. En effet, le rĂ©cit est au passĂ© imparfait v1, 2 ,5,
. Puis La Fontaine introduit le prĂ©sent de narration 8, 10,11. Cela donne l’impression que l’action a lieu sous ses yeux. En outre, La Fontaine rend son texte vivant en insĂ©rant un dialogue en discourt direct. 3. La versification Par ailleurs, il joue sur les rimes et le champ lexical du sommeil absence du soleil » au sommeil » + MorphĂ©e » dieu du sommeil. Cette fable est versifiĂ©e avec des alexandrins et octosyllabes. C’est une fable virtuose mais la morale ne semble pas coĂŻncider avec le rĂ©cit. II. Une fable qui invite le lecteur a la dĂ©libĂ©ration. 1. Une morale incohĂ©rente avec le rĂ©cit. À premiĂšre vue la morale n’illustre pas le rĂ©cit, en effet dire qu’un vĂ©ritable ami est une douce chose n’est pas dĂ©finir ce qui est un vĂ©ritable ami. Toutefois, la morale est longue et nous fais rĂ©flĂ©chir il pose deux question aux lecteurs. Le lecteur doit dĂ©libĂ©rer sur lequel des deux amis est le mieux. Or, nous remarquons que le plan suivi dans le rĂ©cit est la mĂȘme que celui qui est dans la morale. En effet, dans le rĂ©cit on a une remarque du fabuliste Ă  son lecteur. De mĂȘme, la morale commence par des questions au lecteur. Ensuite dans la morale on parle de l’ami couchĂ© cet ami cherche Ă  rĂ©soudre les problĂšmes de son alter-ego, avant mĂȘme qu’il ne les formules v10,16. Cet ami fournit une aide matĂ©rielle. Dans la morale v30-31, on reconnaĂźt l’ami qui a fait un cauchemar avec le champ lexical du songe. Il symbolise une amitiĂ© spirituelle. En effet, cet ami pense tjrs Ă  son alter-ego, il ressent une vive affection, d’oĂč le champ lexical des sentiments La Fontaine nous invite Ă  nous demander lesquelles de ses deux amis est un vrai amis. 2. La Fontaine est un classique, par consĂ©quent, il choisit de suggĂ©rer son opinion plutĂŽt que de l’imposer, il est sobre. Plusieurs Ă©lĂ©ments suggĂšrent que La Fontaine s’identifie Ă  l’ami sentimental. Tout d’abord, nous remarquons que les octosyllabes sont choisis par LF. Pour dĂ©noncer ces paroles Ă  31 or l’ami sentimental est le seul Ă  s’exprimer en octosyllabe, en outre les v. 3 et 4 vous invite Ă  lire cette fable comme une Ă©nigme portant sur la sociĂ©tĂ© du XVII Ăšme siĂšcles. Dans ces vers, l’incise dit-on » pose un problĂšme, on se demande qui se cache derriĂšre le pronom indĂ©fini on ». Si on pense que on » rĂ©fĂšre La Fontaine alors il nous invite Ă  identifier l’ami pragmatique Ă  son mĂ©cĂšne Fouquet celui qui finance La Fontaine et fut emprisonner par Louis XIV. Conclusion Dans ces conditions, cette fable est plus complexe qu’il ne paraĂźt, c’est aussi un texte audacieux oĂč La Fontaine fait un Ă©loge de son ami Fouquet et La Fontaine suggĂšre qu’il n’a pas oubliĂ© son ami disgracier. On peut relire les et 4 avec conviction. 1 Mais qui s’enracine en amont et se prolonge en aval recoupant des enjeux plus profonds sur le sens ... 1Il n’y a pas de culture sans mĂ©moire, mais l’adage facĂ©tieux, la culture est ce qui reste quand on a tout oubliĂ© », implique la vĂ©ritable innutrition » dans laquelle s’enracine notre humanisme. L’hommage que je veux rendre Ă  Chantal Kircher, spĂ©cialiste des langues anciennes, illustrera l’idĂ©e de continuitĂ© articulĂ©e Ă  celle d’évolution, et de transformation, qu’elle a toujours elle-mĂȘme portĂ©e haut. C’est sur La Fontaine, un de nos classiques les plus affectionnĂ©s, que l’attention portera, donnant Ă  rĂ©flĂ©chir sur l’étiquette-mĂȘme de classique. On sait que le fabuliste, devenu acadĂ©micien en 1683, avait embrassĂ© le parti des Anciens dans la cĂ©lĂšbre Querelle qui divisa le monde des Belles-Lettres Ă  la fin du XVIIe siĂšcle1. De grands noms s’affichaient dans ce camp FuretiĂšre Ă©tait une rĂ©fĂ©rence, mais c’est Boileauqui surtout avait donnĂ© le la avec ses Satires I-VI et VIII-IX 1666-1668, le TraitĂ© du sublime de Longin 1674, et bien-sĂ»r L’Art poĂ©tique 1674. Rapin, avec les RĂ©flexions sur la PoĂ©tique d’Aristote, Racine dans ses PrĂ©faces d’IphigĂ©nie 1675 et de PhĂšdre 1677 ainsi que La BruyĂšre et plus tard FĂ©nelon s’illustrĂšrent aussi dans le dĂ©bat. 2De leur cĂŽtĂ©, les Modernes avaient pour chef de file Charles Perrault Le siĂšcle de Louis le Grand, 1687, Les ParallĂšles des Anciens et des Modernes, 1688, Des hommes illustres qui ont paru en France, 1696-1711, mais avant lui s’inscrivaient dĂ©jĂ  dans cette mouvance Georges de ScudĂ©ry Alaric, 1654, Jean Chapelain, La Pucelle, 1657, Desmarets de Saint-Sorlin La comparaison de la langue et de la poĂ©sie française avec la grecque et la latine, 1670, DĂ©fense du poĂšme hĂ©roĂŻque, 1675, DĂ©fense de la poĂ©sie et de la langue française, 1675, et Paul Pellisson Relation contenant l’Histoire de l’AcadĂ©mie Françoise, 1672. Dans leurs rangs on compte Ă©galement Fontenelle Dialogues des morts, 1683, Digression sur les Anciens et les Modernes, 1687, Saint-Evremond Sur les poĂšmes des Anciens, 1686, Sur la dispute touchant les Anciens et les Modernes, 1692, et, Ă  l’aube du XVIIIe siĂšcle, Pierre Bayle Dictionnaire historique et critique, 1695-1697. 3Pour les uns comme pour les autres, l’argumentaire est simple les Anciens soutiennent une conception de la crĂ©ation littĂ©raire comme imitation des auteurs de l’AntiquitĂ© qui, selon eux, reprĂ©sentent dĂ©finitivement la perfection artistique. La PoĂ©tique d’Aristote est leur brĂ©viaire. Pour les Modernes au contraire, les Ɠuvres de l’AntiquitĂ© ne sont pas indĂ©passables, la crĂ©ation littĂ©raire se doit d’innover dans ses formes, et d’ĂȘtre en phase avec son temps. Mais, on le verra, cette simplicitĂ© apparente cache des enjeux beaucoup plus profonds. Ces enjeux traversent les Fables de La Fontaine ils sous-tendent la posture originale du fabuliste, oĂč l’ancien et le moderne se rejoignent. 2 A Monseigneur L’EvĂȘque de Soissons, La Fontaine, ƒuvres diverses, Ă©d. P. Clarac, Paris, Gallimar ... 4Dans sa cĂ©lĂšbre Epitre Ă  Huet 16872, qui officialise sa prise de position en faveur des Anciens, La Fontaine prend soin de dĂ©clarer mon imitation n’est pas un esclavage » nous le savons, il s’en fallait de beaucoup en effet. A telle enseigne que souvent la critique s’est plu Ă  insister sur la modernité» du prĂ©tendu ancien. L’étude qui suit rappellera quelques traits significatifs de cette modernitĂ©. La distanciation, revendiquĂ©e, n’était pas anodine. Dans un contexte traversĂ© de tensions, que notre vision rĂ©trospective tend Ă  Ă©craser, La Fontaine proclame avant tout son indĂ©pendance d’esprit. DĂ©passant la pĂ©tition de principe, il exemplifie ce qu’il dit, en se rĂ©appropriant et en transformant l’hĂ©ritage des Anciens. Alors, on le verra, l’ancrage et les rĂ©fĂ©rences puisĂ©es chez eux s’avĂšrent libĂ©rateurs. I. Le monde des Fables et le retour aux sources 5Certes, l’Ɠuvre de La Fontaine ne se limite pas Ă  ses Fables. Ce sont elles nĂ©anmoins qui occupent le premier plan de sa rĂ©ception, et qui, en l’occurrence, illustreront le mieux les deux visages d’une poĂ©tique, marquĂ©e Ă  la fois par sa rĂ©vĂ©rence aux Anciens et par une sensibilitĂ© trĂšs moderne. On sait par ailleurs que sa Muse galante » s’abreuve plus notoirement Ă  une source moderne, et que ses Contes et Nouvelles notamment, relĂšvent de l’inspiration grivoise de Boccace ou de l’Arioste. Cet autre ancrage de sa crĂ©ation ne doit pas ĂȘtre nĂ©gligĂ©, car il Ă©claire indirectement l’inspiration plurielle Ă  laquelle nous allons nous attacher. 6Le genre des fables remonte Ă  l’AntiquitĂ©, et La Fontaine dans ses PrĂ©faces s’inscrit officiellement dans la tradition d’Esope, l’inventeur du bel art » 3 A Monseigneur le Dauphin, Fables Ă©d. G. Couton, Garnier-FrĂšres, Paris, 1962, p. 31 Je chante les HĂ©ros dont Esope est le pĂšre3, 4 PrĂ©face au premier recueil des Fables p. 5. 7Esope, suivi par PhĂšdre et Avenius, et dont il convient dĂ©sormais d’accorder le projet avec l’harmonie de la poĂ©sie. Car les Fables d’Esope, extrĂȘmement concises, dĂ©daignaient tout ornement ici, La Fontaine plaide pour une certaine libertĂ© d’adaptation, mais en s’appuyant encore sur une autoritĂ© antique, celle de Socrate lui-mĂȘme. Partant de l’idĂ©e que les GrĂąces lacĂ©dĂ©moniennes ne sont pas tellement ennemies des Muses françaises, que l’on ne puisse souvent les faire marcher de compagnie »4, il rappelle que selon Platon, Socrate employa les derniers moments de sa vie Ă  mettre en vers les Fables d’Esope. Et de son cĂŽtĂ©, pour rendre hommage Ă  celui qu’il met au rang de Sage, il ouvre son premier recueil de Fables par une transcription de Planude, La vie d’Esope le Phrygien. 8Ce positionnement clairement affichĂ© dans le pĂ©ritexte des Fables, se confirme d’emblĂ©e dans le contenu du premier recueil La Cigale et la Fourmi, Le Corbeau et le Renard, puisent leur sujet chez Esope, La grenouille qui veut de faire aussi grosse que le bƓuf et Les deux mulets chez PhĂšdre, Le loup et le chien, La gĂ©nisse, la chĂšvre et la brebis en sociĂ©tĂ© avec le lion chez Esope encore, et ainsi de suite. La fable VII, La Besace, empruntĂ©e Ă  Avenius, mais partiellement aussi Ă  Esope et Ă  PhĂšdre, fait apparaĂźtre une autre forme d’innutrition », dĂ©sormais souvent rĂ©itĂ©rĂ©e, mĂȘlant aux acteurs de ce petit monde force personnalitĂ©s mythologiques c’est Jupiter appelĂ© aussi familiĂšrement Jupin qui ouvre la session des dolĂ©ances pour l’ensemble des crĂ©atures, et plus loin, c’est Ă  Junon que se plaint le Paon. Cassandre, Castor et Pollux, Apollon, Mercure, Ulysse, l’Olympe et le Parnasse sont couramment pris Ă  tĂ©moin. Mais parfois ils surgissent malicieusement au dĂ©tour d’une caution forcĂ©e 5 La Tortue et les deux Canards, X, II. C’est moi qui souligne. Une Tortue Ă©tait, Ă  la tĂȘte lĂ©gĂšre,Qui, lasse de son trou, voulut voir le pays [
]Deux Canards Ă  qui la commĂšre communiqua ce beau dessein, Lui dirent qu’ils avaient de quoi la satisfaire Vous voyez ce large chemin ? Nous vous voiturerons, par l’air, en AmĂ©rique, Vous verrez mainte RĂ©publique, Maint Royaume, maint peuple, et vous profiterezDes diffĂ©rentes mƓurs que vous en fit autant. On ne s’attendait guĂšreDe voir Ulysse en cette Tortue Ă©couta la proposition
5 6 L’art de la transition » que Leo Spitzer saluait chez La Fontaine se dĂ©ploie aussi dans cette fa ... 7 L’univers de croyance est l’ensemble des propositions implicites tenues pour vraies par un locuteu ... 9Dans la rĂ©flexivitĂ© accrue du second recueil, l’allusion intempestive Ă  Ulysse est, pour le fabuliste, une maniĂšre humoristique de traiter ses habituelles rĂ©fĂ©rences, en soulignant d’un gros trait leur caractĂšre convenu. Pareille distanciation n’empĂȘche pas ces mĂȘmes rĂ©fĂ©rences d’apparaĂźtre comme parfaitement naturelles dans le vivier des anecdotes. On se reportera au caractĂšre hybride du genre. Un rĂ©cit, ou apologue, raconte une histoire exemplaire propre Ă  dĂ©livrer une leçon de vie c’est le corps de la fable, la leçon elle-mĂȘme, explicite ou implicite, intĂ©grĂ©e ou dĂ©tachĂ©e, en constitue la morale, qui est son Ăąme ». Une fable emblĂ©matique dans son statut mĂ©tadiscursif, Le pouvoir des fables » VIII, 4, rĂ©vĂšle toute la souplesse des transitions entre diffĂ©rents points d’ancrage6, ou, si l’on prĂ©fĂšre, entre diffĂ©rents univers de croyance »7 du discours. L’évĂ©nement ici narrĂ© possĂšde un fondement historique Dans AthĂšne autrefois peuple vain et lĂ©ger, Un Orateur voyant sa patrie en danger, Courut Ă  la Tribune ; et d’un art tyrannique, Voulant forcer les cƓurs dans une rĂ©publique, Il parla fortement sur le commun salut
 10Dans la figure de l’Orateur nous reconnaissons DĂ©mosthĂšne qui tentait d’alerter ses concitoyens sur la politique conquĂ©rante de Philippe de MacĂ©doine. En vain le peuple se montrait sourd Ă  sa rhĂ©torique. Il prit alors un autre tour » propre Ă  le rĂ©veiller CĂ©rĂšs, commença-t-il, faisait voyage un jourAvec l’Anguille et l’Hirondelle Un fleuve les arrĂȘte ; et l’Anguille en nageant, Comme l’Hirondelle en volant, Le traversa bientĂŽt. L’assemblĂ©e Ă  l’instantCria tout d’une voix Et CĂ©rĂšs que fit-elle ? 11L’anecdote, inscrite dans un Ă©pisode de l’histoire grecque ancienne, accueille, avec l’aventure de CĂ©rĂšs, une inclusion mythologique. Mais il y a mieux encore ce conte d’enfant », rapprochĂ© de Peau d’Âne, offre Ă  La Fontaine une morale ƓcumĂ©nique 8 Il se trouve que Peau d’ñne fait partie de ces contes transmis par la tradition populaire, que jus ... A ce reproche l’assemblĂ©e,Par l’apologue rĂ©veillĂ©e, Se donne entiĂšre Ă  l’Orateur Un trait de Fable en eut l’honneur. Nous sommes tous d’AthĂšne en ce point ; et moi-mĂȘme, Au moment que je fais cette moralitĂ©, Si Peau d’ñne m’était contĂ©8,J’y prendrais un plaisir extrĂȘme. 12Une autre fable, emblĂ©matique elle aussi de la visĂ©e des fables, L’Education, met en regard le double ancrage des rĂ©fĂ©rences. Les personnages sont deux chiens, deux frĂšres dont les parcours ont divergĂ© Laridon et CĂ©sar, frĂšres dont l’origineVenait de chiens fameux, beaux, bien faits et hardis, A deux maĂźtres divers Ă©chus au temps jadis, Hantaient l’un les forĂȘts, et l’autre la cuisine ;Ils avaient eu d’abord chacun un autre nom ; Mais la diverse nourritureFortifiant en l’un cette heureuse nature, En l’autre l’altĂ©rant, un certain marmitonNomma celui-ci Laridon Son frĂšre, ayant couru mainte haute aventure, Mis maint Cerf aux abois, maint Sanglier abattu,Fut le premier CĂ©sar que la gent chienne ait eu. VIII, 24. 13Certes, un parcours noble justifie une dĂ©nomination prestigieuse, Ă  connotation antique CĂ©sar est un nom propre remotivĂ©, qui vaut titre ; de son cĂŽtĂ©, Laridon est un nom forgĂ©, moderne, qui, dans ses sonoritĂ©s, affiche la dĂ©gĂ©nĂ©rescence de la lignĂ©e des tournebroches. Mais la morale reste ambiguĂ« l’évocation hĂ©roĂŻ-comique des exploits du chien de chasse, rend suspecte l’admiration qui lui est portĂ©e, comme elle relativise le mĂ©pris pour le chien de cuisine. 14Au-delĂ  des dĂ©clarations formelles, et des rĂ©fĂ©rences affichĂ©es que l’on n’est pas prĂšs d’épuiser, il convient de souligner le dessein du poĂšte. Et lĂ  c’est la dĂ©marche mĂȘme de PromĂ©thĂ©e, le rival des Dieux, qui se manifeste dans Le Prologue de la premiĂšre fable du Livre V, Le BĂ»cheron et Mercure, elle se lit dans la vision ramassĂ©e, vĂ©ritable mise en abyme » topique de l’Ɠuvre TantĂŽt je peins en un rĂ©citLa sotte vanitĂ© jointe avecque l’envie,Deux pivots sur qui roule aujourd’hui notre est ce chĂ©tif animalQui voulut en grosseur au BƓuf se rendre quelquefois, par une double image,Le vice Ă  la vertu, la sottise au bon sens,Les Agneaux aux loups ravissants,La mouche Ă  la Fourmi, faisant de cet ouvrageUne ample ComĂ©die Ă  cent actes divers,Et dont la scĂšne est l’Univers. 15Suivant l’exemple du hĂ©ros mythique, qui avait formĂ© l’homme Ă  partir des traits de caractĂšres rĂ©partis dans chaque espĂšce animale, La Fontaine crĂ©e un microcosme oĂč les animaux, devenus des hommes comme les autres », sont de toutes les Ă©poques. Pour dire cet Ă©ternel humain, on parle dans le monde des fables simultanĂ©ment des Dieux, de l’AntiquitĂ©, 
 et aussi de quelques Ă©vĂ©nements trĂšs contemporains. 9 Dont certains, entraĂźnĂ©s par leur prĂ©jugĂ©, supposaient qu’il Ă©tait Esope lui-mĂȘme connu sous le no ... 16Le premier recueil des Fables s’était placĂ© dans le sillage d’Esope ; l’Avertissement du deuxiĂšme annonce avoir cherchĂ© d’autres enrichissements ». DĂ©sireux d’introduire de la variĂ©tĂ© dans son Ɠuvre, La Fontaine dĂ©clare maintenant une dette envers Pilpay, un sage indien9, et quelques autres ». En l’absence de source livresque avĂ©rĂ©e, comme pour la Fable III du Livre VII, Le rat qui s’est retirĂ© du monde, le poĂšte transpose librement l’actualitĂ© politique Les Levantins en leur lĂ©gendeDisent qu’un certain Rat las des soins d’ici-bas, Dans un fromage de HollandeSe retira loin du tracas
 17 L’ermite nouveau » est bientĂŽt sollicitĂ© par des rats venus en dĂ©lĂ©gation lui demander quelques subsides pour Ratopolis assiĂ©gĂ©e. Alors le fromage de Hollande » fait entendre une allusion Ă  la guerre de Hollande, trĂšs pertinente dans cette fable datĂ©e de 1675, annĂ©e oĂč le clergĂ© rĂ©gulier avait vivement protestĂ© contre le don gratuit », une participation imposĂ©e aux dĂ©penses de ladite guerre. Mais dans cette fable nous entendons Ă©galement une satire, dans la tradition mĂ©diĂ©vale cette fois, Ă  l’encontre des moines, bien protĂ©gĂ©s des soucis du siĂšcle, hypocrites, et peu solidaires Ă  l’égard de leurs semblables Ayant parlĂ© de cette sorte, Le nouveau Saint ferma sa porte. Qui dĂ©signai-je Ă  votre avis, Par ce Rat si peu secourable ?Un moine ? Non, mais un Dervis Je suppose qu’un Moine est toujours charitable. 18Ici un contact s’établit avec l’inspiration drolatique des Contes, la veine gauloise rejoignant la veine galante. C’est donc un aspect moderne des Fables qu’il convient dĂ©sormais d’interroger. II. Un discours moderne. SyncrĂ©tisme et pragmatisme 19Les Ă©tiquettes sont trompeuses etla posture de La Fontaine dans ses Fables prend en dĂ©faut les dichotomies rĂ©ductrices. On est Ă©videmment plus libre lorsqu’on s’accorde plusieurs maĂźtres ce que rĂ©vĂšle d’abord le syncrĂ©tisme des rĂ©fĂ©rences rapidement Ă©voquĂ©, c’est la libertĂ© d’esprit du fabuliste, et surtout sa morale qui ne craint pas d’ĂȘtre politiquement incorrecte. 10 Marc Fumaroli, La Querelle des Anciens et des Modernes,a illustrĂ©e d’extraits, Paris, Gallimard-Fo ... 11 Il fut longtemps l’homme de lettres » de Madame de la SabliĂšre, et dans son salon il avait nouĂ© ... 12 Citons entre autres Les Animaux malades de la peste, Les obsĂšques de la Lionne, La Cour du lion
 20Sous la vulgate d’une polĂ©mique abusivement schĂ©matisĂ©e entre tenants d’une esthĂ©tique d’imitation et partisans d’une crĂ©ation Ă©mancipĂ©e des moules anciens, d’autres enjeux se dessinent. Les Anciens, Ă  l’abri de leurs modĂšles, et bien adossĂ©s Ă  leur monde paĂŻen, sont Ă  certains Ă©gards plus transgressifs que les Modernes. La Fontaine est d’abord de ceux qui prennent acte de la loi de la nature. Il ne faut pas se le cacher, c’est une dure loi, qui ignore la biensĂ©ance, et qui ne ferme pas les yeux sur les pulsions ou le plaisir des sens. De leur cĂŽtĂ©, les Modernes sont plus assujettis au lissage d’une production littĂ©raire encadrĂ©e par les autoritĂ©s, comme l’AcadĂ©mie et la cour. Marc Fumaroli souligne les positionnements face au pouvoir qui se cachaient sous l’apparent progressisme des Modernes, permettant de mieux comprendre des options Ă  premiĂšre vue dĂ©concertantes10. Ainsi, Boileau, dĂ©fenseur des Anciens, Ă©tait un proche de Port-Royal, ce haut lieu du contre-pouvoir du monde des Lettres. La Fontaine Ă©tait son ami et l’on sait aussi qu’il avait plus d’affinitĂ©s avec l’esprit des salons parisiens11, l’hĂ©ritage galant de la Fronde, et les penseurs libertins, qu’avec un alignement courtisan tant de fois dĂ©noncĂ©12. Son refus des idĂ©es reçues, et un pragmatisme tranquillement provocateur, s’inscrivent dans la topique d’une Ɠuvre qui dit un monde soumis Ă  la raison du plus fort. 13 Il est un des pĂšres de l’histoire politique contemporaine. 14 Paris, Ventadour, 1955. 15 Dans son Emile ou de l’Education, il considĂ©rait que les Fables encourageaient moins Ă  se corriger ... 16 Les historiens reconnaissent Machiavel comme un des fondateurs de la pensĂ©e politique moderne voi ... 17 Le Lion amoureux, IV, I. La rĂ©flexion d’AndrĂ© Siegfried est fortement imprĂ©gnĂ©e par le souvenir tr ... 21Il y a un peu plus d’un demi-siĂšcle AndrĂ© Siegfried, acadĂ©micien et historien de renom13, Ă©crivit un essai intitulĂ©La Fontaine, Machiavel rapprochement peut surprendre, mais, mĂȘme s’il appelle de sĂ©rieuses mises au point, l’intuition d’une parentĂ© intellectuelle mĂ©rite qu’on s’y attarde. On se souvient des griefs de Jean-Jacques Rousseau contre ce qu’il appelait l’immoralitĂ© » de La Fontaine15. De fait, le fabuliste rejoint le cĂ©lĂšbre Florentin reconnu comme un moderne par la postĂ©ritĂ©16, et cela prĂ©cisĂ©ment dans sa vision immoraliste du monde. La Fontaine aurait bien compris les leçons de rĂ©alisme politique du Prince. AndrĂ© Siegfried commente en ces termes la fable du Lion amoureux Samson ne doit pas se laisser couper les cheveux, le lion ne doit pas se laisser rogner les griffes un Etat dĂ©sarmĂ© ne compte plus »17. La prudence consiste Ă  ne pas croire les discours lĂ©nifiants, et Ă  ne pas s’engager sans s’assurer d’un possible retour, le Renard est lucide Les pas empreints sur la poussiĂšrePar ceux qui s’en vont faire au malade leur cour,Tous, sans exception, regardent sa taniĂšre Pas un ne marque de retour Cela nous met en Sa MajestĂ© nous dispense Grand merci de son passe-port ;Je le crois bon ; mais dans cet antreJe vois fort bien comme l’on entre,Et ne vois pas comme on en sort. Le Lion malade et le Renard, VI, 14. 22Nous irons plus loin les victoires ne sont jamais des solutions dĂ©finitives qui nous permettraient de baisser la garde, et c’est une Iliade en basse-cour qui nous l’enseigne Deux Coqs vivaient en paix une Poule survintEt voilĂ  la guerre tu perdis Troie et c’est de toi que vintCette querelle envenimĂ©e OĂč du sang des Dieux mĂȘme on vit le Xanthe teint !En effet, le coq vainqueur va chanter sa victoire un peu trop fort Un vautour entendit sa voix Adieu les amours et la gloire ;Tout cet orgueil pĂ©rit sous l’ongle du Vautour.[
]Tout vainqueur insolent Ă  sa perte travaille,DĂ©fions-nous du Sort, et prenons garde Ă  nousAprĂšs le gain d’une bataille. Les Deux coqs, VII, XII 23A nouveau, la rĂ©fĂ©rence Ă  l’épopĂ©e antique s’inscrit dans un registre hĂ©roĂŻ-comique qui la dĂ©sacralise quelque peu. Mythe, distanciation du mythe, et portĂ©e transtemporelle, sont interdĂ©pendants. 24Mais chez La Fontaine, le rĂ©alisme politique n’est qu’une application parmi d’autres d’une recommandation gĂ©nĂ©rale selon laquelle il faut en toute chose raison garder. Or nos mƓurs sont rarement raisonnables
 La source de la fable des Deux ChĂšvres passe pour ĂȘtre une querelle de prĂ©sĂ©ances entre deux dames de haut rang, une certaine Madame de Beringhen et la duchesse de Brissac Saint-Simon qui, s’étant rencontrĂ©es dans une rue fort Ă©troite, restĂšrent, dit-on, cinq heures face Ă  face, faute d’accepter de reculer 
 J’imagine voir avec Louis le GrandPhilippe Quatre qui s’avance Dans l’üle de la s’avançaient pas Ă  pas,Nez Ă  nez, nos AventuriĂšres, Qui toutes deux Ă©tant fort fiĂšres,Vers le milieu du pont ne se voulurent pasL’une Ă  l’autre cĂ©der. Elles avaient la gloireDe compter dans leur race Ă  ce que dit l’HistoireL’une certaine ChĂšvre au mĂ©rite sans pairDont PolyphĂšme fit prĂ©sent Ă  GalatĂ©e,Et la chĂšvre AmalthĂ©e, Par qui fut nourri de reculer, leur chute fut commune ;Toutes deux tombĂšrent dans l’eau. Les Deux ChĂšvres XII, IV 18 C’est sur l’üle de la ConfĂ©rence ou Ăźle des Faisans, au milieu de la Bidassoa en pays basque, qu ... 25Les univers de croyances sont ici particuliĂšrement imbriquĂ©s nos chĂšvres peuvent se prĂ©valoir d’aĂŻeules mythiques, mais leur aventure est celle d’un fait divers contemporain, qui lui-mĂȘme renvoie ironiquement Ă  un Ă©vĂ©nement diplomatique rĂ©cent18. 26En marge des autoritĂ©s, le pragmatisme de La Fontaine, son refus de l’angĂ©lisme, et son regard narquois, sont frappĂ©s au coin du bon sens. L’Âne des Animaux malades de la peste, paie cher ses scrupules excessifs. Et bien-sĂ»r, nous rĂ©pĂšte-t-il souvent,il faut manger pour vivre. Comme nous ne sommes pas tous vĂ©gĂ©tariens, la chaĂźne alimentaire fait que parfois aussi on mange son prochain » ! C’est la leçon du Loup et les Bergers. Le personnage du loup, ou du chat, sont loin d’ĂȘtre toujours nĂ©gatifs Un Loup rempli d’humanitĂ©S’il en est de tels dans le mondeFit un jour sur sa cruautĂ©,Quoiqu’il ne l’exerçùt que par nĂ©cessitĂ©, Une rĂ©flexion s’ensuit une bonne rĂ©solution Et bien, ne mangeons plus de chose ayant eu vie ;Paissons l’herbe, broutons ; mourrons de faim une chose si cruelle ?Vaut-il mieux s’attirer la haine universelle ?Disant ces mots il vit des Bergers pour leur rĂŽtMangeants un agneau cuit en oh, dit-il, je me reprocheLe sang de cette gent. VoilĂ  ses gardiensS’en repaissants, eux et leurs chiens ;Et moi, Loup, j’en ferais scrupule ?Non, par tous les Dieux. Non. Je serais ridicule. [...] Ce loup avait raison. Est-il dit qu’on nous voieFaire festin de toute proie,Manger les animaux, et nous les rĂ©duirons Aux mets de l’ñge d’or autant que nous pourrons ?Ils n’auront ni crocs ni marmite ?Bergers, bergers, le loup n’a tortQue quand il n’est pas le plus fort Voulez-vous qu’il vive en ermite ? 19 Ovide, MĂ©tamorphoses, I., 103 20 Voir Jaubert 2000a 27Certaines expressions sont ici rĂ©vĂ©latrices. Ovide, dans ses MĂ©tamorphoses, nous dit en effet que les hommes de l’ñge d’or Ă©taient vĂ©gĂ©tariens19 ; les animaux du jardin d’Eden l’étaient aussi, mais, pour La Fontaine, qui en l’occurrence renverrait dos Ă  dos le merveilleux paĂŻen comme le merveilleux chrĂ©tien, il est clair qu’on ne reviendra pas au Paradis perdu.... Avec une sobre Ă©lĂ©gance, il rĂ©cuse l’austĂ©ritĂ© excessive, et reconnaĂźt une certaine sensualitĂ© dans l’acte de se nourrir20. 21 Voir Jaubert 1997, 2000 b, 2002. 28L’allĂ©geance Ă  la loi de la Nature sous-tend un humanisme de la maturitĂ© qui s’ouvre Ă  la philosophie d’Epicure, et dĂ©passe les clivages d’école. La nature est changeante et la suivre c’est s’adapter. Comme toujours chez les grands auteurs, entendons ceux dont la rĂ©ception peut traverser les Ăąges, La Fontaine fait converger Ă©thique et modĂšle de souplesse et d’adaptation que nous offre la nature trouve une traduction dans la forme. La fable devient sous sa plume un genre qui ne cesse de se mĂ©tamorphoser elle est fondĂ©e Ă  s’assumer ainsi, car la pensĂ©e ne saurait se couler dans un moule unique. Fiction et diction progressent ensemble une autre modernitĂ© de La Fontaine, souvent remarquĂ©e des linguistes, se comprend ainsi. Ainsi la remarquable hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© Ă©nonciative, ce concert des voix qui se signale dans le discours des Fables, sera mis en relation avec la pensĂ©e plurielle trĂšs intĂ©grĂ©e qui les caractĂ©rise. Les formes libres de discours rapportĂ© sont ici le fer de lance d’une locution polyphonique audacieuse, trĂšs en avance sur son temps. On ne reviendra pas sur des dĂ©monstrations faites antĂ©rieurement21, mais il convenait de souligner une fois de plus la cohĂ©rence du dit et du dire, du contenu et de la forme. 29L’imitation servile des Anciens est donc bien loin en effet. La maĂźtrise du discours permet de dire une vĂ©ritĂ© de soi, et manifestement la sagesse de La Fontaine postule un ailleurs. A l’écart des allĂ©es du pouvoir assurĂ©ment mĂȘme si, comme tous les auteurs de son temps, il doit solliciter la protection d’un Grand du Royaume, en un lieu oĂč il affirme son inaliĂ©nable libertĂ©, et sa propre hiĂ©rarchie des valeurs Deux vrais amis vivaient au Monomotapa... ». Le rĂ©alisme fait place Ă  l’utopie, et, en tout Ă©tat de cause, Ă  la primautĂ© des sentiments Deux vrais amis vivaient au Monomotapa L’un ne possĂ©dait rien qui n’appartĂźnt Ă  l’autre Les amis de ce pays-lĂ Valent bien dit-on ceux du nĂŽtre. Les deux Amis, VIII, XI 30L’anecdote montre ensuite ces deux amis faisant assaut de dĂ©vouement et de dĂ©licatesse. Au moment de l’arrestation de Fouquet en 1661, et de son procĂšs, en 1664, La Fontaine lui Ă©tait restĂ© fidĂšle, et cette fidĂ©litĂ© lui avait valu l’ordre de s’exiler quelques temps dans le Limousin. C’est cette libertĂ© de l’esprit qui fonde sa posture Ă©thique, lui permettant de dĂ©passer une Querelle » de principes, et de promouvoir deux cultures parfaitement compatibles aux cĂŽtĂ©s de l’innutrition antique, l’exigence d’une morale galante » qui, dans une sociĂ©tĂ© choisie, mettait au premier plan la dĂ©licatesse de l’esprit et du cƓur, la luciditĂ© et la tendresse des sentiments, l’excellence de l’amitiĂ©. 31L’humanisme de La Fontaine implique la qualitĂ© de l’humain ce sont les deux faces d’un mĂȘme signe. Un signe des plus congruents pour l’hommage que je tiens Ă  rendre Ă  Chantal Kircher, Ă  sa personne, et Ă  son rayonnement dans l’universitĂ©. ï»ż403 ERROR The Amazon CloudFront distribution is configured to block access from your country. We can't connect to the server for this app or website at this time. There might be too much traffic or a configuration error. Try again later, or contact the app or website owner. 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Generated by cloudfront CloudFront Request ID 9EuOKe9Nrpd36ySi460jfu52SXJD0zm2WETSglicYO6354VI23S6Uw== Forum Archives du forum Divers [ARCHIVE] Philosophie Dissertation sur les fables de la Fontaine Affichage des rĂ©sultats 1 Ă  3 sur 3 12/02/2005, 21h25 1 metalleuxxx Dissertation sur les fables de la Fontaine - Sujet"je te soutiens que scĂ©lĂ©rat pour scĂ©lĂ©rat,il vaut mieux ĂȘtre un loup qu'un homme" commenter/discuter cette affirmation extrait de la fable 1 du livre XII Qu'est ce que je peux raconter???? aidez moi SVP !!!!! d'avance merkii - 12/02/2005, 21h32 2 kron Re Dissertation sur les fables de la Fontaine L'homme est un loup pour l'homme, il cherche a le vaincre, a etendre sa domination... mais en fait je n'ai pas trop d'idĂ©es... tu es en quelle classe? pour savoir a peu pres le niveau de la dissert que tu demandes Voila j'attends tes precisions +++ 12/02/2005, 21h44 3 metalleuxxx Re Dissertation sur les fables de la Fontaine eh c deja pa mal ! je suis en PCSI Sur le mĂȘme sujet Fuseau horaire GMT +1. Il est actuellement 04h37. A l’approche de la fin de l’annĂ©e scolaire et de l’épreuve anticipĂ©e de français, nous proposons ici un exemple de commentaire composĂ© rĂ©digĂ©, Ă  propos d’une des fables de la Fontaine les deux amis. A propos de la mĂ©thodologie de cet exercice, vous pouvez consulter mes autres articles sur le commentaire composĂ©. Texte de la Fable de la Fontaine les deux amis second recueil – 1678 Deux vrais amis vivaient au Monomotapa L’un ne possĂ©dait rien qui n’appartĂźnt Ă  l’autre Les amis de ce pays-lĂ  Valent bien, dit-on, ceux du nĂŽtre. Une nuit que chacun s’occupait au sommeil, Et mettait Ă  profit l’absence du soleil, Un de nos deux Amis sort du lit en alarme ; Il court chez son intime, Ă©veille les Valets MorphĂ©e avait touchĂ© le seuil de ce palais. L’ami couchĂ© s’étonne, il prend sa bourse, il s’arme ; Vient trouver l’autre, et dit Il vous arrive peu De courir quand on dort ; vous me paraissez homme A mieux user du temps destinĂ© pour le somme N’auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ? En voici. S’il vous est venu quelque querelle, J’ai mon Ă©pĂ©e, allons. Vous ennuyez-vous point De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle Était Ă  mes cĂŽtĂ©s ; voulez-vous qu’on l’appelle ? Non, dit l’ami, ce n’est ni l’un ni l’autre point Je vous rends grĂące de ce zĂšle. Vous m’ĂȘtes en dormant un peu triste apparu ; J’ai craint qu’il ne fĂ»t vrai, je suis vite accouru. Ce maudit songe en est la cause. Qui d’eux aimait le mieux ? Que t’en semble, lecteur ? Cette difficultĂ© vaut bien qu’on la propose. Qu’un ami vĂ©ritable est une douce chose! Il cherche vos besoins au fond de votre cƓur ; Il vous Ă©pargne la pudeur De les lui dĂ©couvrir vous-mĂȘme. Un songe, un rien, tout lui fait peur Quand il s’agit de ce qu’il aime. Introduction du commentaire La fable Les deux amis » fable XI, livre XIII composĂ©e d’alexandrins et d’octosyllabes est tirĂ©e du second recueil des Fables de Jean de La Fontaine. Elle met en scĂšne deux amis. L’un d’eux se prĂ©cipite suite Ă  un rĂȘve prĂ©occupant dans la chambre de l’autre qui, inquiet, se rĂ©veille et lui offre pour le satisfaire son Ă©pĂ©e, sa bourse et son esclave. La Fontaine prend Ă  tĂ©moin le lecteur des vertus de l’amitiĂ©. Dans le but d’apprĂ©cier l’efficacitĂ© de cet apologue qui illustre l’idĂ©e selon laquelle tout ami vĂ©ritable se doit d’ĂȘtre gĂ©nĂ©reux, prĂ©venant et attentionnĂ©, on s’intĂ©ressera d’abord au dĂ©roulement du rĂ©cit autour du thĂšme de l’amitiĂ© rĂ©ciproque. Dans un deuxiĂšme temps, nous montrerons la portĂ©e critique mais aussi universelle de la fable sous des dehors par endroits divertissants. I – Une amitiĂ© sous le sceau de la sincĂ©ritĂ© et de la rĂ©ciprocitĂ© DĂšs l’ouverture, le thĂšme de l’amitiĂ© est placĂ© sous le sceau de la sincĂ©ritĂ© Deux vrais amis ». Le terme ami »est repris six fois au fil du texte de façon explicite. Par ailleurs, l’auteur indique ce sur quoi repose cette amitiĂ©. Les deux amis rivalisent en termes de gĂ©nĂ©rositĂ© matĂ©rielle pour l’un qui donne son Ă©pĂ©e », sa bourse » ou son esclave » et affective pour l’autre vous m’ĂȘtes en dormant un peu triste apparu ». Bien que les deux amis soient liĂ©s socialement et intimement il court chez son intime », l’auteur prend soin de les distinguer. Ils sont prĂ©sentĂ©s comme dans un diptyque l’un a un comportement statique endormi et l’autre en perpĂ©tuel mouvement il court », je suis vite accouru ». On se rend compte que l’auteur prend soin de prĂ©ciser les degrĂ©s de l’amitiĂ© qui se joue sur le plan de la gĂ©nĂ©rositĂ©, de la crainte voire de la tristesse. Autrement dit, l’auteur fait preuve d’une trĂšs grande finesse d’observation. On se rend compte que l’ami qui a Ă©tĂ© rĂ©veillĂ© anticipe les besoins de l’autre. Cette sollicitude renvoie en quelque sorte la sollicitude de l’autre que son rĂȘve tourmente en miroir. Le dialogue qui s’établit entre les deux personnages se situe au cƓur du rĂ©cit, occupant prĂšs de la moitiĂ© des vers, constitue une petite scĂšne de théùtre. Reste que l’ensemble des rĂ©pliques pourrait-on dire ne trouvent pas de rĂ©ponse. L’échange est en suspens au point de mettre en valeur la sollicitude qui anime les personnages. Par ailleurs, cette situation tend Ă  lĂ©gitimer l’appel au lecteur que l’auteur tutoie pour une meilleure implication Qui d’eux aimait le mieux? Que t’en semble lecteur ? ». Cette implication du lecteur apparaissait en filigrane dĂšs le dĂ©but Ă  travers le possessif nos amis ». Probablement faut-il comprendre que l’amitiĂ© repose sur cet Ă©change bien plus qu’elle ne dĂ©pend d’un comportement ou d’un autre. II – Une critique sociale Il n’est pas impossible que l’on ait affaire Ă  la mise en oeuvre d’une amitiĂ© allĂ©gorique au service d’une critique sociale. En effet, on se rend compte que le dĂ©but de la fable campe un dĂ©cor utopique rappelant l’Orient Monomotapa » qui dĂ©payse le lecteur et l’invite Ă  une mise Ă  distance de la situation. Ce dĂ©paysement est renforcĂ© par l’anonymat des deux personnages l’un l’autre », chacun », l’ami », qui d’eux » qui donne Ă  la fable un caractĂšre gĂ©nĂ©ralisant voire universel. D’un point de vue stylistique, les vers 3 et 4 sont des octosyllabes qui marquent un dĂ©crochement dans le rĂ©cit » les amis de ce pays-lĂ  valent bien, dit-on, ceux du nĂŽtre ». On assiste Ă  un processus d’éloignement pays-lĂ  » et de rapprochement nĂŽtre » sur le mode ironique dit-on » placĂ© au cƓur du vers. L’auteur incite le lecteur Ă  observer la situation et au-delĂ  des personnages, la sociĂ©tĂ© dans laquelle ils Ă©voluent d’un Ɠil critique. Les deux personnages appartiennent au rang de la noblesse d’aprĂšs le lexique qui les caractĂ©rise le palais », l’épĂ©e », le valet », l’esclave ». Probablement peut-on y reconnaĂźtre une critique implicite de la sociĂ©tĂ© aristocratique du XVIIĂšme siĂšcle. L’ironie donne plus d’épaisseur au texte. La rĂ©fĂ©rence mythologique Ă  MorphĂ©e est de l’ordre de l’ironie bien qu’elle contribue Ă©galement Ă  crĂ©er une atmosphĂšre dĂ©paysante. On remarque par ailleurs que le dialogue est construit sur un rythme rapide, trĂšs vivace, proche du comique de mots qui fait Ă©cho au comique de situation, notamment lorsque le personnage court dans tous les sens. L’ensemble ne peut laisser le lecteur indiffĂ©rent. Tout concourt Ă  stimuler la rĂ©flexion du lecteur sensible Ă  la sincĂ©ritĂ© des sentiments dans un premier temps. L’implicite du texte vers lequel l’interpellation au lecteur oriente, dĂ©stabilise les certitudes d’une premiĂšre lecture. Conclusion On se rend compte que cet apologue focalisĂ© sur le thĂšme de l’amitiĂ© repose entiĂšrement sur le questionnement. Le dialogue au cƓur du rĂ©cit en est une illustration. L’auteur met en scĂšne une situation simple, claire et convaincante par l’efficacitĂ© de la mise en scĂšne. Reste que l’implicite du texte laisse entendre que le texte suppose plusieurs lectures, notamment celle d’une critique sociale de l’aristocratie, que seuls des initiĂ©s peuvent percevoir. L’apologue sous des dehors de simplicitĂ© rĂ©vĂšle un surcroĂźt de sens. As-tu des questions ? Si oui, n’hĂ©site pas Ă  les poser en commentaire. Tu peux Ă©galement venir participer Ă  nos stages de français pendant les vacances scolaires, afin de bien te prĂ©parer pour le bac ! 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